Guinee

3ème mandat, FNDC, Issoufou : Alpha Condé court-circuite

Dans un entretien accordé à nos confrères du magazine Jeune Afrique (JA), le chef de l’Etat guinéen, se prononce sur l’organisation de l’élection présidentielle qui devrait avoir lieu en 2020. Tout en indiquant être prêt à ouvrir un débat inclusif sur la tenue de cette échéance, Alpha Condé refuse tout de même de clarifier sa position sur un éventuel troisième mandat. Au cours de cette interview, le président de la République s’est aussi défoulé sur ses opposants réunis au sein du Front national pour la défense de la constitution (FNDC). Il accuse ses détracteurs, d’avoir voulu le « renverser ». Par ailleurs, sur ses relations avec Mouhamadou Issoufou, président du Niger, également président en exercice de la CEDEAO, on note une détérioration.
Du flou autour du troisième mandat
Interrogé par nos confrères sur la question, Alpha Condé, sans détour, estime que son opinion sur une éventuelle candidature « importe peu ». Comme d’habitude, il renvoie la question au « Rassemblement du peuple de Guinée, ou plus exactement la mouvance RPG–Arc-en-Ciel, dans laquelle siègent d’anciens leaders de l’opposition, comme les ministres Aboubacar Sylla et Mouctar Diallo », qui selon lui « décidera le moment venu de l’identité de son candidat ».
Mais cette question, irrite le locataire de Sékoutoureya qui dénonce une politique à « géométrie variable » de certaines puissances occidentales. « Pourquoi poser cette question quand il s’agit de la Guinée et ne pas la poser dans d’autres pays où les chefs d’État peuvent être réélus indéfiniment ? Donc, quand il s’agit d’Alpha Condé, le traitement devrait être particulier ? Donc certains présidents seraient autorisés à modifier la Constitution et à se présenter trois, quatre, six fois, et pas celui de la Guinée ? Cette forme de géométrie variable qui prétend se substituer à la volonté populaire n’est pas acceptable », prévient le président Condé.
Cependant, en ce qui concerne la tenue de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat guinéen souhaite la participation de tous les acteurs politiques.
«J’ai toujours été ouvert au dialogue et je souhaite qu’une discussion franche s’instaure afin que l’élection à venir soit inclusive. Partout, la démocratie, c’est la voix du peuple », martèle Alpha.
De graves accusations contre le FNDC
Dans l’interview, Alpha Condé, n’est pas allé d’une main morte pour charger ses détracteurs. D’après lui, les émeutes lors du double scrutin avaient pour but de renverser son régime. « Pour dialoguer il faut être deux, or je constate que si cette opposition a refusé d’aller aux élections le 22 mars, c’est parce qu’elle était convaincue que le pouvoir serait renversé. D’un côté, il y a une logique démocratique, de l’autre une logique putschiste », accuse-t-il, tout en indiquant être par contre « prêt à débattre » de sa gestion, mais aussi de celle des anciens Premiers ministres du président général Lansana Conté « qui dirigent aujourd’hui le FNDC ». « Beaucoup de jeunes ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait, ni dans quelle situation désastreuse se trouvait la Guinée en 2010. Beaucoup ne savent pas qu’un certain Cellou Dalein Diallo était, en 2001, l’un des principaux zélateurs d’un projet de réforme de la Constitution octroyant au président de l’époque un septennat renouvelable à vie. Tout cela doit être mis sur la table, non pas afin d’éliminer tel ou tel candidat, mais pour que chacun assume ses responsabilités », a déclaré le président de République.
Sur une question relance sur la prétendue renversement du pouvoir par le FNDC, Alpha Condé dans sa réponse, insiste et argumente en ces termes :
« C’est une accusation grave ! Oui, mais fondée. Ces gens étaient clairement dans une démarche insurrectionnelle de prise du pouvoir par la force. Leurs leaders l’ont dit dès avant le 22 mars : nous manifesterons lundi, mardi, mercredi, et jeudi nous serons au palais. L’un d’entre eux a même parlé de la nécessité d’une transition militaire, ce qui a donné des idées à un officier inconscient qui a entraîné une dizaine d’hommes dans un projet de coup d’État voué à l’échec. C’était oublier un peu vite que la Guinée d’aujourd’hui n’est plus la Guinée d’hier. Le FNDC a envoyé ses nervis attaquer des bâtiments publics, verser de l’huile sur les routes, manifester avec des machettes, des frondes et des fusils de chasse. Une tentative d’attentat au véhicule piégé contre une station d’essence a été déjouée in extremis à Conakry. Dans la bouche des dirigeants du FNDC, il n’était question que de renverser le pouvoir et de rendre le pays ingouvernable. Quand Cellou Dalein Diallo dit à ses jeunes militants : « Êtes-vous prêts à mourir ? » cela veut dire quoi ? La Guinée n’a jamais connu de guerre civile, et elle n’en connaîtra pas. J’ai moi-même été opposant pendant quarante-deux ans et, lorsque des militaires sont venus me voir après les élections de 1993 pour me proposer de me porter au pouvoir par la force, je leur ai répondu que je ne faisais pas de la politique pour gouverner des cimetières. Jamais je n’ai eu recours à la violence. Je suis profondément démocrate, mais mes adversaires ont une mentalité de putschistes».
Avec le président Issoufou, la rupture consommée
La rupture est consommée avec son homologue du Niger, actuel président en exercice de la CEDEAO. Parlant de ses relations avec son ancien ami de la Fédération des étudiants africains noirs en France (FEANF), le président Condé, fulmine : «Je ne ferai aucun commentaire. L’Histoire jugera », prévient-t-il.
Sadjo Diallo

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