Guinee

A SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT ALPHA CONDE

Excellence Monsieur le président, votre pays est sous les feux de la rampe, ces derniers temps, et cette situation n’est pas étrangère à votre gouvernance. A l’orée de votre discours plein de diatribes, vous semblez donner carte blanche aux forces de défense et de sécurité de massacrer les pauvres populations guinéennes.

Véritable patriote et partisan inféodé de l’alternance démocratique, le devoir républicain m’exige, ce jour, de ne pas rester indifférent à la fatale trajectoire que prend mon pays. Votre discours qui intervient pendant que la Guinée est frappée de plein fouet par la plus grande crise de son histoire, devrez être à la hauteur des attentes du peuple dont le rêve s’est estompé dans le désespoir. Ce discours va-en guerre ne devrait pas ressembler au vieux rituel évocatoire auquel vous nous avez habitués, c’est-à-dire « Moi je m’en fou, ce n’est pas mon affaire » C’est pourquoi durant toutes ces années, vous avez gouverné la Guinée avec un je-m’en-foutisme total, car le bien-être des guinéens ce n’est pas votre affaire. Ce comportement peut être expliqué par le fait que vous n’êtes pas un homme tranquille. Car, on peut imaginer qu’un éventuel après-pouvoir, pour vous, sonnerait le début de tous vos malheurs. En un mot comme en mille, l’idée de penser à une vie en dehors du pouvoir, vous en êtes malade ; une épouvante s’il en est ! Surtout que vos placards pourraient crouler sous le poids de vos nombreux cadavres, compte tenu des nombreuses affaires d’Etat auxquelles vous pourriez être associé, dont le massacre du 28 Septembre 2009, l’affaire d’eau empoisonnée en 2010 visant à opposer les deux principales ethnies du pays, la rébellion armée contre la Guinée, et j’en passe. On peut donc imaginer que vous ne voulez pas prendre le risque de vous exposer ; de vous lever de la dalle sur laquelle vous êtes assis et sous laquelle vous cachez bien des dossiers ténébreux de la République.

A l’occasion de ce discours, le peuple de Guinée suspendu à votre écoute bien que désabusé, espérait un tournant décisif de notre histoire avec des annonces sages et sincères de votre part. Hélas, vous avez choisi de vous moquer du peuple de Guinée pérorant que vos Gendarmes et policiers étaient en légitime défense face à des jeunes enfants non armés. Cela ne m’étonne point car depuis votre prise de pouvoir en 2010 aucun de vos discours n’a convaincu les guinéens car ne touchant pas les réalités socio-économiques de la Guinée dont vous avez la charge de diriger et orienter. C’est pourquoi le peuple derrière lequel vous cachez vos intentions malhonnêtes est désemparé, il se sent délaissé et livré à son propre sort. Avec tous les morts du 14 Octobre 2019 dont votre régime est comptable, vous n’avez exprimé aucune compassion à l’endroit des victimes, ni présenter vos condoléances aux familles éplorées. Je me pose la question de savoir si vous êtes vraiment croyant. Et si oui, craignez-vous Dieu ?  Je me permets d’en douter. Tant mieux, certes vous êtes plus sincère que certains de vos affidés vous ayant aidé à organiser ce massacre, et qui, par après, reviennent hypocritement présenter leurs condoléances aux familles éplorées.

Monsieur le Président, quand parlerez-vous au cœur des guinéennes et des guinéens ? A quand allez- vous enfin décider d’entendre le cri de détresse de toutes ces filles et fils de la Guinée. Quand consentirez-vous enfin à passer la main pour ne pas donner l’impression que ce qui est bon, ne doit l’être que pour vous et votre clan ?

Monsieur le président,

Je vous exhorte à un effort de dépassement de vos convenances habituelles. Le discours politicien n’est plus approprié face à l’urgence des solutions à apporter, la démagogie non plus. Dans tous les peuples, les générations évoluent au rythme du monde, un monde de plus en plus connecté et globalisant. C’est pourquoi nous devenons plus exigeants : exigeants dans la gouvernance, mais aussi dans les discours et les actes. Vos discours sont vides et plus personne n’y croit. Les vrais problèmes du quotidien des guinéens ne sont jamais indexés, leurs réalités de vie ne sont jamais abordées. De Conakry à l’intérieur du pays, une unité nationale a réussi à s’imposer : ce qui unit les guinéens plus que tout, c’est la pauvreté et la précarité. Que direz-vous à cet effet ? Le chômage, l’eau et l’électricité, les infrastructures routières, l’insécurité, l’éducation, la justice, la jeunesse, sont autant de sujets qui nécessitent des réponses pragmatiques, des annonces lucides et des mesures fortes. A propos, la jeunesse n’est certes pas un projet politique, mais elle est un engagement politique. Que dites-vous à la jeunesse ? Est-elle pour vous un simple instrument d’activisme, de militantisme et de réalisation de vos ambitions, comme on se sert d’un escabeau ? Quand on voit que même la Force Montante guinéenne qui est la jeunesse, elle n’a été aucunement valorisée, que faut-il en déduire ? Que dire des femmes marchandes, teinturières réduites à l’éternelle débrouillardise car elles demeurent les plus nombreuses en difficultés, sans aide pour élever leurs enfants souvent seules, sans maris si non rare, sans soutien d’aucune sorte. Que dire de nos retraités civils et militaires réduits à la mendicité ? Pourquoi oublier les solutions pour nos paysans tout aussi guinéens que les autres. Pouvez-vous me dire que votre fameux projet de Constitution est plus prioritaire par rapport à ces sujets d’ordre socio-économique ? Pardon offrez-nous un discours réaliste qui soit à la hauteur d’un homme qui préside aux destinées d’une Nation grande et fière qui est la Guinée.

Sur les questions politiques, je vous appelle au triomphe modeste et à l’humilité du partage. La république n’est pas une cohabitation de vainqueurs et de vaincus. Elle est un sacré héritage qu’on partage ensemble. On ne dirige pas sans partage. A cet effet, je vous exhorte à prendre de la hauteur, à dépasser vos positions intrinsèques pour aller magnanimement vers la décrispation du jeu politique. Cela passe au préalable par l’arrête immédiat des assassinats de nos enfants et par la libération des acteurs du FNDC incarcérés pour avoir exercé les droits que leur confère la Constitution guinéenne. Cela passe aussi par un dialogue sincère sans exclusion aucune. 

En tout état de cause, à ceux qui vous font penser que vous êtes Dieu incarné, opposez-leur l’évidente réalité que vous êtes bel et bien mortel. Et comme tel, aujourd’hui suffisamment avancé en âge, tout ce qui devrait paraître primordial à cet âge, devrait être de rechercher le Ciel, après avoir tout eu sur terre.  Cette lettre n’a nullement pour intention de monter votre peuple contre vous. Car, après tout, c’est à lui de prendre ses responsabilités et nulle autre personne ne le fera à sa place.  Elle n’a pas non plus pour objectif de susciter des troubles à l’ordre public comme on l’entend couramment chez vous.  Elle vise seulement à souligner qu’il n’est peut-être pas tard pour vous ! Dieu a-t-il encore une place dans votre cœur ?  Si oui, il serait plus judicieux de faire comme l’enfant prodigue dans les Saintes Ecritures.

Que Dieu bénisse la Guinée et les guinéens !

Nouhou Badiar Diallo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *