Guinee

Abdourahamane Sanoh : « La Guinée n’appartient pas exclusivement à quelqu’un… »

Dans un entretien accordé à nos confrères de la Radio espace Fm, le lundi, 8 décembre 2019, le coordinateur du FNDC après avoir passé un peu plus d’un mois en prison, est revenu sur les circonstances de son arrestation. Par ailleurs, le coordinateur du FNDC, prévient que sa lutte ira jusqu’au bout. Lisez !

Bonjour M. Sanoh racontez-nous ce qui s’est passé avant votre interpellation ?

48 heures avant les évènements, il y a eu une réunion au bureau du ministre de la Justice qui a réuni un certain nombre membres du gouvernement et d’officiers supérieurs et d’officiers généraux sur la question de mon arrestation, la réunion a eu lieu aux environs de 11heures, on était jeudi déjà, au sortir de là, j’ai été prévenu le vendredi, j’ai constaté des surveillances policières chez moi, nous avons été alertés par des voisins. Six (6) gros gaillards qui seraient venus sur 4 motos qui étaient en train de faire la surveillance, mais il y avait quand même une certaine confusion parce que, quelques jours plutôt on a remarqué sur ma clôture c’est écrit ‘’A. S danger’’. Donc la question était ; est-ce que ce sont des loubards ? Possible ! Est-ce que ce sont des policiers ?

Ils étaient habillés en civile, mais nous avions continué nos activités de préparation de la manifestation du 14 octobre. Vers 21heures 30, je suis sorti aller rencontrer ces gens-là parce qu’ils étaient là encore, ça inquiétait une peu les voisins, je suis allé voir un d’entre eux arrêté devant chez un voisin juste après chez moi, pour lui demander, c’est vous qu’on a envoyé pour surveiller chez moi ? Il a eu peur, il a démarré rapidement sa moto, il a fait semblant de téléphoner et pu il a détalé, je me suis retourné alors dans la cour.

Entre temps un voisin qui était très inquiet avait commencé de prendre contact avec les unités de polices qui sont dans les environs, je crois qu’une des unités là avait envoyée des Pic Up au carrefour et le voisin qui avait pris contact avec lui est rentré chez moi dans les environs de 22h pour expliquer un peu ce qui se passe, j’en riais, parce que j’ai toujours dis à mon avocat, le jour où il déciderons de m’arrêter, pardon qu’ils ne gaspillent pas de carburant, qu’ils ne fassent pas de bouquant, ils n’ont qu’à juste prendre une convocation et remettre à mon avocat et je serai là.

Donc on savait qu’à la réunion qui a eu lieu au bureau du ministre de la justice… et quand ils sont venus, ils ont discuté, le ministre leur aurait dit : « il faut qu’il ait une plainte ». La plainte a été faite, le même jour, déposée le même jour, diligenté complètement de l’avocat général à l’avocat de la première instance de Dixinn…, donc on était au courent. Ibrahim et Sekou Koundouno qui étaient-là. Ibrahim a alerté vendredi nuit avec ce mouvement-là, la presse.

Les gens m’appelaient de partout, moi j’ai dit : écouté je ne suis pas au courent de ce qui est dehors et puis ce qui est dehors ce n’est pas ma préoccupation, je me suis couché et j’ai dormi comme un bébé. 

Comment vous avez perçu la plainte, nous avions pensez qu’il n’y avait pas eu de plainte qu’on est venu vous cueillir avant d’attendre la communication du procureur ?

Et je voudrais profiter de cette occasion pour rendre hommage à Ibrahim, Abdourhamane Diallo et à Sékou Koundouno parce qu’ils étaient-là la nuit et lorsqu’ils ont senti cela, ils ont préféré passer la nuit sans que je le sache dans la cour, le matin quand je me suis réveillé avant que je ne sois arrêté, j’ai compris qu’ils ont passé la nuit à la maison…On appelle ça kidnapping c’était une situation rocambolesque   lorsqu’ils ont été arrêtés.

Je voudrais préciser que le texte dont il est question, c’est moi qui l’ait rédigé, c’est moi qui l’ait proposé au comité de pilotage et à la plénière et ça été adopté. Je n’ai aucun problème avec ça, et toutes les autres déclarations qui vont être faites dans le cadre de l’appelle à manifester de la même façon, j’introduirais les phrases les mots qui leurs feront mal pour qu’ils comprennent que notre détermination est totale. Qu’on arrête les politiques ou quoi, ce n’est pas notre problème ça.

Les déclarations qui ont été faite appelant à des manifestations c’est vous qui en êtes à l’origine et vous avez   insisté en disant que tant que cela sera nécessaire vous en ferai au tant, ça veut dire que vous n’avez pas peur du tout que vous soyez arrêtés à nouveau, une deuxième fois, une troisième fois, ça ne vous traverse pas l’esprit, c’est le cadet de vos soucis, qu’en est-il ?

Ce n’est pas avoir peur ou ne pas avoir peur, le problème ne se pose pas en ce terme, le problème se pose en ceci : est-on citoyen ou pas ? Avons-nous de droits ou pas ? Maintenant chacun est libre dès lors que nous sommes conscients de notre citoyenneté et de nos droits et savoir si on jouit de ce droit ou pas.

La Guinée n’appartient pas exclusivement à quelqu’un fut-il un chef d’Etat, ce n’est pas la propriété privée de quelqu’un, donc prendre une déclaration, donner son point de vue sur la gouvernance de la nation, j’estime que c’est un devoir pour tout citoyen d’ailleurs plus qu’un devoir, une obligation pour tout citoyen, ce que nous exerçons et personne ne peut et ne va nous ôtez cette liberté.

A la veille de cette manifestation on a vu cette déclaration qui demandait au citoyen de rester à la maison, aux sociétés de fermer, aux stations-service de fermer. Est-ce qu’aujourd’hui vous êtes à même de nous dire : quel était le besoin d’appeler à l’arrêt total de toutes les activités pour la manifestation du FNDC ?

Exactement la partie que vous reprenez du texte-là, c’est ce que l’officier du police judiciaire a eu à reprendre, c’est ce que le procureur a eu à reprendre, c’est ce que le juge a eu à reprendre, et ce n’était pas honnête, parce que c’était un document entier, on avait pas à prendre une partie et laisser les autres. Qu’est-ce que nous avons dit : dès lors que M. Alpha Condé le président de la République a annoncé le 24 mars, citation : « s’ils veulent le débat, on fait le débat, s’ils ne veulent pas préparer vous à l’affrontement », c’est que toute initiative de s’opposer au troisième mandat, c’est la ligne de conduite du FNDC, on refuse le débat sur le troisième mandat pas de débat possible là-dessus parce que c’est de l’imposture. Donc dès lors qu’on prend ce propos-là, nous nous sommes dans le débat donc ses partisans sont en droit de vouloir se mobiliser à l’affrontement contre nous, il l’a dit le 24 mars, tout le monde l’a entendu. 

La deuxième chose : on a entendu des proches du pouvoir dire ici : il faut les persécuter ou en tout cas les suivre jusqu’à leur dernier retranchement faisant allusion au FNDC, lorsque des gens dépositaires du pouvoir public, ils sont députés, ils sont ministres, ils sont chef d’Etat, tiennent des propos de ce genre, et toi tu veux manifester pour exercer ta citoyenneté conformément à la loi, qu’est-ce que tu dis aux gens ? Pardon rester là où vous êtes, c’est un acte de responsabilité que nous n’hésiterons d’appliquer pour rien au monde pour qui que ce soit, c’est clair.

Ils ont appelé à l’affrontement, à la persécution des militants du FNDC, dès lors qu’on dit, on va passer, on s’attendait à cela. Pour prévenir, on a dit aux compagnies de fermer, on a demandé des personnes de rester à la maison, on a demandé aux parents de garder les enfants à la maison, si c’est à refaire, on le refera autant de fois qu’ils en auront peur.

 Une synthèse

d’Alpha Amadou Diallo

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