Guinee

Aboubacar Kaba, Directeur Général du LAE : « Nous faisons toutes les activités pour obtenir un résultat appréciable sur le terrain »


Dans une interview accordée à notre rédaction, le directeur Général du Laboratoire d’Analyses et Environnementales (LAE) est revenu sur la pollution de l’environnement dans les zones minières. Aboubacar Kaba a également expliqué les procédures de collectes de données acheminées au laboratoire qu’il dirige au regard de la situation de l’environnement guinéen. Lisez…..
Expliquez-nous le mode de fonctionnement et les conditions d’installation de votre laboratoire et quels sont les échantillons qui font l’objet d’analyses et quels ont été les résultats les plus pertinents
Le LABORATOIRE a été créé pour appuyer le bureau guinéen d’étude d’évaluation environnementale (BGEEE) en tant que département d’alors. En 2012 le BGEEE avait demandé à la banque mondiale et dans le cadre de ses missions régaliennes du contrôle de la mise en œuvre du PGES autrement dit d’inspection environnementale des activités minières en Guinée à travers le Projet d’Appui à la Gouvernance dans le Secteur Minier (PAGSEM) qui avait demandé à ce qu’il y ait en son sein un laboratoire pour lui permettre de vérifier réellement les impacts générés par les activités minières en Guinée. Donc cette demande avait été acceptée et la banque mondiale nous a fourni les premiers équipements en mars 2015. En même temps, la banque mondiale nous a aidé à renforcer les capacités des cadres du BGEEE d’alors. Donc nous avons effectué des inspections environnementales et sociales en 2016, 2017, 2018 et 2019. Vu toutes les prouesses réalisées par ces missions d’inspections coordonnées par le laboratoire, le ministère de l’environnement a jugé nécessaire de créer une direction à part entière qu’on appelle le laboratoire d’analyses environnementales (LAE). Donc c’est suite au Décret D/2019/087/PRG/SGG du 15 mars 2019 que ce laboratoire a été créé pour appuyer cette fois-ci toutes les directions du ministère de l’Environnement dans le cadre de leurs missions de contrôles sur le terrain. Nous travaillons en intelligence avec la direction nationale de l’environnement dans cette mission des gestions des cas avérées de pollution suivant nos domaines de compétences. Nous travaillons en intelligence avec le bureau guinéen d’études et d’Evaluation environnementale. Nous travaillons en intelligence avec l’office guinéen de Park et réserve qu’on appelle maintenant OGPR anciennement appelé OGUIPAR. Nous travaillons en intelligence avec le service de protection des milieux marins et des zones côtières. Nous faisons toutes les activités pour obtenir sur le terrain un résultat appréciable non contestable.
Quelles sont les procédures de collectes de données acheminées au laboratoire au regard de la situation désastreuses de l’environnement guinéen et quelle posture doit adoptée par les véritables pollueurs pour préserver l’écosystème du pays ?
Les procédures de collecte ça dépend. Ce qui nous nous appelons dans notre jargon stratégie d’échantionnage, on ne fait pas l’échantionnage du sol comme on fait l’échantionnage de l’air, on ne fait pas l’échantionage de l’air comme celui des eaux. Il y a une différence. Donc chaque composante, a sa stratégie d’échantionnage. Si nous prenons les eaux souterraines, dans une zone minière, si le promoteur a réalisé des forages ou pas en tout cas les forages et les puits constituent pour nous des points d’échantionnage des eaux souterraines. Et en plus s’il a réalisé des piézomètres qui sont des infrastructures des surveillances de la qualité des eaux souterraines, ces piézomètres constituent pour nous des points d’échantionnage des eaux souterraines. Mais cette fois-ci, ces piézomètres bien qu’ils aient les mêmes structures que les forages, les méthodes d’échantionnage diffèrent. Parce que le piézomètre qui est réalisé par le prometteur, il est là, pas utilisé à tout moment. C’est le promoteur seulement qui l’utilise pour un prélèvement d’eau. Donc là je suis très obligé de faire des purges pour provoquer le renouvellement d’eaux, c’est-à-dire de pomper une quantité importante d’eau dans le piézomètre pour la refouler dans la nature pour revenir après 2h. Si cela trouve qu’il y a eu rabattement c’est-à-dire s’il y a eu l’augmentation du niveau d’eau dans le piézomètre par rapport au niveau de la nappe après la précédente purge, je reprends mon opération de purge et j’envoie encore de l’eau dans la nature pour créer toujours un renouvèlement de l’eau dans le piézomètre. Mais un forage qui est utilisé en permanence par les communautés, je ne fais aucune purge car ces eaux sont en renouvellement continu.
Si ce sont les eaux de surface je dois analyser le niveau de diffusion ou de dilution de l’effluent qui sort des installations du promoteur sur le cours d’eau qui est là. Je dois connaitre les deux débits. Le débit du cours d’eau et celui de l’effluent.
Avec plus de 14 sociétés minières dans la région de Boké en tant que laboratoire d’analyses comment faites-vous une description concernant l’eau, l’air surtout la dégradation de l’environnement dans cette zone minière ?
En termes d’impact généré par ses activités minières dans la région de Boké les principaux impacts sont : le premier impact si vous prenez l’eau il y a transport des sédiments dans les cours d’eaux. Le second impact il y a le tarissement aux endroits des cours d’eaux parce que les têtes de sources qui sont victimes du dynamitage sont complètement supprimées par les sociétés minières. Ce qui entraine le tarissement des cours d’eaux. Le tarissement de ces cours d’eaux aussi peut-être relié au transport des sédiments. Dans un cours d’eau en plein saison sèche les sédiments entachés absorbent de l’eau petit à petit et les parties situées en aval hydraulique du cours d’eau vont connaître un certain ralentissement du débit, une certaine diminution de la quantité d’eau voire sa disparition totale dans le lit. Il y a eu cela dans la zone de Boké.
Si vous prenez toujours en termes d’impact sur les eaux vous avez la disparition de certaines espèces animales et de l’écosystème. Quand il y a tarissement des cours d’eaux, les espèces qui y vivent qui n’ont pas pu avoir la chance de migrer avant le tarissement vers un autre point pour avoir le plus de manger pour leur permettre de retrouver les conditions de vie favorables, elles vont disparaitre.
Si vous prenez la qualité de l’air, il y en a. Les poussières provoquent ce qu’on appelle la diminution ou la réduction de rendements d’agricoles. Parce que nous ne sommes pas sans savoir que la pollinisation qui conduit à la formation des fleurs (la floraison) se fait dans un réceptacle qui contient les cellules féminines de la fleur. Il y a d’abord le transport des voies aériennes des graines de pollens ou le transport par les insectes ou les oiseaux vers ces réceptacles féminins qui les reçoivent pour la fécondation.
Quand les cellules féminines des fleurs sont recouvertes de poussières, cela empêche la pollinisation qu’on appelle aussi fécondation des cellules masculines. Scientifiquement c’est cela la raison des réductions ou de la diminution du rendement agricole.
En termes de nuisance sonore la prolifération ou l’augmentation de façon anarchique des machines, le transport des minerais entrainent de facto de nuisance sonore. Pour éviter les accidents, les opérateurs sont obligés de klaxonner à chaque fois. Pour éviter les collisions avec les animaux domestiques, ils sont obligés d’actionner à chaque fois leurs klaxons. Les passages en continue des camions entrainent des bruits ; Cela constitue un autre impact.
Si les bruits sont acceptés par la santé humaine, les animaux sauvages quant à eux peuvent fuir ces bruits.
Si vous prenez les vibrations, le dynamitage constitue aussi une source de fuite ou de disparition pour les animaux sauvages. Quand il y a bruit assourdissant cela entraine aussi la vibration des sols (cas des dynamitages). Quand le sol vibre certains animaux quittent ou meurent. Ceux qui quittent vont migrer vers une autre zone ou leurs conditions de vie sont réunies pour qu’ils puissent être accueillis par ce nouveau site. C’est pourquoi tout récemment l’Etat guinéen avec l’appui de la CBG, GAC, BEL AIR MINING (BAM) a créé ce qu’on appelle réseau environnement bauxite (REB). Ce réseau environnement bauxite (REB) appui aujourd’hui le projet Moyen Bafing dans le cadre de la migration des animaux sauvages qui quittent les milieux d’exploitation de la bauxite dans la région de Boké vers la moyenne Guinée. Donc c’est une stratégie du gouvernement guinéen et la banque mondiale appuyé par ces trois grandes sociétés qui évoluent dans la zone de Boké, et à laquelle structure nous avons demandé à la SMB d’intégrer lors de l’inspection passée parce que cette compagnie possède plusieurs grandes mines dans la région de Boké. Ce qu’elle a accepté.
En termes d’impact socioéconomique, ils sont repartis en deux. Il y a les impacts positifs et négatifs. Les impacts positifs sont ce que l’exploitation minière contribue au développement socioéconomique de ces zones par les constructions des infrastructures de base. Tel que le reprofilage des routes, la construction de forages, la construction d’écoles, les centres de santé. Et tout récemment l’appui de ces compagnies minières à l’Etat guinéen dans le cadre de la lutte contre la COVID-19. En termes d’impacts négatifs il y a eu des localités autrefois qui ne vivaient que de ces consommations d’eaux des cours d’eaux (marigots, rivières) et de la pêche
Les gens ont du mal aujourd’hui à s’approvisionner en eaux potable avec la réduction par endroits de la pêche artisanale dans la zone par l’utilisation massive des fleuves à travers l’installation des ports fluviaux, les passages des barges font aujourd’hui que les ressources halieutiques se raréfient dans la zone. Mais aussi il y a un autre aspect, le plus souvent ces pêcheurs artisanaux sont confrontés à un problème de collusion avec les barges. Il y en a qui ne parviennent pas à pêcher convenablement parce que leurs filets parfois sont perforés par ses barges. Ce sont des informations que nous avons collectées sur le terrain lors de nos passages.
Il y a aussi les sociétés minières qui exploitent tous les jours les sites sans impliquer les populations locales afin de lutter contre la pauvreté. Est-ce que dans ce sens-là, aussi cela ne pourrait pas impacter sur l’agriculture qui est l’activité principale de certaines localité ?
Cela constitue un impact négatif pour l’agriculture locale. Mais cette question peut être résolue si on respectait les règles de bonnes pratiques environnementales en la matière. Si une exploitation minière doit toucher une portion de terre de qui que ce soit, les citoyens peuvent demander à ce qu’elle soit compensée. Parce que les impacts peuvent réversibles ou irréversibles, si toute fois l’exploitation minière peut se faire à côté des activités agricoles des citoyens de la communauté sans qu’elles ne soient touchées ou impactées forcement. Donc l’impact est réversible. Le citoyen continue à travailler, son niveau de vie n’a pas diminué. Mais s’il se trouve que, sa maison et son champ agricole sont touchés, là nous passons automatiquement aux mesures compensatoires. Le promoteur est tenu obligé de le compenser suivant les règles de bonnes pratiques. Tout récemment le ministère de l’Administration du territoire a rédigé un document pour résoudre cette.
Si toute fois on n’applique pas ces mesures contenues dans le document élaboré par le ministère de l’Administration du territoire, le promoteur est obligé de se rabattre sur les politiques opérationnelles de la banque Mondiale. Et je vous assure que les sociétés qui sont sous influences de la Banque Mondiale telles que la CBG, BELAIR MINIG, GAC parviennent à résoudre cette question de perte de terre. Si leur permis ou leur site d’exploitation doit toucher le bien d’un citoyen ces sociétés compensent suivant les politiques opérationnelles de la Banque mondiale. Tout récemment la CBG vient de construire le site d’accueil de la communauté du village de Hamdallaye à San‘garédi.
Entretien réalisé
par Amadou Tidiane Diallo

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