Guinee

Aliou Bah durcie le ton : « Nos méthodes ne vont pas changer tant que M. Alpha Condé restera au pouvoir »

Aliou Bah durcie le ton : « Nos méthodes ne vont pas changer tant que M. Alpha Condé restera au pouvoir »

A 48/heures du double scrutin, Aliou Bah président du MoDel n’entend pas baisser les bras malgré le maintien de la date des élections contestées par le FNDC et l’opposition républicaine dont il est membre. Dans l’émission ‘’les grandes gueules’’ de ce vendredi 20 mars, il promet que la lutte ne changera pas de méthode tant que le président Alpha Condé reste sur les règnes de l’État. Lisez !

Que pensez-vous des dispositions sanitaires mis en place par l’État par rapport au COVID-19, et les mesures annoncées par l’ANSS?

J’ai toujours pensé que les Guinéens ont eu le malheur de ne pas avoir un État et ça ne date pas d’aujourd’hui et malheureusement ça s’amplifie. Un État pense à protéger et non penser à faire des petits calculs mesquins sur la basse de considération politique. A ce stade, le monde entier est alerté et les dispositions dont j’entends parler, j’ai eu à vérifier certains et je pense que les Guinéens sont très exposés aujourd’hui. Les mesures qui sont prises ne peuvent même pas atteindre le minimum dans une circonstance comme celle-là. D’abord le fait de ne pas être transparent dans les statistiques, le fait de ne pas vouloir faire comme tout le monde. Ce pays est plus exposé que beaucoup d’autres pays compte-tenu des réalités que nous savons. Nous savons très bien que les populations sont mobiles et le peu qu’on a eu et d’ailleurs c’est grâce aux alertes faites par les journalistes que certaines autorités se bougent. A priori et par anticipation, il y a certaines dispositions qui devraient être prises. Et par rapport à tout ce que j’ai dit au début de mon intervention que le malheur de la Guinée vient delà le fait de ne pas avoir un État. Il y a un phénomène de fakenews qui est mondial pour lesquels les Guinéens ne sont pas suffisamment protégés. Je vois beaucoup de chose qui se disent sur internet sur la maladie qui ne sont pas vraies. Donc, il faut aller vers les bonnes sources pour eux-mêmes prendre leurs propres dispositions. Mais compter sur l’État guinéen, je vous assure que lorsqu’on découvrira la réalité, on se rendra compte qu’il y a eu beaucoup de manquements.

Qu’en pensez-vous du double scrutin du dimanche 22 mars ?

Nous considérons que cette journée du dimanche n’est pas une journée électorale, c’est une journée de coup d’État. C’est évident que ce processus n’obéit à rien, à quelque chose qui ressemble à une élection. A partie du moment où la démocratie interdit les coups d’Etat militaire, elle interdit les coups d’Etat civil. En Guinée, ce qui est programmé c’est-à-dire le peuple de Guinée appelé le 22 mars pour une élection, ça ne l’est pas pour nous. Au sein du FNDC c’est un jour de coup d’Etat, c’est pourquoi, nous interpellons le peuple de Guinée de se lever pour sauver sa démocratie.

Parce qu’une élection obéit à des règles et à des principes et nous n’avons plus besoin de déterminer en quoi est-ce que les règles démocratiques ont été violées, les lois en la matière ont été violées et c’est évident que c’est un putsch constitutionnel préparé.

Il y a six mois de cela vous êtes dans la rue, vous multipliez les initiatives et les actions sur le terrain et tout cela n’a pas pour autant fait reculer ce pouvoir. Et à 48 heures vous appelé à des manifestations que vous qualifiez d’historique. Comment en ces deux journées vous parviendriez à faire reculer le pouvoir ?

Alpha Condé ne s’appuie pas sur son parti, il s’appuie plutôt sur les moyens de l’État. Ce qui est injuste, c’est par la répression, la violence, le mensonge et par la manipulation qu’il en est arrivé là. Heureusement, qu’il y a eu des Guinéens qui se sont levés dès les premières heures. Quand on a commencé, certains nous avaient dit qu’on avait tort. Mais aujourd’hui l’histoire a révélé que nous avons anticipé sur le choix. Aujourd’hui le monde entier est sensibilisé sur la situation de la Guinée. Alpha Condé n’a aucun soutien que ça soit national, international ou étatique. Ses amis d’avant l’ont lâché complètement. Il ne sert à rien d’imposer quelque chose qui ne va pas prospérer.

Alpha Condé est en train de ramasser une braise et elle ne peut pas contenir dans ses mains. Parce que cette lutte dont je parle ne va pas s’arrêter le samedi ou dimanche, elle va continuer quel que soit ce qui va y arriver et nous avons payé la lourde tribu par rapport à ce qui est arrivé. Nos compatriotes qui sont morts, ne seront pas mort pour ne rien. Aucun peuple ne s’est libéré de la domination gratuitement. Nous sommes conscients de cet état de fait, nous sommes exposés ainsi que nos vies. Nuit été la violence d’État à ce stade, dites-moi concrètement que vaut le RPG en thème de promotion de quelque chose de ce type, rien du tout. En dehors de quelques individus affairistes et qui ont pris en otage systématiquement le pays et qui pensent qu’ils peuvent nous imposer un octogénaire et nous faire espérer que nous avons encore un avenir avec lui.

La dynamique dans laquelle nous sommes, elle n’est pas réglé de nos jours, elle est déréglée jusqu’à ce que Alpha Condé quitte le pouvoir conformément à ses deux serments et à l’esprit de la constitution actuelle. La Guinée de notre rêve et celle de notre ambition est celle qui va se débarrasser de toute forme de dictature. Ce n’est pas contre un homme, c’est une question de principe. Il se sent isolé et Le scénario qu’il espère ou pense faire, c’est de tout verrouiller, faire son putsch constitutionnel et le lendemain faire appel au dialogue. Nous allons davantage nous radicaliser. Ce qui se passe, on ne peut pas exclure la majorité du peuple de Guinée et qu’un petit clan pense qu’en 2020 il peut dominer tout un peuple et continuer de persévérer. Nous allons nous radicaliser et nos méthodes de combat ne vont pas changer tant que Mr Alpha Condé restera au pouvoir par le fait d’un coup d’Etat constitutionnel. Et ça je ne le dis pas gratuitement, je le dis parce que les Guinéens sont prêts.

Nous avons dénombré combien de victimes, vous pensez que ces familles sont prêtes à faire leur deuil et ça soit comme ça ? Pourquoi d’autres Guinéens se donnent le droit de tuer des Guinéens et systématique et penser qu’ils vivront éperdument dans l’impunité. Il y a beaucoup de chose qui ont changé dans ce monde dont certains n’ont pas confiance, ils pensent que ce qui s’est passé avant continuera. Je vais vous dire une chose, il y a des gens ici, des responsables de violation de droit de l’Homme, d’assassinat qui sont répertoriés, ces gens qui n’auront plus jamais la vie tranquille. Nous ferons en sorte que la justice soit locale ou internationale puisse s’occuper de leur cas. On ne peut plus continuer à être narguer par les bourreaux qui ont vécu que dans le sang et qui vont continuer de se recycler dans un système pour nous empêcher de vivre dans notre pays et d’avoir un avenir dans notre pays.

Vous dites que le combat ne s’arrêtera pas samedi ou dimanche, ça veut dire que vous entériner le changement constitutionnel et que votre combat prochain serait d’empêcher un troisième mandat ?

Je pense que vous n’avez pas bien compris de quoi il s’agit. Vous vous souvenez qu’il y a eu plusieurs dates qui ont été fixées, ces dates ont été reportées. Aujourd’hui la parole du président ne dit pas grand-chose. Il y a des signaux qui peuvent vous interpeler, le faite de penser à l’indice salarial pour les forces de défenses et de sécurité, c’est un signe de peur. Parce que simplement il pense qu’il peut compter sur l’armée pour se protéger. C’est un état d’indice qui montre qu’il ne compte pas sur son propre parti. Je suis convaincu que l’armée va rester républicaine malgré qu’il y a de brebis galeux, mais je suis convaincu qu’il y a encore des militaires guinéens qui sont conscient et qui savent qu’ils ont un rôle devant les hommes et devant l’histoire.

Nous avons vu beaucoup de situation aujourd’hui par exemple le Ghana doit son salut à Jerry Rawling. Nous en ce qui nous concerne, l’armée doit se ranger derrière la République. Il appartient à l’armée de se rendre compte qu’elle est une composante de la population et elle fonctionne selon les principes et doit être garante du fonctionnement, de la préservation de la démocratie.

Lorsque vous entendez les chefs notamment de la gendarmerie, de la police ou du ministre de l’Administration, il y a des messages forts. Est-ce que vous n’aviez pas peur que votre message ne tombe pas dans de bonnes oreilles ?

A mon avis, ces personnalités que vous avez citées se sont déjà discréditées. L’histoire retiendra que pendant cette période de répression sauvage de nos compatriotes des armées dans leur famille. Nous vivons un régime qui applique la torture en 2020, le kidnapping, le camp de Soronkoni. Il y a la responsabilité hiérarchique qu’il faut situer. Les gens ne se justifieront pas demain pour dire que je ne savais pas ce qui s’est passé. J’ai écouté ces différents communiquer qui encore dénote le manque de sérénité.

Quand j’entends Bourema Condé parlé de fauteur de trouble, les fauteurs de trouble sont les bandits, les hors la loi. L’ordre public se gère conformément aux dispositions légales. Le FNDC n’est pas un fauteur de trouble, nous sommes républicains. Les fauteurs de trouble se trouvent du côté du pouvoir, de ceux qui veulent nous imposer l’illégalité, de ceux qui veulent confisquer le pouvoir au bénéfice d’un octogénaire qui est à la tête d’un petit clan affairiste. Derrière tout ça, les enjeux par exemple la dette extérieure de la Guinée doit nous interpeller. Aujourd’hui notre dette extérieure est aux alentours de 4,2 milliards de dollars américain.

En 2012, quand nous avions eu le point d’achèvement de l’initiative du PPTE, nous avons deux tiers de notre dette multilatérale effacé.

Nous nous sommes retrouvés avec un soulagement au niveau du budget. Je rappelle que la rubrique au niveau de dépense du budget en priorité a le paiement de la dette et l’intérieur de la dette aux alentours de 100 millions de dollars par an ce qui fait 17% de nos exportations. Donc c’est énorme, on aurait pu bénéficier de cela. Dans l’intervalle 2013/2019 nous sommes passés de 1,1 milliards de dollars à 4,2 milliards de dollars. C’est quatre fois supérieur à ce qu’on a pu contracter comme dette multilatérale de 1986 à 2011 avec neuf évaluations au club de Paris.

Ça voudrait dire que ceux-là en 6 ans, ils nous ont mis en charge une dette quatre fois supérieure à celle que nous avions en combien d’année (1986/2011). Enfin cet argent, c’est la nouvelle génération qui prendra ça en charge, ça comprimait toutes les chances d’investissement public dans ce pays-là dans les prochaines années. La Guinée restera plombée définitivement en ce qui concerne ses chances d’investissement et vous pensé l’isolement qui va y avoir parce que politiquement nous serons un pays banni. Tous les projets de développement on n’en aura aucun. Le risque étant très élevé, aucun partenaire n’investira en Guinée d’autant plus que les taux d’intérêt élevé sont dissuasifs. Mes économistes primaires le savent ce que ça veut dire. Ça veut dire que les jeunes n’ont plus de chance de voir un quelconque développement. C’est pourquoi quand je vois certains s’agiter troisième mandat allons aux élections, ils ne se rendent pas compte qu’à 20 ans ou 25 ans si on est dans le raisonnement de quelqu’un de 84 ans, ce qu’on doit soi-même s’interroger sur sa psychologie.

Qu’est-ce que vous pensez sur la réponse de la cour de justice de la CEDEAO sur la plainte du FNDC sur l’État guinéen ?

Je ne serais pas déçu. Nous fondons beaucoup d’espoir sur les avocats qui ont porté cette initiative de ce que nous sommes en train de défendre.

Qu’en dites-vous sur les personnes qui sont encore sur le navire gouvernemental et qui n’ont pas démissionnées comme les Gassama Diaby, Abdoulaye Yéro Baldé… Cette tribune du ministre Koutoubou Sanoh qui demande du report des élections et au FNDC de sursoir à toutes ces manifestations ?

Considérons qu’à chaque fois que quelqu’un prend conscience, qu’il est du mauvais côté de l’histoire et qu’il se rétracte pour se ranger du bon côté de l’histoire. C’est quelque chose de positive. Mais cela n’exempte en rien les responsabilités que vous avez eues par rapport à telle ou telle période. Je considère que jusqu’à la dernière minute, si Alpha Condé lui-même décide de se ressaisir et de revenir à la raison, de prendre ses responsabilités de respecter son serment dans son esprit et dans son expression, ce sera déjà par principe salutaire. Tout ceci y a eu un coup, la vie humaine est banalisée, nous sommes devenus un pays complètement en porte-à-faux avec les valeurs. Nous n’avons pas perdu que nos valeurs économiques, nous avons les repères moraux. Aujourd’hui l’assassinat de nos compatriotes ça ne dit absolument rien à certains. Le FNDC pose des actes, du côté du pouvoir, il y a de tueries, de la répression, qui s’occupe de la justice, qui a pensé à faire même une fois message de  compassion. Nous n’en avons pas. Donc c’est un pays avec Alpha Condé qui s’est complètement démarqué de toutes les valeurs universelles. Et c’est très malheureux pour notre pays.

Au cas où Alpha Condé annonce qu’il ne serait pas candidat au lendemain du vote de dimanche, quelle serait la posture du MoDel et du FNDC?

Même si Alpha Condé dit qu’il ne sera pas candidat, le plus important c’est de savoir qu’un référendum pour changer notre constitution reste et demeure illégale. L’enjeu n’est pas de dire qu’il donne des garanties sur sa candidature. La constitution l’exige de respecter ses deux mandats.

Message

Je vais réaffirmer le message du FNDC à ses militants, ce dimanche il n’est pas prévu des élections, il est prévu un coup d’Etat. Vous avez le droit de vous dresser contre toute forme de confiscation du pouvoir.

Levez-vous parce qu’il s’agit de votre avenir et non l’avenir d’un leader. Il s’agit de chacun de nous pour vivre heureux dans notre pays pour éviter une nouvelle dictature. Sur le cas coronavirus, j’interpelle chacun à la vigilance.

Synthèse de

Moussa Thiam

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