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Au lieu de s’enivrer de mensonges, Tibou Kamara doit démissionner pour conserver le peu qu’il lui reste de dignité. Réponse à Tibou Kamara

Doutant de l’efficacité de la République et de la sincérité des individus qui incarnent un système politique insulaire, où les idées porteuses sont ignorées, ma démarche n’est dictée par aucune passion politique et en dehors de toute partisanerie. Le système de domination par le haut, marqué par l’oppression politique et psychologique sur fond de confiscation de la souveraineté populaire, est la marque de fabrique d’une autorité politique immorale, totalitaire, fielleuse, et du coup, impopulaire et fragile. Le régime de Alpha Condé en est la parfaite illustration. Reconnaître les faiblesses du système et remédier aux symptômes d’une faible responsabilité de l’État peut réduire le sentiment partagé en ce qui concerne l’illégitimité et le manque de crédibilité du régime Condé.

Pour cette raison, le citoyen guinéen averti doit s’inscrire en faux contre toute approche simpliste visant à amplifier la propagande d’une dictature en faisant des éloges de ceux qui l’incarnent. Car, la réalité sur le terrain et les traits de caractère de l’idole des griots contredisent foncièrement la thèse d’un président guinéen symbolisant la « rupture ». L’essentiel des louanges à un chef ne tient pas tant aux discours délibérément construits par le griot, mais aux non-dits. Donc, attribuer à un chef des qualités qu’il ne possède pas en s’appuyant sur de l’invraisemblable est une insulte à la démocratie et au peuple.  Or, c’est justement dans cet empire du mensonge que baigne un Tibou Kamara, qui paie sa place au sein de la dictature par le renoncement à toute dignité.

Pays misérable, la Guinée ne puit tomber plus bas. Le contraste avec les pays de la sous-région est saisissant. La vaste majorité des Guinéens n’ont pas une base de référence solide sur l’état de décrépitude extrême de notre pays puisque n’étant jamais sortis du pays. Pourtant, il suffit de faire un saut au Sénégal pour apprécier l’étendue des réalisations de SEM Macky Sall. En plus d’avoir le mérite d’être un président démocratiquement élu, SEM Macky Sall a fait du Sénégal un État respectable sur le plan de la réalisation des projets d’infrastructures publiques, base du développement.

Nous retiendrons que dans les États civilisés, les désaccords de politiques publiques ne constituent pas toujours un frein au développement. Ce sont les désaccords moraux dans la sphère politique qui laminent les espoirs de développement puisque l’immoralité de l’État rime avec inefficacité des politiques publiques et opacité des actions gouvernementales. C’est pourquoi la base du développement doit reposer sur un socle de vérité commun. Le fait majeur est que l’avènement de Alpha Condé au pouvoir est le pire qui soit arrivé à la Guinée depuis l’indépendance. Voilà ce que refuse de reconnaître le porte-voix de la dictature guinéenne, Tibou Kamara. Sous ce régime, le temps consacré à l’ignominie a pris le pas sur le temps du travail et sur celui de la construction démocratique et économique.

Aux carences de l’exécutif en matière de développement économique et social vient se greffer la présence trop flagrante d’opportunistes sans compétences ni conviction à l’intérieur d’un système devenu une machine à broyer les individus. Tibou Kamara, auriez-vous une conscience morale minimale ? Un leader qui n’apporte que désolation à son peuple n’est pas digne des louanges que vous lui faites.  Aucun propos flatteur ne pourra redorer le blason d’un « président » guinéen dont les actions dans la sphère politique et économique sont aux antipodes des bonnes valeurs locales.

Vous l’encenseur indéfectible du régime, pourriez-vous nous expliquer pourquoi les Guinéens et leurs hommes politiques vont se soigner en Tunisie par exemple, que les enfants des ministres vont étudier à l’étranger ? Où est le progrès ? Où sont les réalisations de votre homme providentiel quand vous-mêmes vous vous soignez au Maroc ou ailleurs ? Pour ma part, Alpha Condé a raté de rentrer dans l’histoire de la Guinée en s’entourant du pire de ce qu’il y a dans notre société. Les individus qui souhaitent sa fin imminente pour s’accaparer du pouvoir ne sont pas ceux qui croupissent injustement en prison. Ceux qui veulent sa fin, ce sont ses proches collaborateurs, ceux-là même qui gravitent autour de la présidence. Fragiliser l’opposition et s’assurer de l’incapacité de Alpha à gouverner, permet d’accroître l’emprise de la mafia sur les richesses nationales.

Tibou Kamara, votre discours a tout de même le mérite de dévoiler les atouts fondamentaux permettant d’accéder au pouvoir en Guinée, à savoir l’incompétence, l’apathie, la cupidité, la médiocrité, la malhonnêteté, et l’esprit « mbatula ». Il n’y a aucune valeur singulière à la fonction présidentielle lorsqu’on maintien le peuple dans la pauvreté ou dans l’ignorance. Pour être libres et profiter des énormes potentialités du pays, les Guinéens doivent s’unir autour d’un certain nombre de vertus, telles que l’unité des forces patriotiques du pays, l’éducation de masse, et la prise de conscience des conséquences économiques et sociales de la fracture sociale face à l’obsession narcissique des gouvernants.

Le fait majeur est que les régimes autoritaires n’ont pas intérêt à éduquer leurs populations, puisqu’un peuple instruit, consciencieux, peut démanteler la machine de l’oppression. C’est pourquoi les enjeux majeurs du devenir de l’éducation des Guinéens ne sont pas une priorité pour ce régime. Le fait qu’un pays connaisse un manque de perspectives d’avenir pour les populations, dépend d’un certain nombre de facteurs endogènes tels que le faible niveau d’éducation, un esprit critique précaire à l’égard de la politique, et le déficit de conscience stratégique des gouvernants. Pour créer l’unicité de la société guinéenne, il faut briser les tabous et les schémas de pensées obsolètes et établir des règles et des normes qui favorisent l’esprit critique.

Un système d’éducation bien pensé peut jouer un rôle essentiel dans cette problématique. Par sa capacité à favoriser le changement et à transformer la culture du fatalisme en une culture de l’engagement, la connaissance est un outil d’humanisation et d’émancipation de la société, car elle sert de tremplin contre l’abus du pouvoir d’État. C’est pour cela que la formation à la conscience politique critique doit s’inscrire au cœur du développement professionnel des enseignants. Plus fondamentalement, pour relever la Guinée, les jeunes cadres dynamiques doivent éviter de tomber dans le piège de la facilité en faisant du service public un tremplin pour s’enrichir. Le serviteur de l’État met en avant la raison du peuple. C’est pourquoi il doit agir avec intégrité et responsabilité.

Le vaillant peuple de Guinée gardera en mémoire les turpitudes d’un État guinéen terroriste. Tôt ou tard les fossoyeurs de la République répondront de leurs forfaitures devant les tribunaux. Mais il n’est pas tard pour vous, Tibou Kamara, de prendre la mesure du mal et donc de jeter l’éponge : quel père souhaiteriez-vous être pour vos enfants ? No hard feelings !

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