Guinee

Candidat aux élections du 18 octobre 2020 : « 2020 ne sera pas comme 2010 encore moins 2015 », prévient Cellou Dalein

Après de multiple hésitations pour sa participation ou non à l’élection présidentielle prévue le 18 octobre prochain, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), a enfin tenu le dimanche 6 septembre 2020 son conseil d’investiture de son candidat. Sans surprise, la confiance a été renouvelée à son président Cellou Dalein Diallo, par la majorité de ses fédérations au sortir des consultations engagées pour déterminer la position concernant ce scrutin crucial.

« Sur la base des consultations, les résultats étaient largement en faveur de la participation à l’élection présidentielle. En ce sens nous avons eu pratiquement toutes les 55 fédérations de l’intérieur du pays ont demandé à ce qu’on aille aux élections ; en Afrique 15 sur 19 qui exprimé le besoin d’aller à ces élections ; en Europe 4 sur 10 consultés ont approuvé la démarche ; en Asie ou l’unique fédération la Chine a validé à son tour.

En sommes nous avons eu un taux de 88,12% pour le Oui et 8,91% de Non. Et tous à l’unanimité ont porté leur choix sur Elhadji Cellou Dalein Diallo pour qu’il soit candidat », a fait savoir Aliou Condé vice-président de l’UFDG.

Après validation par le bureau exécutif national du choix porté sur lui, le candidat de l’UFDG fait son entré dans la salle de congrès sous les grandes ovations de ses militants et sympathisants qui entonnaient un slogan « élection ! », « élection ! »

« J’ai entendu votre cri de cœur, je mesure à sa juste valeur la gravité de la situation sociopolitique de notre cher pays. Je mesure également le poids de l’immense responsabilité qui pèse sur mes épaules en ce temps d’incertitude, d’inquiétude voire de solitude. Vos craintes sont justifiées et légitimes, surtout lorsqu’on a à faire à un président roublard et scrupule. Chacune de nos actions doivent être questionnées avec intelligence », introduit le candidat Mamadou Cellou Dalein, dans son allocution de circonstance.

L’ancien chef de file de l’opposition rappelle à ses détracteurs que pour accéder au pouvoir, il faut participer aux élections et s’il a accepté de céder le pouvoir en 2010, c’était pour éviter un bain de sang vu le contexte qui prévalait à l’époque.

« Chers compatriotes, mon choix de diriger un parti politique procède d’une conviction inébranlable. Pour accéder au pouvoir, il faut participer à des élections. J’ai fait le choix de conquérir le pouvoir par le biais de la confiance du peuple qui s’exprime librement par le suffrage universel. Je suis un républicain convaincu, attaché aux valeurs universelles de démocratie. Je suis un homme préoccupé par la paix et la cohésion sociale dans notre cher pays. C’est au nom de ces principes qu’en 2010 lorsque notre victoire à l’élection présidentielle nous a été volée, je me suis abstenu de toute réaction qui aurait pu déboucher sur une guerre civile compte tenu du contexte qui prévalait », rappelle-t-il.

Poursuivant, Cellou précise que : « La décision prise en concertation avec mes proches collaborateurs d’engager l’UFDG dans cette compétition repose sur les avis motivés de l’écrasante majorité de nos fédérations de l’intérieur et de l’extérieur ainsi que de libre choix des membres du bureau politique national ».

La candidature de l’UFDG aux prochaines élections présidentielles divise à plus d’un titre l’opinion dont certains voient une trahison à la mémoire des personnes tombées lors des manifestations précédentes. Cellou répond que ce n’est pas en participant à ces élections que ces martyrs seraient trahis plutôt, « c’est le contraire ».

« J’ai encore dans l’esprit et chaud dans le cœur la mémoire de tous ces jeunes martyres tombés tragiquement sous les balles assassines de ce régime sanguinaire. Ces sacrifices de ces jeunes aux citoyens appellent à la résistance, leurs sangs engagent à la détermination et réclament la liberté et la prospérité au bénéfice du peuple de Guinée.

Non, ce n’est pas en allant aux élections qu’ils nous condamneront ! Nous n’avons pas le droit de nous résigner ou encore nous apitoyer sur notre sort et se laisser prendre dans la boule d’une quelconque culpabilité qui nous ferait perdre de vue l’essentiel. Le coupable ce n’est pas nous, le coupable c’est Alpha Condé. 

En ce qui nous concerne nous avons l’obligation de nous dresser devant Alpha Condé sans concession aucune pour honorer les corps de nos martyrs tombés sur les chemins de la liberté », indique le président de l’UFDG.

Dressant le bilan macabre des assassinats depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir, Cellou Dalein note que ce n’est pas en renonçant qu’on pourra se libérer de notre responsabilité.

« 204 personnes tuées dont 100 dans le cadre de la lutte contre le troisième mandat et 104 dans le cadre des manifestations. Ce n’est pas acceptable et ce n’est pas en renonçant qu’on peut se libérer de notre responsabilité de poursuivre leur combat », fulmine l’ancien Premier ministre, tout en ajoutant qu’il accepte valablement le choix porté à sa personne pour mener l’UFDG au pouvoir au soir de l’élection présidentielle du 18 octobre.

« Je me tiens devant vous par la force de votre confiance permanente en moi et au nom du serment de la constitution d’une Guinée que je vais unir et servir. Mais il ne faut pas se leurrer avec une constitution falsifiée et un fichier électoral tronqué et taillé sur mesure, une CENI et une cour constitutionnelle totalement inféodées à Alpha Condé, la tâche ne sera pas facile. Ce n’est pas pour autant qu’il faut céder aux forces de l’abandon. La Guinée est aujourd’hui dans une situation de non-droit, il faut obligatoirement corriger cela par un retour à un ordre constitutionnel normal. Nous le ferons ensemble. C’est donc dans la foi de cet exaltant projet commun, celui de libérer notre pays de la dictature que j’accepte votre décision de m’investir comme candidat de l’UFDG à l’élection présidentielle du 18 octobre 2020 », a-t-il déclaré.

Dans la foulée de cette acceptation du choix porté sur lui, l’opposant principal d’Alpha Condé invite la communauté internationale à jouer l’arbitre avant que ça ne dégénère au cas où il estimerait que ses voix sont volées.

« Si Alpha Condé ne reconnaitra pas sa défaite dans les urnes, nous serons là lui démontrer dans la rue et nous prenons déjà à témoin la communauté internationale qu’il est hors de question cette fois-ci que notre victoire soit confisquée. Il est temps que cette communauté internationale interpelle Alpha Condé, qu’elle lui rappelle les règles élémentaires de la démocratie. Si c’est entre nos mains qu’elle abandonne cette mission, alors Alpha Condé assumera toutes les conséquences de son entêtement et de sa cleptomanie électorale ».

Devant ses militants, Cellou Dalein insiste sur la protection de ses voix et invite par ailleurs, le président Alpha Condé candidat pour un troisième mandat comme dans une compétition sportive à un face à face le 18 octobre prochain pour lui montrer de quoi il est capable de vaincre le locataire du palais sekoutoutréya.

« Nous lui donnons rendez-vous au 18 octobre, nous lui montrerons que notre volonté de changement et d’alternance ne se négociera pas. 2020 n’est pas 2010, 2020 ne sera pas comme 2010 encore moins 2015. Nous sommes prêts et nous gagnerons… J’accepte votre mandat de représenter notre parti à l’élection présidentielle à condition que vous vous engagez résolument et dès maintenant à voter et sécuriser les suffrages que les Guinéens ne manqueront pas de nous accorder », souligne-t-il.

Répondant les critiques de la part du FNDC, le candidat de l’UFDG fait savoir que son parti sera toujours présent devant la scène pour dénoncer le troisième mandat et dans la rue et dans les urnes et c’est pour cette raison il tend la main aux différents partis politiques engagés ou non à ces élections à une union pour faire barrage à Alpha Condé.

« En acceptant de participer à cette élection, nous avons voulu en plus des manifestations pacifiques auxquelles l’UFDG continuera de prendre part, de transporter notre combat contre le troisième mandat dans les urnes. 

Nous serons dans la rue et sur les places publiques pour manifester contre le troisième mandat jusqu’au dernier jour et nous serons dans les urnes pour empêcher Monsieur Alpha Condé de s’octroyer le troisième mandat. Je voudrais lancer un appel aux partis politiques de l’opposition notamment à ceux qui sont candidats, qu’on forme la coalition pour l’alternance démocratique, qui’ mutualise nos forces pour barrer la route à Alpha Condé et même ceux qui ne participent pas qu’on forme la coalition pour l’alternance », lance Dalein.

Par ailleurs, peiné par le kidnapping de l’opposant malien Soumaila Cissé, Cellou demande à ses militants de prier pour la libération de son ami. « Je voudrai vous demander tous que vous priez pour la libération de Soumaila Cissé qui est un ami détenu depuis maintenant 4 mois ».

Moussa Thiam

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *