Entretien

‘’Citron, Quinkéliba, Laye, Gingembre’’ contre le COVID-19 ? : Voici ce que pense le Professeur Mohamed Sâa Traoré

Il était l’invité de la radio lynx Fm le lundi, 06 Avril 2020. Dans cet entretien, le professeur Mohamed Sâa Traoré de l’Institut de recherche des plantes médicinales et alimentaires de Dubreka répondait aux questions de nos confrères liées à l’utilisation de Nivaquine, de Chloroquine associés de l’Agitromicine et l’effet de traitement traditionnelle contre le coronavirus.

Bonjour professeur, vous êtes de l’institut de recherche de Dubréka quels sont les efforts qui sont les vôtres depuis que la pandémie a été déclarée ?

Il faut tout de suite souligner que c’est une maladie qui a surpris réellement le monde scientifique. Face à cette pandémie, tous les chercheurs par le monde se sont mobilisés et nous notre activité essentielle, c’est l’exploration de potentialité … de la médecine traditionnelle et ce dans ce sens que depuis l’avènement de cette épidémie nous explorons quelle doit être l’apport ….dans la gestion de cette pandémie.

Qu’est-ce que vous êtes en train de faire sur le plan de ces médicaments traditionnels

Il faut d’abord contextualiser parce que lorsqu’une maladie apparaît pour laquelle il n’y a pas un traitement standard, très souvent ce sont des repositionnements qu’on effectue. On regarde quels sont les traitements qui existaient auparavant et qui étaient actives sur les pathologies similaires.  Si vous prenez le Coronavirus, elle est causée par un virus à ARN, c’est que tous les chercheurs font actuellement, c’est de regarder quelles sont les autres médicaments qui existent et qui sont actifs sur des virus à ARN, et on essaye d’utiliser ces médicament-là pour voir quel va être leurs impacts sur ce virus.  Dans notre cas d’espèce, on avait des plantes sur lesquelles nous avons mené de recherche, et c’étaient des plantes qui étaient actives sur le plasmodium qui sont également actifs sur d’autres virus tel que le virus du VIH. Et justement ce virus du VIH, c’est un virus à ARN. Donc depuis l’avènement de cette pandémie, nous travaillons sur la mise en forme galénique de ces plantes, on renforce les données toxicologiques afin de proposer des formulations aux médecins soignants pour qu’on passe à des évaluations cliniques.

Dans d’autres pays, dans pareille situation la recherche est soutenue et financée par les autorités compétentes, est-ce que vous avez reçu un soutien du ministère ou bien de l’agence, en tous les autorités guinéennes pour vous permettre de se mettre directement à la recherche ?

Justement vous mettez le pied dans les gadoues, en fait, il y a un adage qui dit que : « Dis-moi l’importance qui tu accordes à la recherche, je te dirais quel est ton avenir », ce n’est pas une particularité de la Guinée, dans la plupart des pays africains, on accorde pas le soutien voulu à la recherche, c’est ce qui fait que réellement on reste en retard, en Guinée c’est vrai on reçoit des maigres moyens dans le cadre habituel des activités de recherche mais spécifiquement au coronavirus, jusqu’à maintenant nous n’avons pas reçu un quelconque fonds de soutien pour essayer de soutenir des activités que je viens de citer précédemment.

Actuellement, il y a de traitement qui sont proposés aux malade de convid-19, on parle de la chloroquine associée à l’agitromicine et autres. Alors qu’est-ce que vous pensez de ce traitement ?

Lorsqu’il n’y a pas un traitement réellement validé pour une maladie, c’est la boîte à pandore qui va être ouverte. Pour l’instant en ce qui concerne la chloroquine il y a eu des essais préliminaires qui ont attesté « l’efficacité de chloroquine », puisque c’est des chercheurs aguerris qui ont mené cette recherche, il nous revient nous Guinéen également dans le cadre de l’instauration de ce traitement d’essayer d’évaluer quelle est l’efficacité ? Quelle est la tolérance de ce traitement ? Mais puisque nous n’avons pas de traitement, il serait intéressant de vérifier quel est l’impact de ces traitements pour les mettre rapidement à la disposition de la population ce serait important.

On a appris des sources sûres qu’actuellement en Guinée on donne la chloroquine aux malades chaque 8heures et puis associé un peu d’un antibiotique, c’est ce qui est actuellement donné aux malade ?

Personnellement de mon avis chercheur, je pense que ce n’est pas une mauvaise démarche. De toute façon pour ceux qui savent le batail qui existe au niveau mondial entre les Big pharma, on pourrait facilement comprendre ce n’est pas aisé d’imposer la chloroquine, parce que la chloroquine est une molécule qui a perdu son brevet et la matière première ne coûte rien, cependant les Big Pharma ont investi assez de milliards pour avoir des médicaments, ça ne sera pas facile d’accepter que l’avènement de la chloroquine qui mettrait un au second plan l’ensemble de ces investissements…donc ça va être une longue bataille. Il nous revient de tester l’efficacité et la tolérance, ce n’est pas une mauvaise démarche pour moi. 

Vous allez faire le tour des pharmacies à Conakry aujourd’hui vous n’allez pas trouver la chloroquine tout est fini et c’est vendu très chère. Mais dans les domiciles il y en a entre les mains d’un analphabète comme nous qui ne sont pas pharmacien donc il y en a qui donne ça à tout bout de champ à leurs enfants, à leurs familles à titre de prévention. Est-ce que c’est une bonne chose ?

En Fait, la chloroquine n’est pas disponible et pour cause, c’est une molécule qui n’était plus actuellement utilisée dans le cadre du traitement du paludisme, il y avait une molécule qui était très proche de la chloroquine qu’on appelle l’hydroxi-chloroquine qui était utilisé dans les traitement de lupus ou dans le traitement de Choliapsci-trimatoïde, mais la prévalence est énormément faible, c’est ce qui fait qu’on ne retrouvait pas une grande quantité sur les marchés guinéens.

Maintenant, c’est aux autorités sanitaires de voir si ces molécules-là doivent être inscrites dans nos protocoles de traitement, de les rendre disponibles. Je précise qu’il n’est pas recommandé de l’utiliser en automédication, pour leur il n’y a aucun article scientifique qui justifie leurs utilisations dans le cadre de la prévention de la maladie.

Alors Docteur en plus de ces chloroquines, il y a aussi de traitement traditionnel qui sont proposé, certains parlent de citron mélanger de gingembre, de laye et de l’eau chaude qui pourrait être efficace et puis il y a ces décoctions traditionnelles également que beaucoup de personnes prennent, il y a le quinquina, il y a l’acacia, les gens s’en abreuvent comme ils le peuvent à cause du covid-19. Qu’est-ce que vous pensez de ce que les gens sont en train de faire ?

Alors vous faites bien de poser cette question, parce qu’il faut souligner qu’avant même l’avènement d’une médecine structurée, c’est une question de reflexe, l’homme a eu toujours recours à la nature en tant que telle, et donc l’avènement de la plupart de traitement est lié au prix d’effet et d’erreur, donc l’utilisation hasardeuse de certaines plantes.  C’est parce qu’on parle qu’il n’y a pas de traitement, c’est pourquoi la population fait recours réellement à ces plantes. Il faut souligner que certaines de ces plantes peuvent être toxiques d’une part. D’autre part le fait qu’on annonce que la chloroquine pourrait être un traitement, les gens font une similitude entre par exemple : les feuilles d’acacia, les feuilles de Nîmes qu’on appelle sur le plan scientifique ‘’Azadirecta-indicame’’, c’est une plante qui est utilisée dans le traitement traditionnel du paludisme, puisque que les feuilles sont amères, on pense qu’ils contiennent de la quinine ou de la chloroquine, non, elles ne contiennent pas de la quinine, elles ne contiennent pas de la chloroquine.

Vous venez de parler de quinquina, le quinquina est une plante originaire de l’Amérique latine, on la retrouve en Guinée notamment en Macenta, à Kinadou, mais c’est une plante qui renferme naturellement de la quinine. La Quinine est une molécule naturelle qui a aidé à synthétiser la chloroquine. Donc si vous prenez sur le plan structural notamment sur le squelette de la chloroquine, il y a quelques éléments communs, mais la chloroquine n’est pas d’origine naturelle, c’est la quinine qui est d’origine naturelle.

Il ne faut pas oublier qu’il y a bien des plantes qui peuvent avoir un effet bénéfique sur le symptôme de la maladie, nous n’oublions pas que le gingembre pourrait avoir des effets bénéfiques, que laye également a montré des effets bénéfiques sur d’autres virus gripos, pas le coronavirus, personne n’a une expérience par rapport au coronavirus.

Il y a aussi les feuilles de locimome gravicimome que les gens appellent traditionnellement ‘’Sounkora, barkéri en soussou ‘’ qui pourrait avoir également un intérêt. Il y a des plantes qu’on pourrait appeler des alicaments c’est-à-dire : ce sont des plantes alimentaires également qui ont des effets bénéfiques sur la santé qu’on pourrait consommer pas de façon abusive en cette période qui pourrait avoir un certain intérêt.

Quant aux citrons, il y a bien des effets bénéfiques parce que le citron à des propriétés anti oxydante et ces propriétés anti oxydantes peuvent bouster l’immunité et c’est quelque chose qui est recherchée en cette période.

On a vu le poste d’un célèbre opposant en Guinée ici qui a dit que : 6 verres par jour de quinkeliba absorbés sans sucre pourraient être un remède, en le faisant régulièrement en 3 jours, on est immunisé, ou en tout cas on est à l’abri de menace du coronavirus, quand est-il ?

Vous savez nous sommes des scientifiques, et en terme scientifique il y a ce qu’on appelle les informations basées sur la preuve. Nous, nous ne pouvons que nous focalisez sur des informations basées sur une preuve scientifique, sinon le quinkeliba, nous connaissons ses vertus qui sont vraiment médicinales. C’est très bien de prendre du quinkéliba parce que le quinkéliba renferme des antis oxydants mais quand à dire que ce quinkeliba peut être efficace contre le coronavirus, il faudrait que cette information soit prouvée.

Il y a un sage de mon quartier qui dit que ces maladies ont existé lorsque les colons étaient venus, avant l’arrivée des colons, il y avait une épidémie qu’on appelait en poular « lappou bhalai, en Français la grippe noire », il disait que cette maladie à l’époque décimait des villages, les aïeuls à l’époque, quand ils ont compris que c’était contagieux, ils isolaient régulièrement les personnes qui étaient atteintes dans une case et l’abreuvait de décoction à base de plante médicinales, il n’a pas dit l’originaire de ces plantes mais il dit que ça parvenait à soulager. C’est ce rapprochement que le leader politique a dit que quand les colons étaient venus certains d’entre eux étaient infectés par cette maladie mais ils prenaient le quinkeliba sans sucre et ça permettait de sauver des personnes.

En fait vous venez d’aborder là une vraie question de recherche, nous classiquement il y a ce qu’on appelle ethnomédecine, toute population à une réponse naturelle par rapport à une maladie donnée et que cette réponse qu’apporte cette population mérite d’être étudiée. C’est une vraie question de recherche. C’est pour cela que nous, nous avons commencé à mener ce qu’on appelle des investigations ethno médicales et ethnobotaniques.  Moi, j’irai même plus loin ce n’est seulement à l’échelle humaine parce qu’il faut savoir que ces virus-là frappent d’abord les animaux avant de frapper les hommes, c’est pourquoi d’ailleurs il y a une notion qui est en train d’émerger, c’est cette notion qu’on appelle une seule santé, c’est-à-dire : la santé des animaux et la santé humaine, c’est la même chose.

Alors si vous commencez à questionner les villageois, vous allez trouver qu’il y a régulièrement des épidémies par exemple des épidémies qui frappent les bétails dont les symptômes sont souvent semblables aux symptômes de cette grippe-là et qui décime presque les cheptels, alors dans ce cadre-là souvent ces populations utilisent des plantes.  Tout ça, ça demeure de piste de recherche, c’est là qu’interviennent les scientifiques pour voir quelles sont les vraies valeurs ? Quelles sont les vraies quintessences de toutes ces plantes-là ? Sinon je suis d’accord avec votre observation et tout le monde devait explorer ce genre de piste.

Il y a aussi ce débat qui a été provoqué suite à une séquence diffusée sur la chaine LCI par rapport à ces études sur un vaccin contre le coronavirus, notamment celle qui concentre autour du vaccin BCG. Il y a ce professeur Jean Paul Murra qui a suggéré de réaliser ses études en Afrique. Il a dit : est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique où il n’y a pas de masque, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme se fait d’ailleurs pour certaines études sur le sida. Comment vous réagissez à cette sortie qui suscité beaucoup de polémiques au niveau mondial ?

En réalité, nous les africains, c’est spécifiquement particulier à nous, on voit toujours un complot autour de nous. Il faut qu’on essaye d’arrêter ça, la participation à un essai clinique est lié à une chose fondamentales : le consentement libre et éclairé du patient qui doit rentrer dans l’essai. Moi je ne discute pas d’abord de la pertinence ou de l’efficacité de ce vaccin, ou, quelle va être la tolérance de ce vaccin. Quel que soit l’effet clinique qu’il se déroule où que ce soit, avant qu’on essaye de l’accepter dans tous les pays actuellement, il y a ce qu’on appelle le comité national d’éthique en santé, ce sont ces comités nationaux d’éthique en santé qui doivent préserver notre population.

Parce que s’ils regardent, ils trouvent que c’est bon pour la population, c’est des gens assermentés, c’est des chercheurs de grand niveau, notre pays en a, et c’est dirigé par le professeur Oumou Younoussa.

Ils ne vont pas accepter par exemple qu’on teste ce genre de vaccin et dans la plupart des pays africains, ça existe. Lorsque ça passe au niveau du comité d’éthique, si vous vous devez rentrer dans un essai, on doit d’abord demander votre consentement. Si vous ne donnez pas votre consentement vous ne rentrez pas dans l’essai, ça c’est sur le plan global.

Maintenant, ce qu’on observe réellement sur le plan africain, j’apprécie beaucoup que des grands footballeurs de ce continent sortent pour dire : qu’en réalité on ne peut pas utiliser les Africains comme cobaye. Mais est-ce qu’une fois, eux ils se sont associés pour mettre un fonds à dispositions pour soutenir la recherche en Afrique ? Si on nous utilise comme de cobaye, c’est un peu parce que nous ne proposons rien donc il faut qu’on arrête un peu cet absentéisme dans l’arène scientifique mondiale.

Quel doit être la partition des tradi-praticiens dans cette lutte parce qu’ils sont aussi consultés par d’autres, il y a certains malades désespérés qui ne souhaitent pas du tout aller à l’hôpital qui se rabattent sur ces tradi-praticiens, qui sont aussi entourés par des familles qui travaillent dans leurs propres familles. Il y a même un à Kankan qui a dit qu’il a trouvé le remède ?

En fait, c’est souvent par méconnaissance que nos autorités sanitaires ignorent la médecine traditionnelle. Actuellement si vous remarquez, il y a des messages de sensibilisations qui sont envoyés vers les populations, vers les soignants mais personne ne pense spécifiquement à cette couche-là, or dans nos villages ce sont ces tradi-thérapeutes-là qui prennent en charge la plupart des maladies. Et lorsqu’il va y avoir tout de suite, je ne le souhaite pas, cette maladie dans n’importe quel village, je suis sûre que les tradi-thérapeutes vont intervenir.

Donc si nous les prenons pas en compte dans la lutte contre la maladie, ils vont être le vecteur de cette maladie-là parce que s’ils touchent un patient qui est malade, un autre vient même si ce n’est pas pour coronavirus, ils peuvent être eux-mêmes les vecteurs de cette maladie. D’une part, il est important d’insérer dans les dispositifs de sensibilisation et de protection les tradi-thérapeutes. Et d’autres part également, il faut explorer ce qu’ils utilisent pour voir est-ce qu’on ne pourrait pas trouver des plantes qui pourraient avoir un intérêt dans la gestion de la maladie.

Transcrit par

Alpha Amadou Diallo  

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