Guinee

Condamné par le régime Sékou : Fodé Bocar Maréga parle de la tragédie de son père


Dans une interview accordée à notre reporter, le député uninominal de Dinguiraye et ancien président de l’association des victimes du camp Boiro (AVCB) Fodé Bocar Maréga revient sur les circonstances de la mort de son père Bocar Maréga. Ce dernier fut tué au même moment que plusieurs Guinéens sous le régime de Sekou Touré.
L’Indépendant : Que souvenez-vous du 25 janvier 1971?
Dr Fodé Bocar Marega : Sous l’ancien pont du 8 novembre, nous avons passé à un stade cynique et meurtrier du régime de Sekou Touré. Des hauts cadres de ce pays ont été pendus sur ce pont-là. Aujourd’hui, nous commémorons cet anniversaire depuis 1985. Pendant cette période, il y a eu quatre personnes qui sont pendues ici sur le pont 8 novembre et au moins deux pendus dans chaque préfecture de la Guinée. Ceux-ci sont des crimes odieux qui ont été perpétrés en ce moment-là. Donc vous voyez ce côté machiavélique de Sekou Touré qui nous a entraîné vers cette déchéance-là.
Qu’à ton reprocher à votre père qui est aussi victime ?
C’est une longue histoire, le motif de la condamnation de mon père, c’est de n’avoir pas dénoncé une conversation qu’il y aurait entendue entre son frère et son beau-frère. Voyez-vous, il entend une conversation entre son frère et son beau-frère et il lui faut se lever rapidement aller les dénoncer à la police ou à la gendarmerie ou dans un ministère dénoncer cette conversation pour avoir la vie sauve. Mais de toutes les façons, ce que l’on sait, c’est la soif de sang de Sekou Touré qui a entraîné tout cela. L’impunité dont on parle matin-midi-soir c’est ce qui a entraîné ça.
D’après vos démarches menées, est-ce que vous avez retrouvé le corps de votre Papa ?
Non, c’est dans des fosses communes. Il y a énormément des charniers répertoriés sur toute l’étendue du territoire national. Nous, nous savons que c’est un charnier qui est à Kindia et d’autres qui sont à Nongo ici et à côté des camps militaires. Les parents sont dans ces charniers et c’est raison pour laquelle, la revendication personnelle et persistante de l’association des victimes du camp Boiro, c’est de clôturer ces charniers, et mettre des stèles pour qu’on puisse se recueillir sur la tombe de nos parents.
Espérez-vous avoir de la chance d’avoir une justice un jour ?
On se bat partout. On n’a pas eu seulement de la chance d’avoir la force des juifs aujourd’hui parce qu’ils sont respectés dans le monde entier. C’est dommage qu’on ait des révisionnistes aujourd’hui en Guinée. Dans tous les cas nous espérons qu’une commission vérité, justice et réconciliation soit mise en place pour qu’on est plus jamais ça en Guinée. La lutte continue et si ce n’est pas nous, ça sera nos enfants ou nos petits-enfants. On continuera jusqu’à ce que nos voix soient entendues.
Pourquoi l’accès au camp Boiro ne vous ait pas permis ce 25 janvier 2020 ?
Depuis 1985, on a cette manifestation, hier on est venu nettoyer le camp avec les militaires. Les militaires nous ont permis de rentrer comme d’habitude et nous venons le matin très tôt avec le bœuf pour l’immoler et faire des prières et sacrifices. Nous nous disons simplement que nous sommes surpris par le comportement du ministre Diané. Il a l’habitude d’avoir des comportements particuliers avec les civils mais nous notre association est en dehors de tout. Elle est pour la nation guinéenne, parce que c’est elle qui est touchée. Si aujourd’hui il interdit de rentrer au camp faire une lecture du coran, nous nous sommes surpris et étonné. Mais ça nous surprend pas de ce personnage. Mais de toute façon nous allons régler ces comptes-là.
Quel message avez-vous à l’endroit du peuple de Guinée et de son gouvernement ?
Nous disons simplement que nous avons là le prototype de l’impunité et l’injustice dans un pays. Aujourd’hui nous voyons ce qui se passe, ce n’est pas les ethnies contre les autres, ce n’est pas un peul contre un malinké,… C’est la violence d’État face aux citoyens. C’est l’État qui règle ses comptes, c’est l’État qui estime que, quand on n’est pas d’accord avec lui, on n’est pas d’accord avec la Guinée. C’est exactement ce que nous nous souhaitons dénoncer un peu partout. On est des vrais guinéens qui se sont battus pour ce pays et nous voulons qu’il soit reconnu non pas par des personnages qui ont passé leur vie à rester en dehors de tout et qui aujourd’hui nous donne des leçons.
Interview réalisée
par Moussa Thiam

One Reply to “Condamné par le régime Sékou : Fodé Bocar Maréga parle de la tragédie de son père

  1. L’ancien pont était une potence.
    Les pendus étaient là pour l’exemple…pour sortir de la presqu’île nous étions obligés de passer sous ce pont.
    REGIME DE TERREUR.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *