Entretien

COVID-19, double scrutin, violences à N’zérékoré : Bah Oury voit rouge

COVID-19, double scrutin, violences à N’zérékoré : Bah Oury voit rouge

Dans un entretien accordé à la Radio Espace Fm le vendredi, 27 mars2020, le président du parti UDD, Bah Oury dénonce et condamne les violences post-électorales survenues à N’zérékoré et demande la machine judiciaire de se mettre en branle pour arrêter et punir les coupables. L’ancien numéro deux de l’UFDG, interpelle également la population à se protéger et protéger leurs proches contre la pandémie COVID-19.

Bonjour M. Bah, le COVID-19, vous êtes au courant des dispositions prises ou envisagées par notre gouvernement au regard de ce qui se passe dans les pays qui nous entourent, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire qui ont plus de cas confirmés que nous, quel jugement vous portez sur les mesures déjà annoncées et celles qui sont en vue, pour que la Guinée se prémunisse de cette maladie et pour organiser la riposte.

D’abord il faut que la population sache que c’est un danger que toutes les mesures doivent être prises pour se protéger et protéger ses proches. Si les pouvoirs publics sont défaillants, il ne faudrait pas que la population par mimétisme les suive. Que des mesures soient prises dès à présent.

Ceci dit, nous avons connu Ebola, nous avons tergiversé pendant trois mois, le mois de Novembre 2013 et le mois de février-mars 2014, ces temps auraient puis être utilisés pour prendre les mesures les plus rapides, circonscrire la fièvre hémorragique Ebola pour empêcher sa propagation et la contamination des pays comme la Sierra Léone et la Côte d’Ivoire et le Liberia. Vous savez le nombre de victime que ça a causé, plus de 10 mille morts et les économies de ces trois pays complètement mises à terre pendant une période de deux ans. Donc cette expérience et ces leçons auraient pu nous servir pour prendre des mesures beaucoup plus rapides que tous les autres pays limitrophes pour nous protéger la COVID-19.

Mais malheureusement, j’ai l’impression que nos autorités son amnésique, ils n’ont pas de mémoire, c’est comme tout ce qui touche la population n’a pas d’intérêt, c’est la raison pour laquelle on tergiverse encore ; en côte d’Ivoire le président Ouattara parle plus de 100 milliards FCFA pour soutenir la lutte contre la COVID-19. Au Sénégal le président Macky Sall évoque 1000 milliards de FCFA. Et nous parlons que de 6 milliards de GNF, pour essayer de mettre à la disposition des forces pour lutter contre la COVID-19.

Nous manquons de réactivité, nous manquons de la prise en compte du danger que cela représente. Nous n’avons pas cerné que si cette maladie se propage dans notre pays, ce sont des milliers et des milliers de personnes qui risquent de périr ; et ça c’est l’hécatombe, c’est la responsabilité des dirigeants parce que c’est eux qui sont en situation de responsabilité.

On a vu le cas du Sénégal où le président Macky Sall a fait une ouverture en recevant des opposants entre autre trouver de solution, pour le cas de la Guinée, est-ce qu’on peut rêver pour une fois dans ce sens-là avec tout ce qui se passe ? Est-ce qu’on peut espérer une union sacrée de la classe politique Guinéenne autour du covid-19 ? Est-ce que ça pourrait être une occasion de retrouvaille entre les protagonistes ?

Ce serait souhaitable, mais vous savez lorsque vous êtes les dirigeants, c’est vous qui donnez l’exemple ; c’est vous qui donnez le ton, c’est vous qui donner l’allure, c’est vous qui est chef d’orchestre et par rapport à cela, je pense qu’il y a silence radio pour le moment.

Lorsque le danger est national, menace notre pays toutes les autres considérations politiques sont mises à côté, c’est de s’organiser et sensibiliser la population pour qu’elle se protège parce que c’est la nature qui doit être protégé, ce sont les vies qui doivent être protégés, et de ce point de vu, ce n’est pas le spectacle de se retrouver, de faire la politique politicienne qui permet de résoudre les problèmes, c’est une question de responsabilité.

Nous n’avons pas besoin de nous voir pour qu’on change, et sente qu’il y a une volonté politique de prendre à bras le corps le problème de la COVID-19. Vous savez, vous ne pouvez avoir une position de responsabilité vis-à-vis d’un problème de manière isolée et ne pas avoir une vision globale de la manière dont vous assurez les intérêts de votre pays, si vous exposez les intérêts de votre pays, par ailleurs vous mettez des vies en danger, il va de soi que devenez plus crédible pour parler de la nécessité d’une union sacrée pour faire face à une pandémie comme celle de la COVID-19.

Quelle est votre lecture de la tenue de ce double scrutin du 22 mars 2020 dans un contexte sanitaire explosif à travers le monde ?

Au-delà de la question de la pandémie, le double scrutin était un danger pour la Guinée. 

Contrairement à l’argument qui a été exposé, oui ! La France a tenu le premier tour pendant l’épidémie de COVID-19. Est-ce dans notre contexte vous avez compris l’organisation de ce double scrutin le dimanche 22 mars 2020 ?

Ceux qui disent que la France avait tenu ses élections municipales l’autre dimanche oublie que la France n’a pas connue la fièvre hémorragique Ebola. Donc notre responsabilité en tant que dirigeant, c’est de savoir que nous avons frôlé une catastrophe nationale. Il y a eu de milliers de morts, notre économie était à terre. Nous avons été mis en quarantaine vis-à-vis du monde entier et nous prenons encore à la légère une maladie qui est aussi grave qui se repend beaucoup plus rapidement qui est la COVID-19.

Je suis tout à fait d’accord avec, il y a la question de responsabilité lorsque la vie des gens est exposée mettez toutes les autres considérations politiques politiciennes à côté pour protéger les citoyens et protéger la nation.

Après la journée du 22 mars qui a été sanctionnée inouï, on a connu des élections de 93 en Guinée, tous quasiment arrive à la conclusion que les violences qui ont émaillé ces élections n’ont pas eu de précédant dans l’histoire électorale dans notre pays. Et la crise post-électorale continue en Guinée Forestière principalement en Nzérékoré où désormais on est dans une sorte d’esclandre entre communauté. Quelle est votre lecture de cette situation ?

Vous savez, il y a la crise post-électorale, elle est présente par rapport à la sécurité des personnes notamment en Nzérékoré où le nombre de morts est très élevé et la situation est très préoccupante. Une enquête internationale devrait à mon avis intéresser à la question parce que c’est la stabilité de la Guinée qui est enjeu, et la stabilité sous régionale. Je pense que la CEDEAO ne manquera pas de jeter un regard critique par rapport à la situation actuelle.

Est-ce que ce n’est pas fait à dessin quand on voit la gravité de ce qui se passe du côté de la Guinée Forestière est extrêmement grave. On se demande comment on est arrivé à une situation aussi violente, est-ce que vous pensez comme tant d’autre que ces crimes devraient retenir l’attention de la Cour pénale internationale ? 

Vous savez depuis l’indépendance, on a banalisé la violence, la violence est systématique mais c’est la violence de l’Etat, impunité totale et c’est la raison pour laquelle les forces de l’ordre se permettent d’agir comme un pays occupé même dans un pays occupé, il y a la loi de la guerre. Ici les personnes qui portent l’uniforme national se comportent comme des mercenaires vis-à-vis de leurs propres populations, ça, c’est inadmissible mais c’est le pouvoir politique qui est responsable : aucune sanction, l’impunité totale, ça c’est la violence physique comme on le vit.

L’autre violence qui est la violence la plus insidieuse, c’est la violence institutionnelle : on viole les lois, on viole les règles, on ne respecte rien et après on met un manteau puisqu’on est attitré ministre on parle de souveraineté mais la souveraineté appartient au peuple.

Le peuple guinéen n’a pas voulu de ce double scrutin, elle a exprimé, elle a montré.

Contrairement à ce que vous avez annoncé parce que votre volonté (FNDC, ndlr) c’était d’empêcher, des observateurs ont constaté qu’il y a eu de la mobilisation. Beaucoup de Guinéens se sont rendus dans les urnes pour faire leur choix, on constate même par endroit que sans que les électeurs ne reçoivent des consignes de vote venant de l’opposition beaucoup de Guinéens ont voté Non, contre le référendum Constitutionnel, cela a été remarqué dans beaucoup de circonscriptions électorales. Qu’est-ce que vous dites de cette mobilisation, qui n’est pas négligeable ?

De toutes les façons, on est dans un pays qui a été marqué par la culture d’un régime près-Soviétique avec les manipulations, les mensonges d’Etat. Comme j’ai entendu un ministre d’Etat parler que tout s’est très bien passé, c’est inadmissible ! Le mensonge est institutionnalisé dans ce pays. J’ai vu des images où on montre de fil de personnes avec beaucoup de mineurs dans le rang pour aller voter.

L’essentiel, il est incontestable que la majorité de la population Guinéenne ne s’est pas déplacée pour participer à ce vote, il y a cette réalité. Il est incontestable que l’écrasante majorité de la population n’a pas été recensé en conformité avec les règles et de ce point de vu, ces élections n’ont aucune valeur au regard du droit guinéen puisque c’est une violation de nos lois. Je vais vous dire à Pita par exemple ; tous les bureaux de vote ont été concentrés dans la préfecture, est-ce que, ça, c’est en conformité avec la loi électorale, cela veut dire ça n’a pas de sens, c’est absurde et donc par rapport à cela, il n’y aura ni reconnaissance au point de vu interne, ni reconnaissance au point de vu internationale.

Donc, cela veut dire que tout ce qui a été fait ne mène pratiquement à rien du tout sinon qu’à faire reculer le processus démocratique guinéen, à plonger la Guinée dans un abime que seul Dieu saura comment on va s’en sortir.

Il y a quand même une volonté qui a été affirmé et réaffirmé de la part du FNDC d’empêcher ces élections par tous les moyens légaux. Est-ce que votre mot d’ordre à l’endroit de vos militants d’exercer aussi de la violence, parce qu’elle est venue aussi de rangs de partisans de l’opposition, vous ne pouvez pas le nier, nous sommes d’accord qu’il y a eu trop de bavures policières, d’exactions venant mêmes des forces de défenses qui ont été citées dans beaucoup de bavures par endroit en Guinée. Est-ce votre responsabilité quelque part n’est pas engagée dans ces élections ? Beaucoup d’observateurs pensent que vous auriez dû vous contentez de donner une consigne de boycotte sans appeler à la violence ?

Vous savez nous sommes dans un pays qui s’appelle la République de Guinée qui a été marqué par des dictatures, par des tragédies, on peut mettre sur le même tableau la violence d’Etat et la réaction populaire, c’est une forme d’impunité à l’égard de la violence d’Etat. La violence d’Etat, c’est elle qui est à condamner, si le gouvernement avait fait les choses conformément aux règles. Que la constitution soit respectée, la première de la violence, c’est la violation de la constitution de la République de Guinée, ça c’est incontestable. On ne peut pas mettre sur le même tableau la réaction populaire et la réaction d’Etat.

J’ai entendu un responsable immanent de l’Assemblée Nationale dire que : même s’il y a un seul bureau de vote, ça ne nous empêchera pas de donner un résultat.

On a vu une vidéo du FNDC, ils ont fait une déclaration appelant les partisans à continuer la lutte, à continuer la résistance active face au projet de référendum du président Alpha Condé. Alors quelle sera la suite ? Est-ce que l’opposition se réveille un peu avec la gueule du bois ? Est-ce que vous avez le courage de continuer ?

Je vais vous dire le fond de ma pensée, le FNDC a gagné la bataille, la victoire est du côté du peuple, il faut que les gens le sachent mais l’expression de cette victoire peut être différer dans le temps, comment vous pouvez penser qu’avec tout ce qui s’est passé, un gouvernement met des moyens pendant un an, une grande mobilisation de tous les fonds publics pour obtenir quoi ?

Des élections largement boycottées. Un non reconnaissance au niveau de la CEDEAO, au niveau de l’Union Africaine, au niveau de l’Union Européenne donc de la plupart des pays significatifs de la communauté internationale, ça rime à quoi ?

La CEDEAO qui est notre organisation sous régionale prendra nécessairement des sanctions ciblées vis-à-vis de certains responsables de ce qui s’est passée ici parce que c’est inacceptable, cela veut dire que la victoire est du côté du peuple.

Par rapport à aux exactions notamment en Guinée Forestière, il faut que les gens se rendent compte que l’impunité ne sera pas tolérée ; cette forme d’impunité, cela veut dire : je viole la loi, j’écrase la population et après je fais comme si rien n’était, ça, ça ne peut être comme ça.

Une synthèse

d’Alpha Amadou Diallo 

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