Guinee

Défaillance des forces de l’ordre et de sécurité en Guinée : Aliou Barry condamne et propose une piste de solution

Aliou Barry, consultant international spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique était l’invité de la radio Lynx Fm en ce début de semaine. Dans cet entretien M. Barry a dénoncé les violences inouïes des forces de défense et de sécurité. Sur ce, il appelle à de véritable réforme, dont il propose une piste de solution…Lisez !

Bonjour M. Barry : Avant d’aller sur les questions de défense et de sécurité, il y a ce cas de viol sur cette fillette de 2 ans qui fait polémique, sa maman est menacée, l’entourage même où elle vie, lui menace. C’est un jeune de près de 17 ans qui a abusé d’une fille de 2 ans, il y a un militaire béret rouge qui protège ce garçon et qui menace actuellement la maman de la fille violée et la famille. Quelle analyse vous faites de cette situation ?

C’est le comportement classique des forces de défense et de sécurité en Guinée, on a une longue liste des cas comme ça, il y a une véritable impunité vis-à-vis des actes commis par les forces de défense et de sécurité, c’est pourquoi ça continue. Moi, ça ne m’étonne pas du tout.

Vous êtes un défenseur de droit de l’homme dans ces cas précis, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Moi, je me suis précipité cette semaine pour mettre sur la place publique une proposition de restructuration des forces de défense et de sécurité parce que, je pense que c’est une année électorale. Ce que vous êtes en train d’évoquer comme quoi ; vous interrogez aujourd’hui tous les citoyens Guinéens vous aurez des exemples de ces types où des forces de défense et de sécurité se comportent de façon inadmissible.

Je donne un seul exemple qui m’a plus heurté ces derniers temps à l’occasion de la pandémie : tout le monde est aujourd’hui témoin du spectacle offert par les policiers, les gendarmes sur des jeunes. Au lieu de venir leur dire de porter les masques, on les embarque plutôt dans le Pickup pour les faire racketter 30 mille, 100 mille. C’est inadmissible, c’est pourquoi, je dis pour arriver à un Etat sécurisé. Il est temps que ceux qui aspire à diriger ce pays prennent conscience que rien ne sera possible dans ce pays en termes de paix, en termes de sécurité si on ne met fin aux structures actuelles aux forces de défense et de sécurité.

En Guinée on a assisté à beaucoup de formations sur les meilleurs relations civiles et militaires : la gendarmerie, la police, l’armée et tous suivant des formations qui coûtent chères qui sont financées par des institutions internationales, souvent les recommandations issues de ces ateliers sont impeccables, mais pourquoi, on n’applique pas ces données sur le terrain ?

Sur cette fameuse réforme des forces de défense et de sécurité, c’est un véritable mensonge d’Etat aujourd’hui en Guinée. Il n’y a jamais eu ça, je continue à le dire et je défis qui conque, de me prouver le contraire. Il n’y a jamais eu une reforme dans le secteur de sécurité en Guinée, il y a eu des reformes sectorielles de la sécurité, parce que l’objectif final d’une réforme de la sécurité ; c’est d’arriver à transformer la structure protégée en une structure protégeant l’Etat de droit : C’est-à-dire la structure militaire soit sur les ordres civiles.

Aujourd’hui ce qui se passe en Guinée et même les experts de la CEDEAO, l’Union Africaine sont unanimes, il n’y a jamais eu de réforme de secteur de sécurité. Le problème ce n’est pas la formation qu’ils ont reçue, déjà c’est le recrutement qui est fossé parce que le recrutement il est à base ethnique, ça, c’est un :

Deuxièmement : c’est qu’on met dans la mentalité des gens qui sont censés de protéger les citoyens que le citoyen qu’ils ont en face qui n’est pas d’accord avec le pouvoir est anti-pouvoir, donc il faut le réprimer, c’est-à-dire qu’on a inoculé dans les veines des militaires et policiers Guinéens la violence. Regardez le spectacle qui est offert au niveau de la pandémie. Comment un policier ne peut pas venir dire gentiment à un jeune, vous avez le masque mais vous l’avez mal mis. Mais non ! On l’embarque dans le pickup. Le reflet déjà c’est la répression.

Je pense qu’il faut absolument remettre sur la place publique pour qu’il ait un vrai débat, sur quel type de force de défense et de sécurité dans ce pays pour arriver vraiment à sécuriser le pays, ça c’est la première chose : la deuxième chose, à côté des forces de défense et de sécurité complètement désorganisées et répressives, vous avez la justice qui couvre ces évènements, donc vous avez un double problème en Guinée où la justice est aux ordres où les forces de défense et de sécurité sont antirépublicaines. 

Vous dites dans votre tribune qu’aucune alternative n’est offerte aux prochains dirigeants de la Guinée en matière de défense et de sécurité. Est-ce que ce n’est pas un peu exagérer ?

Ce n’est pas du tout exagérer, aujourd’hui si vous prenez le budget du ministère de la Défense, c’est un milliard 200millions de dollars qui sont mis par la fenêtre, on peut utiliser pour faire autre chose. Ce que je propose, je propose la suppression actuelle de la force de défense et de sécurité telle qu’elles sont structurées pour mettre en place selon le besoin de sécurité de citoyen ; un grand service public de sécurité publique regroupant la gendarmerie, la police et la protection civile.

Et ça je n’invente rien aujourd’hui, vous avez un pays qu’on appelle le Costa-Rica qui est en Amérique Latine qui est aujourd’hui le pays le plus stable en Amérique latine, le président a supprimé l’armée et aujourd’hui, c’est le pays le plus sécurisé. Il faut savoir ce qu’on a besoin. Nos forces de défense et des sécurités ne répondent à aucune question : ni à la mission de sécuriser le pays ni à la mission de protéger le citoyen ; alors est-ce qu’il faut laisser ce machin être répressif pour un homme d’Etat qui aspire à diriger ce pays ? Il est temps de repenser la structure protégeant l’Etat de droit en Guinée.

A supposer que M. Barry que la Guinée supprime son armée et nous sommes dans une région instable où il y a une bande de rebelle qui circule au long des frontières : le Libéria, la Sierra Léone et autres, et s’il y a une évasion comment la Guinée va résister à une telle situation sans une armée ?

Ma proposition tient compte des menaces et des besoins de sécurité du pays. J’ai demandé la suppression des forces de défense et de sécurité telle qu’elles existent aujourd’hui pour mettre en place en interne, un vrai service public de sécurité intérieure. Et si vous avez remarqué dans le texte, j’ai dit ; pour le besoin de sécurisation des frontières mettre en à la place des unités militaires professionnalisées selon les caractères air, mer.

En plus derrière, faire appliquer les accords de non-agression signé au niveau de la CEDEAO, donc il y aura des brigades transfrontalières entre : le Sénégal, le Mali… Je ne néglige pas le facteur de surveillance des frontières, ce qui est clair ; c’est qu’aujourd’hui la Guinée, les forces de défense et de sécurité telles qu’elles sont structurées aujourd’hui, sont incapables de protéger le pays, il faut le savoir. Je vais donner un autre exemple : c’est sur le sahel, vous avez 30 mille hommes au sahel qui n’arrivent pas à bout de 3 mille terroristes ; ça veut dire la structure des armées africaines dans le sahel, ne sont pas adaptés à la menace terroriste.

Si un terroriste parte de l’extrémiste violente, quelles sont les causes de l’extrémiste violent ? C’est la stigmatisation, c’est la répression, c’est l’injuste, c’est l’impunité, si on règle ces problèmes, il y aura moins de problèmes internes.

A côté de la sécurité intérieure, il faut mettre en place des unités professionnalisées capables de protéger les frontières à la fois terrestre et maritime.

Pour parler des frontières terrestres, allez à la marine nationale guinéenne demander leur les matériels qu’ils ont pour sécuriser la façade maritime, ils n’ont absolument rien, il faudra repenser tout ça. Supprimer les forces de défense et de sécurité ne veut pas dire : se détacher la sécurité, bien au contraire, c’est de restructurer pour rassurer une meilleure sécurité du pays.

Dans ce cas où on n’a pas d’armée, est-ce que possible de signer des accords de protection comme on le voit, il y a beaucoup de pays vous l’avez rappelé comme le Costa-Rica qui n’a pas d’armée, il y a beaucoup d’Îles qui ont de protectorat par exemple : avec les Etats Unis et ces Iles qui n’ont pas d’armée. Est-ce que la Guinée peut avoir une telle stratégie ?      

       On ne s’est pas compris, j’ai dit : il faut supprimer les forces de défense et de sécurité telle qu’elles sont structurées aujourd’hui et mettre en place une structure unique de protection intérieure, maintenant pour besoin de sécurisation extérieure pour les frontières, il faut mettre en place les unités miliaires professionnalisées. Je propose à la place de la désorganisation aujourd’hui des forces de défense et de sécurité une vraie entité militaire capable de sécuriser les citoyens.

Et la deuxième chose surtout, je propose qu’on débloque des entités capables de participer au développement économique notamment le service de santé des armées et le génie militaire, ainsi de suite, je ne dis pas qu’il ne faut pas d’armée.

Nous savons qu’ici il y a des militaires comme vous l’avez dit : vous êtes un officier de l’armée Français à la retraite. Je sais qu’il y a des militaires en bonne et dû place, parce qu’on a vu le dernier défiler au stade du 28 septembre. Faut-il déshabiller tous ces militaires-là parce que vous avez dit supprimer, est-ce qu’il faut déclarer que tous ces militaires-là ne sont pas de militaires, et faire maintenant un recrutement sur la base des compétences pour avoir l’unité d’élites dont vous parler ?

En Afrique aujourd’hui notamment Francophone à l’exception du Sénégal, toutes les armées que les pays de l’Afrique Francophone disposent, c’est des armées de parades. Je ne souhaite pas qu’il ait une agression, s’il y a une incursion terroriste, l’armée guinéenne aujourd’hui, elle est incapable de faire face, c’est des armées de parade ; je vous donne un exemple : regarder aujourd’hui le camp de Soronkoni, c’est des ‘’Rangers’’ formés par l’Italie, ils servent quoi ? Torturer des gens qu’ils ont pris à Conakry. Quelle est la menace sur la Guinée aujourd’hui ?

Quand même il y a des forces spéciales de lutte contre le terrorisme, à ce que je sasse dans ce pays ?

Il faut quand même qu’on soit sérieux, je vous ai donné l’exemple du Sahel, tous les cinq pays du Sahel réuni n’arrivent pas à bout du mouvement terroriste, est-ce que c’est l’armée guinéenne qui sera capable de venir à bout des problèmes terroristes, alors qu’elle n’est pas outillée, elle n’a pas les matériels qu’il faut, elle n’a pas la formation qu’il faut, ce n’est pas parce que vous mettez aujourd’hui, une force spéciale et qui d’ailleurs sait, qui, sont ces forces spéciales mêmes les députés ne savent pas c’est quoi les forces spéciales, comment elle a été mise en place ?

Le problème c’est quoi ? C’est que je déplace le débat, je veux qu’à l’occasion des élections présidentielles prochaines que ceux qui sont candidats à la présidence de la République puissent prendre en compte le fait qu’aujourd’hui que l’armée telle qu’elle est structurée en Guinée, elle est inefficace, il faut la reformer.

Aujourd’hui en Guinée, quel est le facteur d’instabilité ? Si ce n’est pas le comportement des forces de défense et de sécurité ? Vous êtes mieux placés que moi pour savoir ce qui se passe dans la cité. Ce que moi je souhaite, c’est d’arriver à réconcilier les Guinéens avec ceux-là qui sont sensés les protéger. Vous allez aujourd’hui en Amérique du Sud, vous allez à Costa Rica, les gens sont sécurisés parce qu’ils y’a une force intérieure de sécurité qui fonctionne bien. La Guinée a besoin de s’inspirer à ce qui se passe à Costa Rica. L’époque où on a calqué la structure militaire de l’époque coloniale ça ne fonctionne plus.

Alors vous avez émis le souhait de la mise en place d’un service civique obligatoire, comment y parvenir ?

Alors en dehors des forces de défense et de sécurité vous avez ça aussi, il y a le vrai incivisme en Guinée. Aujourd’hui le citoyen guinéen se comporte de façon vraiment anarchique, ça, c’est dû à quoi ? C’est dû au fait depuis les années, 58, 60 on a piétiné tout ce qui est l’éducation civique. Il faut mettre la citoyenneté au cœur des citoyens, pour se faire il faut mettre en place un service civique pour permettre à notre structure d’inculquer des notions de civisme aux citoyens guinéens…

On a beau nettoyé la ville, si on ne dit pas le citoyen qu’on ne jette pas la poubelle par la fenêtre… C’est le pays où il y a plus d’actes d’incivismes en Afrique de l’ouest. Donc il est temps qu’on mette une structure permettant de ramener le citoyen vers la notion réelle de la citoyenneté pour avoir un esprit civique idéal.

Il y a aussi cette question liée à l’environnement et à la protection civile, qu’en est-il ?

Oui ! vous circulez au même titre que moi dans Conakry, c’est la Capitale la plus salle de l’Afrique de l’Ouest au niveau de l’insalubrité ; mais le plus grave, si vous allez dans les zones minières, moi, je ne dis pas qu’il ne faut pas exploiter la bauxite, le fer etc. mais on peut exploiter ces ressources minières dans la protection du couvert végétal, c’est un domaine important si vous allez sur certains site : sur milo.org, vous avez vu comment le couvert végétal est attaqué, donc il est temps que les gens prennent conscience de la protection de l’environnement. Et là aussi le structure que je propose dans la sécurité intérêt public, il doit y avoir un volet de protection de l’environnement.

Regardez aujourd’hui quand vous circuler dans Conakry, ils ont mis en place la police verte ; j’ai interrogé un policier qui porte un T-shirt sur lequel est « Police verte ». Je lui ai posé la question c’est quoi la ‘’police verte’’ « sans réponse ». Il faut absolument mettre en place une vraie brigade de protection de l’environnement. Vous imaginez aujourd’hui l’armée guinéenne compte 45 mille personnes pour un milliards deux-cent millions de dollars, on peut orienter ça sur l’éducation, sur les Universités comme le Costa Rica l’a fait, comme le Bénin est en train de le faire. Donc la protection de l’environnement devait être du ressort en plus des communes, l’armée devait se préoccuper de la protection de l’environnement.

En Guinée, on met des structures en place sans d’abord l’analyse des besoins et définir la mission. Des unités de brigades vertes, des brigades de protections de l’environnement doivent être organisées relevant du ministère de l’intérieur et de la sécurité.

Une synthèse

d’Alpha Amadou Diallo         

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