Guinee

Dr Ousmane Kaba : « La Guinée est encore l’un des pays les plus pauvres de la planète »

Dans une conférence de presse qu’il a organisée à son siège, à Kaporo le 28 décembre 2019, le président du parti des démocrates et de l’espoir (PADES) a dépeint la situation socio économie du pays depuis 9 ans, en pointant du doigt la gouvernance actuelle du pays. Selon Dr Ousmane Kaba, les secteurs primaire et secondaire facteurs essentiels du développement tardent encore à voir le chemin à cause dit-il, de la corruption et la gabegie. Lisez !

Bilan des 9 ans de gestions d’Alpha Condé

« Pour faire un bilan, il faut mettre les réalisations en face. Des objectifs non seulement de cette année mais aussi de neuf années de gouvernance. En parlant du bilan économique vous savez l’économique est très simple nous avons deux objectifs majeurs des politiques économiques. Un des grands objectifs, c’est sortir les hommes et les femmes de la pauvreté, la croissance économique. Un deuxième grand objectif, c’est l’emploi…Il y a deux autres objectifs qui s’ajoutent c’est-à-dire l’inflation et l’équilibre de la balance des paiements.

L’objet de l’économie c’est d’améliorer le niveau de vie des gens. Les jeunes qui sortent des différentes écoles aient du travail. Est-ce qu’en Guinée nous sommes sortis de pauvreté depuis neuf ans ? Ma réponse c’est non. La Guinée est encore l’un des pays les plus pauvres de la planète malgré l’exploitation de beaucoup de nos ressources, nous demeurons encore très pauvres. Est-ce-que les Guinéens ont des emplois ? Mais non, la majorité des jeunes sont encore dans le chômage. L’économie ne crée pas encore suffisamment d’emploi donc voilà mon premier regard qui est tout simple, la Guinée n’est pas sortie de la pauvreté et les jeunes n’ont pas d’emplois ».

Infrastructures

« Maintenant si on prend les grands secteurs de l’économie comme le domaine des infrastructures, le gouvernement a dépensé beaucoup d’argent on nous a parlé près de trois milliards dans les routes mais regardez les routes de Guinée aujourd’hui nous ne sommes pas capables d’avoir une belle route goudronnée de Conakry à Kindia c’est moins de cent cinquante kilomètres (150k) où est parti cet argent ?  On n’en sait rien ».

Electricité

« Il y’a eu beaucoup d’investissement dans l’électricité. Je dois reconnaître qu’il y a eu des efforts par ce qu’il y a eu deux gros barrages, un qui est fini et l’autre en construction. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous car aujourd’hui, il y a beaucoup de délestages de courant à Conakry. Donc est-ce qu’on a atteint cet objectif ?  Encore une fois non.

Et c’est ce que j’ai toujours reproché aux investissements dans l’électricité, c’est que le gouvernement laisse 60% du territoire national en dehors des efforts d’électrification. Ça fait des années que nous réclamons un mini barrage en forêt et un mini barrage en haute Guinée, impossible. Ces deux régions font plus de 60% de la Guinée, il y a aucun investissement ni en forêt ni en haute Guinée et l’investissement qui est fait ici dans la capitale…ne donne pas des résultats escomptés parce que nous avons encore des coupures d’électricité à Conakry. Est-ce qu’on a atteint nos objectifs ?  Non ».

Agriculture

« Le secteur agricole est très important parce que ça occupe l’essentiel de la population guinéenne en majorité agro-pastorale. L’agriculture a deux objectifs économiques : le premier c’est l’autosuffisance alimentaire et le deuxièmement c’est gagné beaucoup d’argent dans les exportations. Aujourd’hui après neuf ans est-ce que la Guinée est autosuffisante ? La réponse c’est non. Est-ce-que la Guinée a pu booster les exportations pour gagner plus d’argent dans le café, dans le cacao, dans l’ananas ou dans l’exportation des mangues ? La réponse c’est non. Donc sur le plan agricole malgré quelques efforts, mais le résultat n’est pas au rendez-vous aussi ».

Mines

« On a exporté énormément de bauxite. Je rappelle qu’on est passé à peu près de 15millions de tonnes à près de 70millions de tonnes. Où sont les résultats financiers ? Y’en a très peu. Quand on veut chercher l’impact des exploitations minières sur un pays, on s’intéresse à un certain nombre de choses, on se dit quelle est la contribution fiscale ? Est-ce que l’exportation des mines en Guinée permet au gouvernement de gagner beaucoup d’argent pour financer les routes les écoles…? La réponse, c’est manifestement non.

Regarder le budget de l’État, on ne gagne pas beaucoup d’argent dedans en fait c’est devenu un nid de corruption extraordinaire. Deuxièmement comme je l’ai dit : est-ce que ce secteur crée suffisamment d’emplois pour les jeunes guinéens ? Non. Pourquoi parce qu’on fait ce qu’on a appelé le pacte colonial. L’Afrique exporte des matières premières et les autres les transforment. On continue à faire la même chose, nous prenons la terre rouge qui est la bauxite, on met dans les camions, on met dans les trains et puis dans les bateaux pour envoyer dans les autres pays et c’est dans ces pays-là qu’on installe des usines, c’est dans ces pays-là qu’on crée des emplois, c’est dans ces pays-là qu’il y a des grandes contributions au budget de ces États.

Alors nous les économistes on dit qu’on exporte la valeur ajoutée et je dirai pour ceux qui ne comprennent pas que chaque fois que je vois un camion de bauxite aller au port c’est le travail des jeunes qu’on est en train d’exporter dans les autres pays.

Exporté la bauxite brute ne va pas enrichir la Guinée. J’ai toujours dit que ce n’est pas la bauxite qui va réduire la pauvreté en Guinée pourquoi ? Parce que ça ne crée que des emplois pour des chauffeurs et des machinistes qui prennent la terre rouge pour mettre dans les camions, c’est tout !

Mais pendant ce temps des dizaines de villages sont déplacés. Et ces gens qu’on déplace les terres cultivables se font rares, les cours d’eau sont bouchés les poussières sont en train de rentrer dans les poumons des gens de Boké et de Boffa. Donc, Dieu seul sait combien de cancer ça va créer.

L’élevage devient difficile, l’agriculture devient difficile, le climat est en train de changer de tout le nord de la Guinée, donc les dégâts environnementaux sont énormes et on va payer l’addition, une addition très lourde. On dégrade la nature, on vend tout mais le peuple guinéen ne sort dans la pauvreté ».

Alpha Amadou Diallo

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