Guinee

Élections législatives : Passe d’armes entre l’UFDG et le RPG/AEC

Le président de la République a pris le décret lançant officiellement la campagne électorale en prélude des législatives prévues le 16 février 2020. S’exprimant chez nos confrères de la radio Espace FM, dans l’émission ‘’les grandes gueules’’ jeudi dernier, Aliou Condé, vice-président de l’UFDG, égrène les raisons qui justifient leur retrait du processus électoral. M. Condé accuse dans cet entretien, le pouvoir de préparer un holdup électoral, là où, Amadou Damaro Camara du RPG/AEC voit en or le processus. Pour le président du groupe parlementaire de la mouvance, les poids lourds de l’opposition ont été victimes de leur propre stratégie.

Aliou Condé, membre de l’UFDG

« Je pense qu’aucun guinéen n’est surpris par ce décret d’autant plus que nous sommes dans un processus électoral inédit où personne de ceux qui sont censés organiser les élections, ne se sente préoccuper aux dispositions de la loi. La loi a été violée sur toutes ses formes du début à la fin du chronogramme. Le plus important, vous avez un décret présidentiel pour convoquer les électeurs alors que le corps électoral n’était même pas connu. Même ceux qui se sont recensés ne savent pas s’ils sont réellement dans la liste électorale.

Nous avons un fichier aujourd’hui de huit millions trois cent mille (8 300 000) électeurs. Ce qui voudrait dire que la population guinéenne devrait être de dix sept millions (17 000 000) puisque nous savons que la population de 0 à 18 ans en Afrique est supérieur à celle de 18 ans. Donc avec 8 millions et demi, c’est un processus électoral qui est biaisé…

On n’est pas perdant. On est dans un exercice qui est celui de la souveraineté du peuple. Avec un tel fichier, l’UFDG ne peut pas s’associer à une telle mascarade. Si nous prenions les bonnes pratiques de la bonne gouvernance, elles sont violées. Il faut qu’on les dénonce. Nous, notre objectif majeur ce n’est pas d’avoir des députés, c’est d’avoir un système qui est fiable. Tant que le fichier n’est pas équitable, c’est la paix du pays qui est menacée. Nous avons une gouvernance aujourd’hui où il y a un seul qui commande. Toutes les institutions sont inféodées…

Tant que la gouvernance ne change pas, nous obtiendront les mêmes résultats. A l’Assemblée nationale nous avons fait des requêtes pour qu’il y ait des enquêtes parlementaires, des informations, des missions, que les ministres répondent à nos questions comme le stipule la loi au moins une fois par semaine. Mais tout cela est mis à côté.

La victoire appartient au peuple qui lutte. Si aujourd’hui l’administration est complètement inféodée. Avec ce processus électoral, le ministère de l’administration du territoire s’en est approprié au détriment de la CENI. La CENI est devenue une marionnette.

Nous continuerons les manifestations à partir du moment où le pouvoir nous interdit des zones comme si nous étions des citoyens de seconde zone. Nous ne pouvons pas aller manifester à Kaloum, au palais du peuple, où à Kankan, à Dabola où dernièrement bien que le maire ait autorisé les manifestations, mais avec les injonctions du pouvoir qui demande d’annuler et d’ailleurs les responsables du FNDC sont arrêtés et emprisonnés à Faranah. Bref, on ne va pas croiser les bras et les regarder faire et par conséquent chacun manifestera dans sa zone.

On va à une élection où on ne respecte pas les délais légaux. Ils vont se doter d’un parlement où les lois organiques seront modifiées, la constitution,  et remettre les lois qui sont en leur faveur si évidemment le coup réussi. Et il faut compter sur nous qui sommes sur le terrain pour s’opposer à cela. La majorité des Guinéens ne sont pas pour ce processus et une minorité qui est active sur le terrain. Ainsi si vous ne luttez pas, vous n’avez pas où vous plaindre.

Nous allons déposer les recours par rapport à toutes ces irrégularités à la cour constitutionnelle ».

Amadou Damaro Camara, membre du RPG arc-en-ciel

« Le problème de récépissé n’empêchait pas de se faire recenser. J’ai entendu mon ami Condé (Aliou Condé de l’UFDG, ndlr) dire que dans leurs fiefs on a empêché l’enrôlement des gens. Je m’inscris en faux. Ce sont les messages ‘’nous allons ou nous n’allons pas’’ qui ont fait que les gens n’ont pas cru à l’enrôlement parce que déjà s’enrôler à un moment donné c’était de cautionner le processus.

Je dois avouer qu’il y a un problème aujourd’hui que tout le monde doit se pencher, est-ce que les Guinéens sont effectivement onze ou douze millions (11 ou 12 000 000) d’habitants ? Parce qu’il n’est pas possible par n’importe quel mécanisme, on n’a pas créé deux autres millions d’électeurs en Haute-Guinée ou sur le territoire national. Le problème est qu’à un moment donné nous nous sommes dit prenons des gens auxquels nous avons confiance pour regarder notre fichier. Ils nous ont dit qu’il y a des recommandations à faire parce qu’il y a des anomalies. Nous leur avons dit que c’est nous qui avions proposé pour certifier si ce fichier est bon ou pas. Mais à peine qu’on a commencé, ils se sont retirés juste par stratégie politique pour arrêter le processus pour ne pas comme ils le disent que le président pose son problème de troisième mandat. En réalité quelle que soit les raisons, moi je suis inquiet et déchu que l’on veut délibérément qu’on installe la chienlit dans ce pays.

Nous savons qu’il y a des messieurs à la CENI. C’est pourquoi elle est paritaire et la cour constitutionnelle est mieux outillée que vous et moi. Je vous ai dit qu’avec ou sans opposition nous irons aux élections. Les élections sont démocratiques et constitutionnelles et on est libre d’y aller. Mais dire que nous, nous n’allons pas et il n’y aura pas d’élection peut-être à Lélouma ou Labé mais ailleurs le peuple de Guinée ira aux élections.

Nous regrettons que ce que vous appelez grosse pointure ne soit pas de la partie et j’étais même prêt à m’associer à des démarches pour qu’ils se retournent dans le processus électoral mais comme c’est leur décision de ne pas participer…Mais pour autant ce n’est pas parce qu’eux ne veulent pas, que nous on ne va pas vouloir aller aux élections. Ils ont critiqué qu’on n’ait pas fait des élections l’année dernière, c’est eux qui ont demandé qu’on ne peut pas faire des élections tant qu’il n’y a pas de fichier.

La Guinée est en train de s’apaiser. Le peuple a suffisamment répondu. Je suis surpris que le président Alpha Condé soit encore au pouvoir ».

Une synthèse de

Moussa Thiam

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