Guinee

Elhadj Mamadi Kéita, président de la CONASOC

 Elhadj Mamadi Kéita, président de la CONASOC :  « La violence n’a jamais résolue un problème, mais au contraire… »

Crises politiques, crises éducatives, le président de la coalition nationale des organisations de la société civile guinéenne (CONASOC), Elhadj Mamadi Kéita livre sa lecture sur ces différentes crises qui secouent le pays, dans un entretien qu’il nous a accordé.

Le Démocrate : Quel regard portez-vous sur la société guinéenne ?

Elhadji Mamadi Keita : A voir les choses de prêt, on se rend compte que la Guinée traverse une période difficile, une période charnière et quand on rentre dans ce cadre, ce n’est jamais facile. Ce n’est pas seulement en Guinée mais c’est dans presque tous les pays à la veille des grands enjeux électoraux, la situation est toujours délicate.

Depuis le 13 octobre 2019, l’opposition guinéenne avec certaines organisations de la société civile guinéenne, regroupés au sein du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), tentent par tous les moyens pour dissuader le gouvernement à organiser les élections législatives et le référendum. Quelle est la position de la CONASOC ?

Nous n’avons pas compris nos collègues qui sont de l’autre côté parce que lorsqu’il s’agit au point de vue dans le domaine politique, je pense que nous sommes dans un État de libre expression, chacun est libre d’adopter la voie qu’il veut, de penser librement et de dire ce qu’il pense. Maintenant, à utiliser la violence pour s’exprimer, c’est là où je n’ai pas beaucoup compris les collègues de l’autre côté. C’est une attitude que je n’ai pas personnellement apprécié. Parce que c’est ça la politique,  chacun est libre de ces expressions.

Par ailleurs, le gouvernement vient de signer un accord avec une frange dissidente du SLECG. Et Aboubacar Soumah conteste cet accord. Quelle solution préconisez-vous en tant qu’acteur de la société civile pour sortir de cette crise ?

Je crois qu’Aboubacar Soumah et son équipe exagèrent un peu. Vous êtes venus sur la scène syndicale dans les conditions que vous connaissez très bien. Vous avez bousculé vos aînés. Vous n’avez pas suivi les règles du jeu. Et vous vous êtes trouvé à la tête. Ça c’est une chose. Après, pour mettre le pays en ébullition, vous demandez ce qu’on ne peut pas donner ou on n’a jamais donné dans un pays. Lorsque vous demandez le gouvernement de vous donner huit (8) millions à des enseignants du primaire et du collège en plus de leur salaire initial, où allons-nous ? Qu’est-ce que les professeurs d’université, des grands docteurs vont demander à leur tour ? Quand ceux-ci demandent, et les autres corps de métier, et les médecins et infirmiers ? Je crois que, quand on fait certaines choses, on doit penser à la souffrance du peuple. Lorsqu’on est un cadre éducateur, on ne demande pas ce qu’on ne doit pas demander, ce qu’on ne peut pas avoir. Aucun gouvernement au monde n’a augmenté tel nombre de pourcentage sur des salaires. Donc ce n’est pas possible. Il avait ses raisons, il avait d’autres choses derrière la tête, c’est comme ça que nous, nous avons pensé et que nous avons condamné. Augmenter les conditions de vie des travailleurs est le rôle de tout syndicat. Mais quand vous demandez l’impossible, c’est vraiment ridicule.

Les citoyens sont intimidés et parfois tués par exemple lors des manifestations. Quelle lecture faites-vous de ces violations des droits de l’homme ?

Je condamne toute forme de violence. Il faut éviter la violence. Ceux qui provoquent, ceux qui exercent doivent beaucoup faire attention. Ils sont également responsables de part et d’autre. Chacun à sa part de responsabilité. C’est des choses que nous pouvons effectivement éviter. Pourquoi traumatiser ce peuple citoyen qui ne demande que de vivre en paix ? En dehors de ces difficultés, il faut éviter d’en rajouter. Ce n’est pas du tout normal. Voyez un peu le nombre de mort, pour quelle raison ? Parce que tout simplement vous avez une ambition politique des fois que les jeunes ne sont pas d’accords et il faut créer des situations inacceptables dans le pays. Je pense que ce n’est pas normal. Les gens auraient pu réfléchir sur ce qui s’est passé dans le pays comme la Sierra-Leone, le Libéria, la Côte-d’Ivoire, le Mali ou la Guinée-Bissau. Quand vous êtes entouré de tous ces problèmes, vous avez l’obligation de faire beaucoup attention. Parce que tout est venu comme ça. En Côte-d’Ivoire il y a eu plus de trois mille morts, plus de trois cent mille déplacés à cause de quelque chose et jusqu’aujourd’hui les fractures restent entre les ivoiriens. On peut revendiquer ou on peut ne pas être d’accord, mais on le manifeste autrement parce que votre liberté s’arrête là où commence celle des autres.

Les assassinats lors des manifestations font croire à certains observateurs un « risque de génocide ». Qu’en dites-vous par rapport à ces situations-là ?

Les assassinats nous interpellent tous. Quand il s’agit de la sécurité de la nation, la sécurité des citoyens, nous sommes tous responsables. Ceux qui font ces assassinats ciblés dorment avec nous dans nos concessions. Nous sommes au courant de leur mouvement et personne ne signale. En Europe, lorsque votre voisin fait un peu de bruit anormal, vous informez tous les forces de sécurité et nous on se rend quelque fois complice. Franchement, c’est regrettable que dans un notre pays, un pays croyant comme la Guinée que des gens se livrent à des assassinats, je n’arrive toujours pas à comprendre. Je prie Dieu, qu’un jour les coupables soient connus, arrêtés, jugés et condamnés devant le peuple de Guinée.

Par rapport à toutes ces situations, quelles sont les actions que la CONASOC est en train de mener pour faire triompher la paix ?

La CONASOC en tant qu’organisation de la société civile, ce qu’elle peut faire, c’est de sensibiliser les citoyens. Ce qu’elle peut faire c’est de faire de temps en temps la voix pour dire à ceux qui sont responsables du désordre dans le pays de faire beaucoup attention. C’est de dire également à tous ceux-ci que, ce que nous avons en commun, c’est la Guinée. La Guinée appartient à nous tous. Quelques soient les plans sataniques que nous allons mettre en place, personne ne peut faire en sorte que la Guinée lui revient à lui seul. Alors, qu’on soit du nord ou du sud, ce que nous avons en commun c’est la Guinée. Que les gens ne perdent pas leur temps, personne ne peut brûler ce pays. Nous en tant que CONASOC, nous faisons des prières, de la sensibilisation mais également nous interpelons de temps en temps lors qu’on se rend compte qu’il y a des choses qui se sont exagérées ou-bien il y a des gens qui ont franchi la ligne rouge.

Le président de la République vient de gracier plusieurs détenus. Comment cette nouvelle est-elle tombée dans les oreilles de la CONASOC ?

Je crois que les avis sont partagés là-dessus. Dans quelle condition on gracie un prisonnier? Est-ce que c’est des criminels de droit commun, on ne sait pas. Par principe, nous souhaitons que nos prisons soient vide parce que je sais que la prison elle est difficile. Quand les gens sont libérés, nous acceptons en principe mais, nous disons toujours que ceux qui ont été libérés, qu’ils ne fassent plus les mêmes fautes pour se retrouver encore derrière les barreaux.

Quelles est la position de la CONASOC par rapport au référendum constitutionnel prévu au mois de mars de cette année ?

Je crois que depuis 2011, la CONASOC avait déjà un point de vue contraire avec beaucoup de citoyen. Parce que quand nous avons dit que cette constitution n’a pas été approuvée par la population c’est-à-dire que les citoyens n’ont pas été consultés, on n’a émis des réserves. Quand on parle d’une loi fondamentale, de constitution, c’est avant tout une affaire de citoyen. Alors quand ceci n’est pas consulté, il faut prendre avec réserve. Lorsqu’on fait une constitution, on se rend également compte que ceux qui ont élaboré cette constitution je ne dis pas qu’ils ne sont pas compétents mais ils ne sont pas l’émanation du peuple, ni d’une institution. Mais c’est un président intérimaire qui a mis en place un conseil national de la transition (CNT). Vous voyez que celui qui signe qui a désigné les gens il lui manque ce qu’on appelle la légalité.

Ceux qui ont fait c’est la même chose. Alors, on aurait pu prendre des dispositions pour soumettre cette constitution à la disposition de la population. Lorsque vous avez une constitution où il faut passer par un parti politique pour être éligible, ça veut dire que tous ceux qui ne sont pas acteurs politiques n’ont pas le droit de se présenter à une élection. Comment vous jugez cela. On peut énumérer assez de problèmes, assez de difficultés concernant cette constitution. C’est pourquoi nous nous sommes dit que franchement cette constitution n’est pas bonne, il faut une nouvelle constitution. Certaines nous on dit de l’autre côté pourquoi on n’amende pas. Je les ai répondu qu’on n’amende pas l’essentiel.

Ne craignez-vous pas un risque de violence suite à cette mesure de couplage des élections législatives et le référendum ?

Il y a eu déjà la violence alors qu’on n’a pas fait d’élection. Je pense que coupler une élection on économise de l’argent, on économise du temps et la tension entre les citoyens. La Guinée est l’un des rares pays où les élections n’était pas couplé. Dans une mandature de cinq ans, vous avez les élections présidentielles. Après ce sont les élections législatives, suivies des élections communales et communautaires.

Ensuite, ce sont les élections régionales. Alors quand vous additionnez tout cela, ça veut dire que vous êtes condamnés à passer tout votre temps à des évènements dans la tension. C’est pourquoi dans bon nombre de pays, on couple les élections. Je crois que c’est tout à fait normal qu’on puisse coupler les deux élections et ça c’est dans l’intérêt de la Guinée et des Guinéens.

L’humanité fait face à une épidémie appelée coronavirus. Quelles sont les précautions que la CONASOC envisage-t-elle avec l’État pour nous faire éviter cette maladie en Guinée comme nous avons déjà connu Ebola à l’époque ?

Je crois que, quand on parle d’épidémie, les Guinéens savent de quoi il s’agit parce qu’on en a souffert. On n’a pas besoin d’obliger quelqu’un à faire attention et à l’État de prendre des dispositions. Je crois que l’État a déjà pris ses dispositions parce qu’on fait beaucoup attention à nos frontières pour éviter que les gens entrent n’importe comment. Ensuite il y a des mesures qui ont été prises concernant le port autonome et l’aéroport. Donc nous sommes les mieux avertis. On n’a plus besoin de nous dire ce que c’est qu’une épidémie. Je crois qu’on a relativement un peu d’expérience et de moyens par rapport à beaucoup de pays pour faire face à ces genres de choses. Mais quand je dis face, prenez cela avec beaucoup de réserve parce que la Chine qui est pays développé a des problèmes pour contenir cette épidémie et donc ça devient quelque chose que tout le monde s’en méfie.

Quelles sont les relations entre la CONASOC et les autres organisations de la société civile guinéenne ?

D’une manière générale, toutes les organisations de la société civile ont les mêmes objectifs celui de défendre les intérêts de la population et des citoyens. Quand on se fie à cela, nous devons avoir entre nous des bonnes relations. On doit se concerter, avoir le même langage face à certaines situations. En se basant sur cela, je peux vous dire que d’une manière générale, les choses se passent bien même-ci quelque fois sur des sujets comme aujourd’hui cette affaire de nouvelle constitution nous nous ne partageons pas les mêmes points de vue. Ça c’est regrettable mais c’est comme ça.

Quel est votre message de la fin ?

Les Guinéens doivent prendre conscience que ce pays nous appartienne tous. Que nous prenons l’exemple de ce qui s’est passé dans les autres pays. Ce n’est pas la violence qui peut résoudre nos problèmes. Personne ne peut intimider l’autre, personne n’a le monopole, des façons de faire dans notre pays. C’est suffisant de mettre la balle à terre à travers les exemples de ce qui s’est passé dans les pays limitrophes. Nous avons des enfants et des petits-enfants ici. Nous sommes nés et grandis ici, c’est chez nous, alors pourquoi la brûlé. Je pense que quel que soit le bord qu’on appartient, je souhaite que les gens se ressaisissent. On peut manifester parce que la loi l’a conféré, mais en manifestant, ne casser pas, ne brûler pas, ne lapider pas. Nous sommes l’un des rares pays aujourd’hui où la lapidation est devenue notre arme. Si la lapidation pouvait apporter quelque chose, les palestiniens ne seraient pas à ce niveau. Alors j’invite les Guinéens à éviter cela. La presse doit également sensibiliser les Guinéens à la non-violence. La violence n’a jamais résolue un problème, au contraire elle a créé des rancœurs ineffaçables.

Interview réalisée

par Moussa Thiam

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