Guinee

FELURE DÉMOCRATIQUE EN GUINÉE : BAH OURY S’EST-IL FOURVOYÉ ?

Bah Oury, le charismatique leader politique guinéen, semble vouloir admettre, bon gré mal gré, l’idée d’une nouvelle transition politique en Guinée, après celle qui porta illégalement et tragiquement le dictateur Alpha Condé au pouvoir en 2010.

Dans un article paru récemment sur le site  » africaguinee « , Bah Oury déclare, je cite :  » Une transition politique en 2020, demeure un passage obligé pour garantir la stabilité de la Guinée, qui passera par le rétablissement du fichier électoral et la Sacro-sainte Constitution de Mai 2010 « . Bah Oury soutient, qu’une nouvelle transition politique, permettra au prochain Président de République de pouvoir gouverner et de développer un pays stable.
Je récuse cette déclaration, qui, d’un point de vue politique, résulte d’un constat hâtif, excluant tout rapport de force constitué entre la mouvance présidentielle, d’une part, le FNDC et la Communauté internationale, d’autre part.

En s’abstenant pour cette fois-ci, de procéder à une analyse rigoureuse et objective de la nouvelle configuration des forces de changement en présence, dans le paysage sociopolitique guinéens, Bah Oury a pris le risque de se fourvoyer.

Nul ne peut ignorer qu’aujourd’hui, le peuple de Guinée, regroupé au sein du FNDC, est crédible auprès des institutions internationales ainsi qu’auprès des gouvernements, de pays amis de la Guinée et de l’Afrique. Autrement dit, le peuple marthyr de Guinée, n’est plus bâillonné, ni isolé, dans le monde.

Ainsi, la déclaration hâtive de Bah Oury, relativise le calvaire du peuple de Guinée, soumis depuis les années 1990, à une culture démocratique sinusoïdale, couronnée en 2010, par une transition politique chaotique, opérée sous l’égide de Sekouba Konaté.

De plus, Bah Oury ne semble pas vouloir comptabiliser deux autres gouvernements spéciaux, considérés comme étant de véritables gâchis historiques dans le processus démocratique guinéen. Il s’agit des deux gouvernements d’Union nationale, jadis dirigés, tout d’abord par Lansana Kouyaté ( gouvernement dit de large concenssus ), qui fut constitué le 1er Mars 2007. Composé de 19 Ministres et de 3 Secrétaires généraux, le gouvernement de Lansana Kouyaté sera dissous le 20 Mai 2008, pour cause d’insuffisance de résultats. La Guinée passera ensuite par le gouvernement d’Hamed Tidjane Souaré, constitué en Mai 2008. Il sera composé de 34 Ministres, dont Bah Oury, et de 3 Secrétaires d’État. Ce dernier sera également dissous le 24 décembre 2008, pour cause de bisbilles au sommet de l’Etat et d’un manque de résultats, disait-il.

Les deux gouvernements d’union nationale, formés sous le régime de Lansana conté, sont les ancêtres de la transition politique, instaurée le 3 décembre 2009, après la tentative d’assassinat du Capitaine Moussa Didis Camara, actuel prisonnier politique du dictateur Alpha Condé, détenu illégalement à Ouagadougou, au Burkina Faso, depuis 10 ans.

Logiquement, une transition politique, est un processus qui permet le passage d’un régime dictatorial à une démocratie effective.

Malheureusement pour la Guinée, la fameuse transition politique orchestrée par le couple Sekouba Konaté – Jean – Marie Doré en 2010, accouchera d’un monstre, prénommé Alpha Condé, qui s’obstine à vouloir, coûte que coûte, conduire la Guinée en enfer, après une décennie de gestion politique calamiteuse.

Il convient de rappeler qu’un gouvernement d’Union nationale, est un gouvernement constitué de principaux partis politiques, représentés à l’assemblée nationale, et /ou, élargi aux acteurs de la société civile.
La formation d’un tel exécutif n’est possible, que lorsque la situation politique, socioéconomique et sécuritaire d’un pays, requiert que cesse le débat traditionnel puéril, entre la majorité présidentielle et l’opposition politique, au bénéfice de la préservation de l’unité nationale et de la sauvegarde de l’intérêt général.
Un gouvernement d’union nationale est censé permettre à un pays, de sortir de la logique populiste de vouloir chasser un dictateur par l’unique voie d’un soulèvement populaire.

Un gouvernement d’union nationale est également différent d’un gouvernement de coalition. Ce dernier est généralement établi entre plusieurs partis politiques, regroupés au sein d’une alliance lors d’une élection nationale. En guise d’exemple, retenons que le RPG-Arc-en-ciel est une coalition de partis constituée lors du second tour de l’élection présidentielle de 2010.

Nous devons être honnête face aux immenses défis démocratiques de la Guinée et reconnaitre, que toute idée relative à une nouvelle alternance politique, serait un débat d’arrière-garde, destiné à criminaliser les acquis sociopolitiques de notre pays.

Les citoyens guinéens, seront-ils le dindon de la farce de l’Afrique de l’Ouest en acceptant de cautionner une nouvelle transition politique en 2020 ? Une nouvelle transition politique pourra-t-elle doter la Guinée d’une nouvelle Constitution viable et favoriser l’organisation d’élections démocratiques, libres, inclusives et transparentes ? Sommes-nous capables d’admettre l’évidence qu’un fichier électoral corrompu, comme celui de la Guinée, peut faire l’objet d’un assainissement propre en 15 jours, sans passer par une absurde transition politique ( experts de la Cedeao ) ?
Dès lors, il convient de s’interroger objectivement sur le bien-fondé de projets de nouvelle transition politique ou d’un éventuel glissement de mandat pour Alpha Condé en Guinée ? Sinon, qui seront les prochains dirigeants d’une nouvelle transition politique en Guinée ? Quelles seront les modalités de la constitution des équipes de dirigeants fiables pour conduire une nouvelle transition politique en Guinée ? Quels seront les statuts desdits dirigeants ? Des militaires ? Des civils ? La mouvance ? L’opposition ? La société civile ? Des religieux ? Un gouvernement mixte ? La Cedeao ? L’union africaine ? L’ONU ? Dans quel but ? Pour combien de temps ?

Le vaillant peuple de Guinée peut et doit écarter toute hypothèse de glissement de mandat et de transition politique dans notre pays en 2020. La Guinée doit pouvoir continuer à avancer à l’instar de tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, qui organiseront des élections présidentielles et veilleront au respect du principe de l’alternance politique au pouvoir.

Certes, le FNDC est une institution sociopolitique, démocratique, révolutionnaire et salvatrice. Cependant, toute révolution démocratique ou populaire, mal organisée, ne profitera qu’aux dictateurs.

Depuis l’avènement de la démocratie et le multiculturalisme intégral en Guinée dans les années 1990, les oppositions politiques successives n’ont jamais procédé à un examen critique de conscience, pour déterminer leurs échecs et leurs victoires, soldés par de nombreuses luttes politiques. Pour elle, c’est toujours la faute des autres.

Force est d’admettre, qu’en Guinée, beaucoup de personnes savent parler. Mais les hommes qui savent agir, quitte à mourir pour défendre leurs convictions politiques, sont en passe de devenir très rares.

Heureusement, qu’aujourd’hui, l’éveil de la conscience collective de la Nation guinéenne, convaincue que le socle de tout progrès social repose sur des principes et des valeurs, tels, l’indépendance, la liberté, la démocratie, l’Etat de droit, l’Unité nationale, le respect des droits humains et les libertés fondamentales, le développement économique et social, entre autres, a favorisé un engagement général dans la lutte politique, pour défendre nos acquis démocratiques. Les principes et les valeurs qui déterminent l’honneur et la dignité d’une Nation, ne sont pas négociables. Depuis la nuit des temps, les peuples qui luttent, parviennent toujours à se libérer ( T. Sankara ).

À l’aune du dernier mandat d’Alpha Condé, qui sonnera le glas au mois de novembre prochain, la solution de l’alternance politique au pouvoir en 2020, réside indéniablement dans le camp du peuple marthyr de Guinée.

La Communauté internationale, actuelle alliée du peuple de Guinée, est entrain de se poser la question, voire la bonne question, celle qui vaille aujourd’hui, à savoir : le FNDC, est-il un grand libérateur ou un sacré plaisantin ?

Dans les jours et les semaines à venir, le monde entier sera édifié sur le processus démocratique de l’alternance politique en République de Guinée, piloté par les leaders du FNDC.

Papa Attigou Bah
Leader de L’Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée ( UDPG ).

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