Guinee

Grève du SLECG : « Je demande à tous les enseignants de resserrer les rangs », lance Aboubacar Soumah

Dans un entretien accordé à notre rédaction, le secrétaire général du syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) donne les détails sur le motif de la grève déclenchée depuis le jeudi 9 janvier 2020. Avant d’appeler les enseignants à résister devant les intimidations des autorités, il accuse Bano Barry, Conseiller à la présidence, d’avoir « un agenda caché ».

Le Démocrate : Dites-nous concrètement ce que vous reprochez à l’État et qui vous a conduit à déclencher cette grève?

Aboubacar Soumah : C’est le non-respect du protocole d’accord que nous avons signé ensemble. Nous avons opté pour le recensement du fichier de l’éducation. Lorsqu’on aura déniché les fictifs, les salaires pourraient servir à rehausser le salaire de base comme prévu dans le protocole d’accord sur les huit millions. Nous avons demandé huit millions, ils nous ont dit que pour le moment on doit procéder à l’assainissement.

Avant même d’entamer ce processus, le professeur Bano avait déclaré qu’il y avait onze mille fictifs déjà à son actif. Et le gouvernement avait dit qu’en procédant à cet assainissement, on aura engrangé un résultat en terme de fictif dont le montant des alaires dépassera même les huit millions. C’est eux qui nous ont proposé cette option et nous avons accepté.

Qu’est-ce qui s’est passé ? D’abord dans le protocole d’accord il est dit que c’est le SLECG qui doit piloter l’assainissement mais dans la pratique, on nous a imposé un jour, on a vu professeur Bano qui dit que c’est la présidence qui l’envoi pour présider la commission d’assainissement. Donc il nous a été imposé et on a tout fait pour qu’il quitte mais en vain. On a commencé le processus, on avait demandé qu’il y ait deux serveurs dont un au niveau de la commission et l’autre au niveau du SLECG ce qui fut fait.

Dans un premier temps à Conakry, on nous a envoyé les données au fur et à mesure que le serveur principal recevait les données, on nous les envoyait aussi. Dès qu’on à entamer l’étape de l’intérieur, ils ont arrêté ce mécanisme de transmission via le serveur et on a tout fait auprès de Bano pour qu’on puisse nous envoyer les données au fur et à mesure qu’il reçoit de l’intérieur, il a refusé. Pour continuer le processus, c’est lui seul et son technicien qui géraient la situation et nous nos agents étaient sur le terrain si on les envoie des données, eux ils les traitaient à leur niveau. Qu’est-ce que nous avons constaté ?

Dans un premier temps, lorsque l’intérieur est terminé, lorsqu’on nous a présenté le fichier, on a constaté beaucoup d’anomalies et avant-même que nous nous constatons cela, il (professeur Bano, ndlr) a renvoyé les fichiers au niveau des DPE, des IRE et des chefs d’établissements à tous les niveaux pour qu’ils puissent vérifier. Ainsi, si on envoi ces résultats à ces autorités pour vérifier eux qui géraient ces fictifs, c’est de leur donner l’occasion de les réinsérer et maintenant ils nous présentent ce fichier-là, alors qu’ils avaient envoyé ce fichier à ces autorités sans notre consentement. Ces gens-là (autorités ndlr) ont tout falsifié. Ils ont dit de demander à nos agents de nous renvoyer tous les cas de fictifs. Nous avons fait ce travail et nous leur avons envoyé le fichier correct et puis ils se permettent de renvoyer ce fichier à ces autorités une deuxième fois qui, à leur tour ont réinséré tous les cas de fictifs et décès. Ils ont attribué les noms des personnes qui sont décédées à des personnes à travers une note de service qu’ils ont réaffecté dans d’autre service. Donc tout ce qu’on a fait comme travail propre, tout a été remis en cause.

Ainsi comme nous on a dit qu’on ne peut plus continuer ce processus, à la fin ils nous invitent à venir valider le rapport alors qu’il y avait une contradiction entre le rapport qu’eux ils détiennent et ce que nous nous possédons sur les statistiques. Nous leur avons dit que nous, nous ne pouvons pas valider ce résultat et nous avons constaté que beaucoup des enseignants qui sont en activités se sont retrouvés comme fictifs.

Au finish, nous avons constaté qu’il (professeur Bano ndlr) est venu avec un agenda caché dont sa première mission était de retarder le processus parce qu’on n’en a jamais vu une opération de recensement prendre autant de temps. Deuxièmement, il avait une fourchette qu’il devait coûte que coûte protéger. Cette fourchette c’est une proposition de 450 000 qu’on nous a faite bien avant qu’on signe l’accord. Quelques soit le nombre de fictifs qu’on aura engrangé, le montant ne doit dépasser les 450 000gnf. Il a même annulé les 11 000 fictifs qu’on nous a présenté et donné un chiffre de 5700 cas de fictifs et sa troisième mission était de mettre le SLECG en mal avec les enseignants qui sont en classe et les fictifs et c’est raison pour laquelle on dit de nous payer 8 millions maintenant ou qu’on nous fasse une proposition sur les 8 millions

Nous sommes au deuxième jour depuis le début de cette grève. Quel bilan pouvez-vous tirez ?

Pour le moment la grève est suivie à peu près 80% au plan national et à 100% dans certaines préfectures. La grève continue tant que la proposition n’est pas faite et que les enseignants contractuels aussi soient engagés parce qu’il y’a un déficit en personnel au niveau de l’éducation. Tant que cela n’est pas fait, nous ne sommes pas prêts à suspendre la grève.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de vos compatriotes ?

Je demande à tous les enseignants de resserrer les rangs, de ne pas se laisser intimider par les autorités à tous les niveaux car c’est notre droit le plus absolu, nous devons nous battre pour l’arracher dans les mains de ceux-là qui le confisque puisqu’ils mènent une vie ostentatoire et que nous nous tirons le diable par la queue alors que notre économie aujourd’hui est suffisante pour nous payer les 8 millions. Il faut qu’on tienne jusqu’au bout pour que notre situation change. Aux parents d’élèves, qu’ils comprennent que ce que nous faisons dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des enseignants va en droite  ligne de la qualification de la formation des enfants.

Entretien réalisé par

Moussa Thiam

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