Guinee Opinion

Guinée, les graves révélations d’Aboubacar Soumah sur les examens nationaux

Qu’est-ce qui explique la débâcle dans les différents examens en Guinée ?Aboubacar Soumah, le leader du Slecg vient de faire de graves révélations. Le syndicaliste s’est confié à notre rédaction.

Africaguinee : des taux d’échecs record ont été enregistrés cette année dans les différents examens. Des échecs que certains imputent au Slecg que vous dirigez et qui a observé des grèves répétées durant l’année scolaire. Que répondez-vous ?

Aboubacar Soumah : ceux qui disent cela se trompent. Moi, jamais je n’ai écouté une institution de la République à quelque niveau que ce soit, que ce soit les organisations de la société civile, je n’ai entendu aucune institution dire que le faible taux de réussite aux examens est dû à l’action du SLECG. Non. Plutôt ce sont nos détracteurs, certains caciques du parti au pouvoir (RPG arc-en-ciel, ndlr) qui sont là et leur porte-parole qu’est le syndicat qu’ils ont créé qui dit que c’est le SLEGC qui est responsable de cet échec massif alors que c’est le Gouvernement qui est responsable.

Comment ?

Le Gouvernement n’a mis aucune politique fiable qui puisse faire en sorte que le niveau des enfants puisse être remonté dans un sens. Ensuite dans un autre sens, aucune politique de formation continue des enseignants n’est instaurée. Donc, ce qui fait que, ni au niveau des apprenants, ni au niveau des formateurs il n’y a de politique sérieuse. Ce qui est encore plus marquant, c’est que le budget alloué à l’éducation a le pourcentage le plus faible de la sous-région. Tout ceci dénote que le Gouvernement n’accorde pas d’importance à la formation des enfants de ce pays. Hormis tout ça, le processus du déroulement des examens a été caractérisé par un militantisme qui ne dit pas son nom. Depuis le choix des surveillants jusqu’au choix des correcteurs, c’est des militants du parti au pouvoir (RPG ndlr) qui sont favorisés.

Au secrétariat qui en principe est réservé à des enseignants chevronnés, des cadres compétents qui sont habilités à manipuler les épreuves et à travailler sur les résultats qui sont mis, mais la majeure partie cette année est composée par des militants qui ne sont pas des enseignants. Ils sont venus pour procéder au découpage des feuilles, ils ont mélangé les anneaux, quelques fois à la correction vous pouvez retrouver les filiations, les noms, les PV des enfants… choses qui ne devaient pas exister sur les copies. Cette année, ils ont eu à reporter les notes des candidats des sciences expérimentales à ceux des sciences mathématiques. Donc, il y a eu tellement de confusions et cela c’est expressément fait.

Ensuite la politique qu’ils avaient mis en place, c’est-à-dire leur vision sur 3 ans, à savoir: faire en sorte que les candidats admis ne soient plus orientés vers les universités privées, ceci n’est pas en reste. Donc ils ont mis en place un mécanisme qui fait que chaque année nous allons de régression en régression pour ne pas que le nombre d’admis soit élevé afin que les universités privées-là puissent les résorber. Donc au lieu que ce soit un examen, ils ont transformé l’examen en concours. Ils ont un objectif bien défini, un barème qu’ils ont arrêté pour dire que cette année c’est tel nombre d’amis en fonction de la disponibilité des places dans les universités publiques. Donc tout cela concoure à la régression, à faire en sorte que ceux qui ont les moyennes ne sont pas ceux qui vont être admis mais ceux-là qu’ils veulent qu’ils soient admis.

Un exemple, sur les 40 lauréats plus de 20 sont de Siguiri (une préfecture de la Haute Guinée et bastion du RPG ndlr) ils disent que ceux-ci n’ont pas suivi la grève, tout ça c’est un résultat politique pour dire que ceux qui avaient suivi la grève ne doivent plus le faire et dire que c’est le SLECG qui est responsable.

Voulez-vous dire qu’il y a eu du laxisme dans la surveillance notamment dans la région de la Haute Guinée ?

Bien sûr ! Comment une zone minière qui est Siguiri où les enseignants qui sont là-bas sont plus attirés vers les mines, les enfants sont dans les mines, que dans toute la République 20 lauréats soient de cette préfecture ?

Le ministre impute quand même cet échec selon lui par le fait qu’il y ait ce passage automatique instauré dans les classes intermédiaires. Qu’en pensez-vous ?

Mais qui est responsable de tout ça ? Il n’était pas conscient de ça ? Depuis un an il est là, il a géré une année scolaire, pourquoi il n’a pas interdit ça dès le départ sachant très bien que c’est un facteur qui joue sur la qualité de la formation ? Pourtant c’est une chose que le syndicat a dénoncé il y a très longtemps. Nous on a dénoncé le système d’évaluation qu’ils ont instauré en disant qu’il n’est pas bon chez nous. Sinon comment est-ce qu’un enseignant qui a dans une classe un effectif pléthorique peut sérieusement évaluer tous ces enfants mensuellement et que cela soit sérieusement effectué ? Ce n’est pas possible ! Donc l’enseignant se débarrasse, les notes qu’il va donner seront des notes qui ne reflètent pas la valeur intrinsèque de l’élève parce qu’il est dans une obligation de rendre les notes. Or en face de lui, il y a un effectif pléthorique donc il essaye de remplir les feuilles.

Donc il faut revenir sur l’ancien système, les compositions puisque les effectifs sont élevés dans le classes. Voilà le problème. Ensuite le calendrier réaménagé qu’on avait arrêté avec le département, ils ne l’ont pas appliqué parce qu’on s’était entendu dans ce calendrier que les cours continueront jusqu’au 30 juin, mais ils ont arrêté les cours dès le mois de mai. Ce qui fait que les programmes aussi n’ont pas été achevés. L’année dernière on a dénoncé leur manière de procéder l’évaluation, le choix des correcteurs, on a toujours dénoncé, mais ça continue.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar

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