Entretien

Hadja Maimouna Diallo, membre de l’UFDG : «Le lendemain de notre élection on met dans la poubelle cette Constitution»

Dans cet entretien accordé à notre rédaction, Hadja Maimouna Diallo, ex présidente des femmes du FNDC, estime que toutes les chances sont du côté de Cellou Dalein pour remporter l’élection présidentielle du 18 octobre. Elle jure que dans une élection libre et transparente, l’actuel Chef de l’Etat ne peut avoir « 18% de voix », et qu’il y a beaucoup de facteurs qui font que l’UFDG peut espérer cette année. Par ailleurs, cette militante de l’UFDG ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de parler de ses rapports avec le FNDC. Lisez !

L’Indépendant : Comment réagissez-vous de l’exclusion de l’UFDG au sein du FNDC?

Mme Bah Hadja Maimouna Diallo : Je suis désolée que ça se passe comme ça. Parce que le FNDC sait que nous sommes en train de mener le même combat. Nous avons voulu le mener sur le plan politique aussi. Parce qu’il ne faut pas mettre tous les jeux dans le même panier. Le FNDC nous a trouvé sur le terrain en train de se battre contre le troisième mandat et la nouvelle Constitution. Nous avons fait le chemin ensemble. On a réalisé beaucoup de choses ensemble. Moi, j’aurais souhaité qu’on continue le combat ensemble, même si on n’emprunte pas les mêmes chemins, mais on a un objectif commun. On peut réussir avec les manifestations, mais aussi battre Alpha Condé dans les urnes. Par ce qu’on a tout fait pour empêcher la tenue du double scrutin législatif et référendaire. Effectivement, le 22 mars, il n’y a pas eu élection. Mais cela ne l’a pas empêché de déclarer qu’il y a eu 80% de oui et il a mis les députés qu’il veut. Il y a des députés là-bas qui n’ont mêmes pas 20 voix. Mais ce sont eux qui sont là aujourd’hui. Si nous étions sur le terrain, il n’aurait pas pu distribuer les postes à l’Assemblée comme des cartes.

Donc, nous avons espéré à l’époque jusqu’à la dernière minute, qu’il y aurait eu dialogue. Et qu’on aurait réussi à assainir le fichier, et aller dans les élections inclusives, Alpha Condé a refusé. Cette fois ci, on a dit, pas de troisième mandat pour lui. Mais malgré tout, il a eu la prétention de se présenter pour dire qu’il est candidat. Voulez-vous qu’on lui laisse le champ libre là aussi pour qu’il aille raconter ce qu’il veut ? Mais si lui seul, il n’a pas de concurrent, il peut se proclamer dès le premier tour avec 100% s’il le veut. Mais si l’UFDG est là, il sait que la majorité du peuple de Guinée aujourd’hui est derrière l’UFDG. Il ne peut pas dire qu’il a gagné aussi facilement. Donc nous, nous voulons mener ce combat à tous les niveaux. De toutes les façons nous ne nous trompons pas d’ennemi. Le FNDC n’est pas notre ennemi. Nous faisons partie du FNDC. On est membre fondateur. Nous allons continuer la lutte comme on l’entend. Et nous pensons que nous allons continuer avec eux.

Le FNDC a appelé le peuple de Guinée à une « marche pacifique » à partir du 29 septembre pour demander le « départ » d’Alpha Condé. Est-ce-que vous serez sur le terrain avec eux ?

L’UFDG a toujours été sur le terrain. Toute personne qui est en train de combattre contre le troisième mandat, nous serons ensemble. Le terrain c’est notre habitude. On combattra sur le terrain comme dans les urnes. L’essentiel, c’est de gagner, c’est très important pour le peuple de Guinée.

Le chef de l’État a décidé de proroger l’Etat d’urgence sanitaire, afin de limiter la propagation de la pandémie du Coronavirus. Nonobstant cela, il a pris le décret lançant officiellement la campagne électorale. Quel est votre réaction ?

M. Alpha Condé se fout des Guinéens. Il s’en fout que cette maladie se propage ou pas. Ce n’est pas son problème. Son problème, il veut museler l’opposition. Vous avez vu qu’il a commencé la campagne depuis plus d’un mois. Il a fait ces congrès dans toutes les préfectures pendant qu’on était en confinement, pendant qu’il y avait l’état d’urgence. Il a commencé la campagne depuis 2 semaines. Tous les jours vous voyez ce qui se passe à la RTG. Aujourd’hui, il a le courage de dire qu’il proroge le confinement…

Nous, nous n’allons même pas l’écouter. Il est le premier à violer les propres lois qu’il signe. Ce n’est pas lui qui va nous exiger, à nous autres de respecter ces lois-là. Ce n’est pas possible. On va faire la campagne. On considère qu’il n’y a plus de confinement, ni état d’urgence.

Beaucoup d’observateurs estiment que si l’UFDG participe à ces élections avec cette nouvelle constitution et les perdre, ce serait trahir la mémoire des victimes de vos manifestations. Que répondez-vous ?

Ce n’est pas parce que nous avons participé à deux élections que c’est la troisième et dernière cartouche. Ça n’a aucun sens. Ne soyez pas pessimiste. On ne va pas à une élection pour perdre. Il y a beaucoup de facteurs qui font que nous, nous espérons cette année. Vous êtes Guinéens et vous voyez ce qui se passe sur le terrain. Consciencieusement, la majorité des Guinéens est contre le troisième mandat.

On ne pouvait pas, ne pas aller à ces élections-là. Parce qu’il faut qu’on donne la chance aux Guinéens de faire le choix. Si nous on n’était pas là, s’ils ne veulent pas d’Alpha Condé pour qui, ils auraient voté ? Et vous savez très bien aujourd’hui le parti le mieux placé pour succéder à Alpha Condé, c’est l’UFDG. Qu’on le veuille ou pas, qu’on aime l’UFDG ou pas.

Donc, on ne peut pas nous asseoir. Justement on aurait trahi la mémoire des victimes si nous nous asseyons à la maison pour laisser le champ libre à Alpha Condé. On a dit deux mandats et c’est terminé. 2020, il y aura l’alternance. On est dans notre logique. Il y a plus de 200 personnes que les forces de défense et de sécurité ont tuées. Jusqu’aujourd’hui aucun dossier n’a été ouvert, aucune enquête n’a été réalisée. Jusqu’aujourd’hui, aucune famille n’a été indemnisée.

Quand est-ce, nous pourrons rendre justice, c’est quand nous serons au pouvoir. Et aujourd’hui, il y a une élection qui peut nous mener au pouvoir. Voulez-vous qu’on reste tranquille ? C’est en ce moment qu’on aurait respecté la mémoire des victimes ? Non. Il faut qu’on se batte dans tous les sens pour prendre le pouvoir et pour venger ces morts ou faire justice pour ces morts-là, pour indemniser les familles de victimes. Tant qu’on n’est pas au pouvoir, on ne peut pas le faire. Donc, ce n’est pas en restant à la maison qu’on aurait honoré la mémoire de ces victimes-là. Parce qu’on aura démissionné. Et démissionner n’est pas UFDG.

Pensez-vous que votre leader à une chance de gagner ces élections et battre Alpha Condé ?

Aujourd’hui, Cellou Dalein ne donne aucun franc aux Guinéens. Alpha Condé n’a qu’à laisser la voie libre à Cellou Dalein vous allez voir la communauté est derrière qui ?

Alpha Condé est fort d’une chose. C’est de son armée. Et il avait commencé à installer les chefs de quartiers. Dès que l’UFDG a présenté sa candidature il a arrêté. Parce qu’il a peur. C’est la peur qui a fait ça. Il n’est pas sûr de lui. Alpha Condé ne pourra jamais organiser des élections crédibles ici parce qu’il sait, il partira avec moins de 20 %. Ça, c’est sûr et certain. Il a eu 18% en 2010.

 Il a moins de 18% aujourd’hui. Je vous le dis avec des élections libres et transparentes, il n’aura pas 18%. Mais c’est de ça qu’il a peur. Il est en train de museler l’opposition. Il a fait en sorte qu’il soit seul sur le terrain. Aujourd’hui l’UFDG ne sort  pas sur le terrain.

N’est-ce pas participer à ces élections, c’est de reconnaitre la nouvelle constitution ?

Non ! Ça n’a rien à voir. C’est pourquoi on se bat pour pouvoir enlever l’Assemblée nationale et la nouvelle constitution que personne ne veut dans ce pays. Ce n’est pas en restant à la maison qu’on le fera. Il faut qu’on soit élu. Le lendemain de notre élection on met dans la poubelle cette Constitution qui n’est même pas digne d’être constitution qui n’a pas été votée par le peuple de Guinée. Une constitution qui a été falsifiée à la dernière minute. La première personne qui sera élue contre Alpha Condé, la première mission, c’est de faire revenir à la constitution de 2010 et à reprendre les élections législatives.

Votre mot de la fin…

Je demande à tous les militants de l’UFDG de ne pas écouter ce qui est en train de se dire. On ne va pas à un combat où on pense avoir perdu d’avance, c’est impossible. Si on s’est engagé ce que nous avons toutes les chances de notre côté. Donc, je demande à tous les militants des partis politiques de l’opposition de s’unir derrière Cellou Dalein qui a la majorité pour pouvoir vaincre Alpha Condé dans les urnes. Moi rien ne m’effraye contre Alpha Condé, c’est sur son propre terrain qu’on va le battre.

Le fichier qu’il pense avoir taillé sur mesure, lui-même, il a dit qu’il n’y a pas du monde au Foutah. Ce que tout le monde est allé en Haute en Guinée. Alors l’électorat de l’UFDG est en Haute Guinée aussi sans compter son propre électorat qui ne va plus voter pour lui. Je demande à tout le monde de prendre courage, de se lever et de se battre. La chance est de notre côté.

Entretien réalisé par Tidiane Diallo

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