Guinee

Impact du Covid-19 à Conakry : Quand photographes et cameramen tirent le diable par la queue !


Aucune activité socioéconomique n’est épargnée par la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. Les photographes et cameramen de Conakry ressentent lourdement le poids des nombreuses restrictions édictées pour freiner la propagation de la maladie : cérémonies de baptêmes, mariages, spectacles vivants, sont interdits jusqu’à nouvel ordre.
Certains de ces professionnels, rencontrés ce jeudi 2 juillet 2020, ont expliqué leur calvaire, dû nettement à l’interdiction des mouvements de foule dans la cité
Alsény Soumah, infographe et cameraman au labo ABD de Matoto Tannerie, est de ceux professionnels de l’image qui tire le diable par la queue. « Actuellement, les difficultés sont énormes. J’ai été d’abord photographe, caméraman et après je me suis spécialisé dans l’infographie. Nous notre rôle, c’est de traiter les images, et les vidéos que les photographes et cameramen ans nous envoient. Vous n’êtes pas sans savoir que c’est à travers des cérémonies qu’ils rapportent les images et les vidéos. S’il n’y a pas de mouvements, ils ne peuvent pas avoir des images ni des vidéos. Les confinements nous pénalisent beaucoup, je ne dis pas que ce n’est pas bon parce que c’est des vies qui sont en danger, mais d’autre part, cela nous pénalise énormément. Avant la crise, on travaillait beaucoup.
Parfois, on était obligé de copier les vidéos dans une clé USB pour aller terminer les traitements à la maison, tellement qu’il y avait de travail. Maintenant, le maximum c’est deux à trois fichiers par jour ce qui est équivalent à 30 à 40 mille GNF.
Avant le confinement, on pouvait avoir au moins 100 mille par jour, le minimum. Imaginez quelqu’un qui quitte loin avec cette crise de transport, qui n’a que 30 mille ou 40 par jour, il faut donner la dépense, payer le transport, sans parler d’autres choses avec les trente mille, c’est insignifiant ! Nous avons des clients photographes et cameramen qui sont à Tanènè qui venaient ici deux fois par semaine parce qu’il y avait plein d’activités.
Maintenant par manque d’activité, ils viennent une fois par mois. Je demande aux autorités de diminuer le prix du carburant à la pompe, parce que tout est lié à ce problème de transport. Quand le transport est facile, tout le reste devient facile ».
Même son de cloche chez Mamoudou Kamano, photographe à Matoto centre. « Franchement c’est difficile, avant le confinement, les clients venaient de partout, on gagnait un peu. Aujourd’hui, avec ce problème de Coronavirus, les choses sont dures, nos activités sont paralysées. On avait des problèmes avant le Coronavirus, avec l’arrivée des téléphones androïdes, des Smartphones. Maintenant, le Covid-19 est venu s’ajouter à ça. Donc, c’est un double problème. On a dit pas de regroupement, donc pas cérémonies, et s’il n’y a pas de cérémonies, nous allons faire comment ? Nous vivons de ça. Donc, nous prions Dieu qu’il éloigne ce virus de la Guinée pour que les activités reprennent. Tous nos matériels viennent de l’extérieur, mais puisqu’il n’y a pas de vol, on manque des matériels. Conséquences ? Les clients payent les frais, parce qu’on est obligé d’augmenter le prix. Par exemple, les photos par rendez-vous, c’est 10 mille GNF maintenant. C’était 5000 GNF avant. Une photo d’identité, c’est 15 mille GNF. On paye les papiers chers, parfois quand on tire les photos, ça ne réussit pas, on est obligé de reprendre pour ne pas avoir des problèmes avec les clients. Tout ça, c’est nous qui perdons, le client ne peut pas comprendre que ce n’est pas notre faute, c’est la qualité du papier qui n’est pas bonne, on a tous ces problèmes-là. On achète les matériels de nos propres moyens, on travaille et puis on tire notre intérêt, mais s’il n’y a pas de clients, c’est la perte. Aujourd’hui on n’arrive même pas à avoir 5 clients par jour. Je demande à nos autorités d’alléger le confinement, qu’on autorise les regroupements tout en portant les masques. S’il n’y a pas de regroupements, nous nous ne pouvons pas travailler et nous avons des familles à nourrir… »
Propos recueilli par
Alpha Amadou Diallo

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