Entretien

Importante saisie d’armes : Abdoul Gadri Diallo de l’OGDH émet des doutes

Importante saisie d’armes : Abdoul Gadri Diallo de l’OGDH émet des doutes

En marge du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier, une élection qui s’est fait sans la participation de l’opposition dite républicaine, les services de défense et sécurité ont procédé à une importante saisie d’armes dans les mains de civils et militaires. A cette occasion, le président de l’organisation guinéenne des droits humains (OGDH) s’en félicite de cette action avant de se poser des questions sur les circonstances de cette saisie vue le contexte actuel que traverse la Guinée. Il l’a fait savoir dans l’émission des ‘’Grandes gueules’’ d’Espace FM, le 26 mars 2020.

« Je crois que la Guinée a très mal géré depuis l’indépendance la question liée à la circulation des armes », introduit Abdoul Gadri lors de cette intervention.

Dans ses explications sur le désarmement, il estime que la Guinée n’a jamais vécu une situation qui l’amènerait à opérer sur cette piste, mais pour lui, l’État guinéen est à la base de toutes ces circulations d’armes à travers le pays et ce, depuis la première République conduite par Ahmed Sekou Touré de 1958 à 1984.

« La Guinée n’a jamais été en guerre pour qu’on dise il faut absolument faire un programme de DDR. Mais la Guinée a vécu un système politique qui a toujours crée les conditions d’une circulation massive d’armes dans ce pays. Au temps de la première République où c’était le Parti-État, on parlait du peuple en arme. On a massivement distribué des armes à des milices qui étaient à l’époque la garde du parti politique au pouvoir (PDG-RDA, ndlr) qu’on appelait la milice populaire. Même dans les plus petits districts ou quartiers, il y avait des miliciens qui circulaient avec des armes en main (carabine 44, des SKS…) », a indiqué cet activiste.

Poursuivant, le président de l’OGDH enchaîne que : « à l’arrivé de l’armée en 1984, on s’est fait l’économie de procéder à un ramassage systématique de toutes les armes qui ont été distribuées à l’époque. Donc cette déperdition a fait qu’à un moment donné on n’a pas fait un travail systématique de désarmement », se désole-t-il.

Comme dans le passé, plusieurs pays limitrophes de la Guinée ont connu des moments d’instabilité et au-delà, la région de la Guinée-Forestière a connu ces moments de crise. Abdoul Gadiri pense que tous ces facteurs constituent des éléments à favoriser la circulation des armes malgré que les attentions de l’État en aient été attirées sur ces phénomènes.

« La Guinée à un moment a été entourée par un cercle de feu. La Guinée-Bissao était en guerre pour son indépendance, la Côte-d’Ivoire, la Sierra-Leone et le Libéria ont eu des guerres. Il fut un moment, lorsqu’il y a eu une situation de crise en Guinée-Bissao nous avions tiré la sonnette d’alarme pour dire que les armes passent par la Guinée pour aller ailleurs. L’État guinéen ne s’est pas préoccupé. Au-delà de ça, nous avons connu des incursions rebelles en 2001. Des volontaires se sont délibérément engagés de manière tout à fait sincère pour essayer de bouter hors de nos frontières ces rebelles. L’ensemble de tous ces problèmes-là constituent la base sur laquelle repose cette circulation d’armes qu’on est en train de gérer aujourd’hui », martèle-t-il.

Par ailleurs, Gadri loue l’effort des services de sécurité dans la saisie de ces armes avant de s’interroger sur le timing.

« Je félicite les services de sécurité d’avoir saisie assez d’armes. Mais pourquoi c’est maintenant on saisit ces armes ? Pourquoi depuis tout ce temps on ne s’est pas occupé de cela ? Est-ce qu’on n’est pas en train de faire de l’amalgame en annonçant une saisie d’armes au moment où la Guinée est dans une situation de crise ? Dans l’histoire politique post coloniale de ce pays-là, chaque fois que le pouvoir est confronté à une épreuve dure et qu’il se sent affaibli de la contestation, on invente un complot. Je ne suis pas en train de dire que tous les complots sont faux », précise le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits humains.

Une synthèse de

Moussa Thiam

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