Guinee

LA MORT DE KADÉ DIAWARA ET CIE : DES LARMES DE CROCODILE EN GUINÉE

Les artistes et les sportifs guinéens ont généralement un destin tragique. Malgré leurs immenses talents qui inspirent un grand respect dans la sous-region Ouest africaine, il n’ont obtenu aucune avancée significative dans la reconnaissance et la protection de leurs droits fondamentaux. Ce calvaire plane sur eux depuis l’avènement de la Guinée à l’indépendance en 1958. Les artistes guinéens sont pourtant les plus talentueux de l’Afrique de l’Ouest mais ils demeurent les plus misérables.

Sachant que la bataille sera rude, la lutte pour l’amélioration des conditions de vie et de travail de nos vaillants artistes doit être actée. L’acte sera consigné dans la loi de la République. L’Etat s’exposera alors à des poursuites judiciaires. Des condamnations en cas de manquements aux droits de ces catégories socioprofessionnelles seront prononcées. Dès lors, l’honneur et la dignité de nos gloires nationales seront reconnus et préservés.

Force est d’admettre que les oeuvres de nos artistes sont socialement et politiquement exploitées. Elles sont généralement consacrées à la promotion d’individus opportunistes et au rayonnement socioculturel d’un État ingrat et irresponsable.

L’OBLIGATION D’UNE UNION SACRÉE POUR NOS GLOIRES NATIONALES

Pour parvenir à défendre efficacement leurs droits sociaux, nos gloires nationales auront l’obligation de s’organiser au sein de structures associatives et syndicales dynamiques. Nos gloires peuvent aussi user de leur célébrité et des réseaux sociaux de leurs fans pour s’impliquer d’avantage dans la vie politique et présenter des candidats aux élections locales et nationales dans le but de participer à l’élaboration des lois qui améliorent leurs conditions de vie et de travail. Au besoin, elles peuvent soutenir tout candidat politique qui manifeste un intérêt certain pour défendre leurs droits sociaux.

Les hymnes des campagnes électorales et les albums dédiés à des personnes comme le président de la république et les candidats aux élections nationales, au premier ministre, aux ministres et aux députés, doivent logiquement être négociés contre une acquisition de droit sociaux pour tous. Bref, pour revendiquer autrement vos droits fondamentaux auprès d’un État voyou, vous devez parfois employer la logique diplomatique de l’accord dit :  » Gagnant-gagnant ! « . Ainsi, en vous regroupant au sein des structures sociales et syndicales légalement constituées, vous parviendrez à mieux fonder vos actions sur la base du principe de la solidarité dénommé :  » UN POUR TOUS, TOUS POUR UN « .

Il serait judicieux d’élaborer une loi qui définira les statuts et le système de protection sociale de nos gloires nationales.

AU SUJET DU DROIT D’AUTEUR ET LES DROITS VOISINS

La loi sur le droit d’auteur et les droits voisins n’a aucune espèce d’importance pour l’État guinéen. Chaque régime politique préfère maintenir les artistes dans un lien de dépendance totale au lieu de les rétablir dans leur droit. De manière sélective, Sékou Touré distribuait du ravitaillement et des tiquets pour le pèlerinage. En contrepartie, les artistes glolifiaient le PDG-RDA et son guide suprême. Sékou Touré fut aussi le beau-père du capitaine de l’équipe nationale du football, le célèbre Hafia Football club. Son beau-fils qui sera le seul à exercer de hautes fonctions politiques au sein du régime révolutionnaire guinéen ne parviendra pas à améliorer les conditions de vie et de travail de ses collègues. Ledit régime refusera à l’icône de la musique traditionnelle mandingue, le griot Sory Kandia Kouyaté, surnommé  » Voix d’or de la Révolution « , d’aller chercher son Grand Prix décerné par l’académie Charles Cros et qui valait des milliers de dollars voire des millions de Francs guinéens d’alors.

Lansana Conté aussi offrait sélectivement des véhicules aux artistes qui glolifiaient son nom et ses actions. À la place des droits sociaux, Conté accorda de nombreux privilèges farfelus aux artistes. C’est le cas notamment des véhicules RAV4, offerts à l’état neufs avec des prix estimés à plusieurs milliers de dollars.

Alpha Condé a emboîté le pas le pas de ses prédécesseurs. Il distribue de l’argent aux artistes qui soutiennent sa cause. Inspiré par Sékou Touré, l’ancien capitaine du  » Sylis National « , Aboubacar Titi Camara, devint un éphémère ministre d’Alpha Condé. Il ne parviendra pas non plus à conjurer le mauvais sort de ses collègues. Ainsi, chaque régime politique accorde sélectivement des privilèges à une catégorie de nos gloires nationales et ce au détriment des droits sociaux de la collectivité. En Guinée, rien de concret n’est encore réglé pour nos artistes dans le cadre de la loi. Les lois qui existent en la matière ne sont pas appliquées et l’État ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire.

DES LARMES DE CROCODILE APRÈS LA MORT

En Guinée, tout le monde s’en fiche quand les artistes sont exploités et instrumentalisés, pauvres, malheureux et malades. Mais tout le monde vient pleurnicher quand ils meurent. Pourquoi le Statut de l’artiste qui est étroitement lié à sa protection sociale est constamment bafoué en Guinée ?

Est-il besoin de rappeler que la protection sociale est un droit fondamental qui a pour but de garantir l’intégrité physique de l’artiste ? Cette intégrité englobe, entre autres protections, la maladie, les accidents ainsi que tout autre fait pouvant entrener une invalider totale ou partielle, permanente ou temporaire. La protection sociale concerne aussi les cas relatifs à la retraite et le décès.

Nos gloires nationales de la culture, des arts et du sport, doivent être rattachées au régime général de la sécurité sociale pour l’ensemble des risques et les charges. La meilleure reconnaissance pour nos héros, c’est de parvenir à leur accorder une protection sociale pour les accompagner dans la vie active et non de pleurnicher après leur mort. Tout le monde est unanime que nos gloires nationales déjà mortes sont des personnes chaleureuses qui ont défendu le drapeau de notre pays au prix de leur vie.

La confiscation des droits sociaux des artistes, sportifs, enseignants, élèves, étudiants et les autres catégories socioprofessionnelles pourrait, un jour ou l’autre, compromettre dangereusement la paix et la cohésion sociale en Guinée.

L’État doit prendre ses responsabilités et s’engager résolument à promouvoir les droits sociaux de nos gloires nationales. De plus, en tuant notre jeune démocratie, nous tuons les droits fondamentaux de tous les guinéens.

Dénoncer et défendre les droits sociaux de nos gloires nationales relèvent implicitement d’une responsabilité collective devant l’histoire.

Papa Attigou Bah
Président de L’Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée ( UDPG )

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