Entretien

La Nouvelle Constitution ouvre-t-elle la voie à un 3ème mandat ? : Bah Oury

La Nouvelle Constitution ouvre-t-elle la voie à un 3ème mandat ? : Bah Oury estime que le président le fasse ou non, « le mal est déjà fait »
Quelques jours après le vote pour la nouvelle constitution et les élections législatives du 22 mars dernier, la cour constitutionnelle a validé la nouvelle constitution portée par le président de la République. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Bah Oury, président de l’UDD et membre du FNDC n’est pas surpris de l’attitude de la cour constitutionnelle, qui à ses yeux n’a fait qu’entériner un projet dont elle faisait partie. Pour lui, le fait d’imposer une nouvelle constitution pose de sérieux problèmes à la Guinée ainsi qu’à l’étranger et par conséquent qu’il y ait troisième mandat ou non, le mal est déjà fait et il faut trouver une voie de sortie de crise.

L’Indépendant : la cour constitutionnelle vient de valider la nouvelle constitution qui ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique guinéenne. Cela vient remettre en cause le combat du FNDC. En tant que membre de cette plateforme, comment accueillez-vous cette nouvelle ?
Bah Oury : Je dois dire que la cour constitutionnelle fait partie des institutions qui ont été au cœur du changement proposé de la constitution parce que dans un pays, le dernier rempart juridique pour empêcher d’enfreindre à la loi, à la constitution en vigueur c’est la cour constitutionnelle. Malheureusement, dans notre pays celle-ci n’a pas assumé sa responsabilité parce que lorsque le gouvernement lui a proposé la nouvelle constitution, au lieu de se prononcer sur le fond à savoir qu’il n’y a aucune disposition légale en vigueur dans la constitution de 2010 qui permet d’avoir une nouvelle constitution, ils ne l’ont pas fait et ils ont voté tous pour simplement dire que pour le faite pour le président de la République de consulter la population et en conformité avec la constitution.

Donc par rapport à tout ce qui s’est fait autour de cette constitution, la cour constitutionnelle assume une large responsabilité de la violation des lois de la République. Par conséquent, le fait qu’elle valide ce n’est qu’une conclusion tacite de ce qu’elle avait déjà faite dès le début.
Maintenant que la nouvelle constitution est adoptée, quelles sont les nouvelles mesures que le FNDC compte entreprendre?

Le fait d’avoir imposé la nouvelle constitution pose de sérieux problèmes à tout le monde aussi à la Guinée que l’étranger. Puisque nous rentrons dans une zone de non-droit, beaucoup d’institutions internationales ne reconnaitront pas ce qui s’est passé à Conakry et donc le gouvernement met la Guinée dans une situation difficile et d’isolement politique et diplomatique sur la scène internationale. Comme vous le savez, si nous sommes isolés, nous sommes extrêmement fragiles, donc au lieu que ça nous permet d’aller de l’avant, de nous conforter en tant que nation solide, que nos actions sont fondées sur le principe de l’état de droit, nous rentrons dans une zone d’incertitude et là, c’est malheureux et nous allons tous payer le prix de cela au détriment des intérêts nationaux.

Pour le moment, c’est ce que je pouvais dire sur cette question tout en déplorant que beaucoup de portes sont fermées qui auraient pu permettre d’envisager les choses autrement, de permettre d’affermir la réconciliation nationale dans ce pays, de renforcer les principes de l’état de droit et de permettre le président en exercice de sortir par la grande porte. Mais tout cela a été foulé au pied et nous rentrons dans une vaste zone d’incertitude et de trouble et seul Dieu sait ce qui va en sortir à l’esprit de ce qui nous guette encore cette crise sanitaire qui est venue en plus par rapport aux autres crises que nous subissons depuis un certain temps.

Déjà que cette nouvelle constitution ouvre la voie au président de la République le professeur Alpha Condé de s’octroyer un troisième mandat, quelles sont maintenant les luttes que vous comptez entreprendre pour éviter cela ?
Le plus important, est que les gens se rendent compte qu’une décision à ce niveau à de lourdes conséquences qui ne sont pas en faveur de la stabilité de la Guinée. Et ça, depuis le mois de septembre 2019, personnellement et publiquement j’ai toujours attiré l’attention de monsieur le président de la République et des membres du gouvernement sur les inconvénients majeures et le danger dans lequel leur volonté de mettre en place cette nouvelle constitution risque d’amener la Guinée.

Aujourd’hui, nous enregistrons les frais, on a beaucoup de morts, la crispation politique est accrue, nous avons une Assemblée qui est très mal élue qui n’a pratiquement pas de légitimité et de ce point de vue la déstabilisation de la Guinée est ouverte.

Donc que le président de la République fasse un troisième mandat ou non, le mal est déjà fait et il faut trouver une voie de sortie de crise solide et honorable. Mais est-ce que le gouvernement et le président de la République sont dans l’esprit de sauver la Guinée ? J’en doute pour le moment.
Entretien réalisé
par Moussa Thiam

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