A la Une

Le peuple de Guinée, otage d’un État failli (première partie)

Fermer les yeux pour ne pas voir ou manier la langue de bois en contexte de « massacre » des principes fondamentaux des droits de la personne, est autant handicapant pour la démocratie que les dérives de l’État de droit. C’est en exerçant son droit d’exprimer et de diffuser ses opinions, sans crainte de l’autorité centrale, que le peuple peut favoriser la bonne gouvernance. Cela revient à dire que dénoncer la politique propagandiste de l’État guinéen, ce n’est pas aller à contrecourant de la nécessité de moduler la société pour le bénéfice de tous. Nos velléités démocratiques et notre amour du prochain l’exigent. La présente analyse, qui se décline en cinq petites parties, s’inscrit dans ce cadre.

Suivant le postulat psychologique de Edward Bernays (1928) dans son livre intitulé « Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie », dans une dictature, la pensée critique, qui permet au citoyen d’analyser sur an angle non émotionnel les choses qui lui sont présentées, est prise en otage par le pouvoir central. La réappropriation de ma souveraineté individuelle devient un symbole repoussoir de ce système dans une société guinéenne où le peuple est très peu valorisé. Cela sous-entend que face aux péripéties d’un système de gouvernance autocratique, la notion de Martin Luther King Jr. selon laquelle « La liberté n’est jamais volontairement donnée par l’oppresseur, elle doit être exigée ou conquise par l’opprimé », doit raisonner chez les populations guinéennes.

Depuis l’avènement de Alpha Condé au pouvoir, d’un gouvernement à l’autre, notre pays s’enfonce dans les ténèbres. La composition d’une nouvelle équipe gouvernementale ne changera pas le caractère belliqueux d’un État guinéen aux abois. Au-delà de la complexité des normes culturelles et politiques locales doublée de la faible conscience républicaine de nos dirigeants, l’état déplorable de la gouvernance, du moins depuis 2010, est le fruit de l’incompétence émotionnelle, professionnelle et organisationnelle d’un « président » qui pense pouvoir faire du neuf avec du vieux. L’expérience rwandaise en matière de gouvernance démontre à suffisance que le leadeurship et les compétences d’un chef se diffusent dans la société.

Au gré des liaisons mafieuses sur fond de cupidité et d’inconscience démocratique, la médiocrité, qui se manifeste au sommet des institutions de l’État et s’exprime par le bas grâce au phénomène d’accoutumance à des faibles standards en matière de gouvernance, est devenue la référence du système politique guinéen. Pour construire une Guinée nouvelle, c’est tout le système politique et le modèle de société qu’il faut revoir en agissant au sommet de la hiérarchie politique. Cette évidence ne doit souffrir d’aucune ambiguïté car la qualité des institutions et la conscience républicaine constituent des indicateurs clés de performance en matière de gouvernance et de réalisations économiques.

Une analyse comportementale sérieuse des caciques de ce régime révèlerait la nature cynique d’un pouvoir aux antipodes de toutes les valeurs qui font d’un pays un État de droit. Promus par des ambitions mesquines, des personnalités politiques, symbolisant la misère du système par leur indécence et leur présence dans toutes les mauvaises sauces, auraient tenté de faire la peau à Alpha Condé et à feu général Lansana Conté. Nourris par ces mêmes ambitions et appuyés par des chaines invisibles pleines de fiel, ils n’hésitent pas à faire massacrer le peuple et à tripatouiller les élections. L’expérience suggère que négocier avec de tels individus contribue à renforcer l’illusion de supériorité d’une élite politique délinquante. Afin de rompre avec ce système, les forces patriotiques de la nation doivent se coaliser, avec plus de conviction, d’efficacité et d’intelligibilité, autour d’un nouveau leadeurship qui ne baisse pas pavillon.

La notion de Alpha Condé selon laquelle « notre pays a choisi librement la voie de son destin » est incontestable. Sauf que le destin dont il fait allusion n’est pas celui choisi par les Guinéens. Nous avons choisi d’en finir avec tout ce qu’il y a de pire dans notre société. Ce choix a été confisqué par les fossoyeurs de la démocratie avec la complicité des « Raspoutine de l’ombre ». Après avoir pillé le pays pendant dix ans, bradé nos ressources stratégiques, assassiné des centaines de citoyens de conviction, mis aux arrêts des « Freedom fighters », « massacré » nos bonnes valeurs, et piétiné les principes les plus élémentaires de la démocratie, ils appellent à un « nouveau départ » ou à « la mise en place des institutions comme la Haute Cour de Justice ». Assurément, les lois et les institutions, en Guinée, ne servent qu’à créer un système de prédation des deniers publics visant à assouvir les besoins superficiels de prestige du chef et de son clan.

À cet égard, la Constitution que s’est taillée Alpha Condé pour s’octroyer un 3e mandat peut être qualifiée de nulle et non avenue pour une double raison. D’une part, elle ne reflète pas la volonté générale du peuple. D’autre part, elle vient supprimer l’imprescriptibilité de tous les crimes économiques commis par un État guinéen voyou. Ces crimes sont défavorables à la cause de l’entrepreneuriat moderne créateur de prospérité. Si globalement nous ne pouvons pas nier l’évidence que nos richesses naturelles et la dette publique (censée normalement renforcer le stock d’infrastructures essentielles) profitent insuffisamment aux populations, nos gouvernants et leurs amis, eux, ont su les monétiser au grand dam des objectifs de développement du pays.

Pour des raisons propres à notre système de gouvernance, nos marchands d’illusion, happés par une culture politique guinéenne qui récompense systématiquement la médiocrité, n’ont pas pu accomplir le quart du tiers de ce que les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara ont réalisé, individuellement, en moins d’une décennie. Dès que vous débarquez à Dakar ou à Abidjan, vous percevez des signes de progrès si bien que ces pays sont devenus l’eldorado des investissements privés (non miniers) dans la sous-région. De manière générale, les partenaires au développement ne font confiance qu’aux régimes qui prennent le développement de leur pays au sérieux et qui font valoir les avantages d’un leadeurship visionnaire, d’une société équilibrée et inclusive, et d’un État structuré respectueux des normes universelles de gouvernance.

Il est, donc, logique de soutenir que les investissements étrangers porteurs n’affluent que dans les pays où les gouvernants sont en quête d’efficacité et non de gloire éphémère. Les dirigeants démagogues, qui jouent sur la paresse intellectuelle d’une partie de la population pour consolider leur emprise sur l’État, ne peuvent pas contribuer au développement d’un cadre institutionnel favorable aux investissements porteurs de prospérité. Sous ces conditions, la Guinée ne pourra espérer atteindre le niveau actuel de développement de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal que dans un demi-siècle. (La deuxième partie sera disponible bientôt).

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *