Entretien Guinee

Mouctar Diallo, président des NFD : « Alpha Condé n’est pas étranger à la crise que traverse l’UFDG »

Dans cet entretien accordé à votre semainier, Mouctar Diallo, président des Nouvelles forces démocratiques (NFD) ne porte pas de gants quand il aborde la question de la mal gouvernance qui sévit en Guinée. Une situation qu’il impute à M. Alpha Condé. Il accuse le président d’être aussi pour quelque chose dans la crise qui mine le principal parti de l’opposition, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo.


Le Démocrate : Vous étiez absent ces derniers temps de la Guinée, peut-on savoir le motif de cette absence ? Est-ce que ce voyage était lié aux activités politiques de votre parti NFD ?

 Mouctar Diallo : C’est vrai que moi j’étais absent mais NFD n’était pas absent. Le parti NFD participait à toutes les réunions de l’opposition républicaine, participait à toutes les activités bien sûr que moi j’étais absent du pays pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles. Dans le cadre professionnel, j’ai eu un séjour de travail en termes de rencontres pour échanger avec des personnalités américaines, et aussi j’ai mis l’occasion à profit pour rencontrer la communauté guinéenne dans sa diversité. Bien entendu j’ai rencontré les différents organismes communautaires. J’ai rencontré les différentes associations, j’ai rencontré des personnalités ressources de la communauté guinéenne. J’ai aussi participé à des activités sociales et politiques dans le cadre de NFD. J’ai participé à la validation des nouvelles structures comme à New-York. Donc c’était un séjour extrêmement intéressant.


Actuellement la Guinée traverse une crise socioéconomique. Quel regard portez-vous sur cette crise ?

C’est une crise qui était prévisible au regard de la médiocrité des dirigeants qui exercent la mal gouvernance qui n’a fait que faire reculer la Guinée. Depuis 2010, la Guinée n’a fait que reculer, vous constatez que depuis 2010 la Guinée n’a pas connu la stabilité, n’a pas le bonheur. Le quotidien est devenu de plus en plus intenable, il a plus d’insécurité avec des assassinats et même ciblé. Ça ce n’est qu’en Guinée qu’on trouve ça en dehors des pays en guerre. Il y a plus d’insalubrité, regarder comment votre capitale est salle. Il y a eu plus de chômage, il y a eu plus de mort à cause de pathologie majeures, qui ne trouvent pas de réponse efficace. Le niveau des élèves baisse d’une façon vertigineuse, d’année en année. Les guinéens sont devenus plus divisés etc… Donc ça montre que la situation que nous connaissons aujourd’hui est le résultat de la mal gouvernance, du manque de vision des gouvernants notamment M. Alpha Condé qui n’a pas une vision éclairée, qui ne connait pas la Guinée, lui-même l’a dit, il ne connait pas les guinéens. Quelqu’un qui est préoccupé seulement à son maintien au pouvoir et par la jouissance primaire, des avantages liés au pouvoir. Si vous constatez la situation de la Guinée aujourd’hui est comparable à celle de 2006-2007. Pendant que tous les Guinéens s’étaient mobilisés pour demander le départ de M. Lansana Conté et quand vous faites aussi la comparaison en termes de chiffres en 2008, pendant que la Guinée était sur le banc da la communauté Internationale, on ne bénéficiait d’aucun soutien étranger, d’aucun financement extérieur pendant que le président guinéen le feu général Lansana Conté était à l’agonie, pendant que la Guinée connaissait tous les problèmes, en ce moment le taux de croissance était de 4,5%. Je prendrai en chiffres avant l’arrivée d’Ebola, parce que le gouvernement tend à justifier sa médiocrité par Ebola. Donc avant Ebola même le taux de croissance était à 2,2% selon le chiffre communiqué par le gouvernement. Donc faites la comparaison, vous verrez que la Guinée s’est appauvrie d’autant que ce taux de croissance de moyen de 3% est inférieur au taux de croissance démographique qui est de 3%. Cela montre que la Guinée s’est appauvrie davantage. Le taux de pauvreté en 2008 était de 52%, pendant la présidence de M. Alpha Condé avant Ebola ce taux était à 55,55%. Donc ça dénote encore une fois que la Guinée a reculé par le fait de la mal gouvernance qui se caractérise par le détournement de deniers publics, la dilapidation des ressources, l’enrichissement illicite de nos gouvernants. Regardez depuis l’arrivée de M. Alpha Condé, le nombre de marchés importants qui sont passés gré à gré, on n’a jamais connu ça dans le passé. Pendant qu’on nous dit que c’est quelqu’un qui s’est battu pendant 40 ans pour la démocratie qui est à la tête du pays.


Récemment le mouvement syndical a déclenché une grève qui a duré cinq jours avant d’être suspendu. Sur les 13 points de revendications, la baisse du prix du carburant à la pompe n’a pas été acceptée par le gouvernement, qui estime que cela serait suicidaire. Quel est votre point de vue sur le dénouement de cette grève ?

D’abord il faut dire que c’est à juste raison que les syndicats sont allés en grève à travers une plateforme revendicative légitime. C’est vrai que les syndicats n’ont pas pu obtenir gain de cause sur un point extrêmement important qui est la baisse du prix du carburant à la pompe. C’est vraiment dommage par rapport à ce point. C’est un échec. Cela est dû au fait que nous avons un gouvernement qui ne connait pas les vertus du dialogue, qui n’a pas le sens de la négociation, on ne comprend pas pourquoi le gouvernement a refusé de bouger face un prix du baril à l’international qui a atteint un niveau historique de 230 dollars US. On est arrivé pratiquement à 32 dollars US, pendant que dans certains pays il y a eu plusieurs fois de baisse, ici en Guinée le gouvernement refuse catégoriquement on ne peut pas comprendre que ce produit qui est très stratégique, tout le monde sait, même les illettrés, quand on baisse le prix du carburant, ça a un impact sur la vie de tous les Guinéens. Et au quotidien parce que ça a impacté sur les denrées de première nécessité. Ça va impacter même sur le coût du transport. Donc pour nous, il est nécessaire que le gouvernement baisse le prix du carburant d’autant que selon les informations qui sont à notre disposition, il y a du deux poids deux mesures. Pendant que les citoyens achètent le carburant à la pompe à 8000 FG, il y a certaines sociétés guinéennes qui font des profits, en achetant le carburant à 5800 fg. Donc il y a 2200 fg de différence. Pour quelle raison, c’est injustifiable, notamment c’est l’EDG, la SEG et certains ministères et la présidence selon les informations et certains services publics, à 5100 fg le litre pourquoi ? Si nous regardons les 8000 fg représentent les 50% de ce prix. Pourquoi le gouvernement veut faire payer à la population, au citoyen écrasé par le quotidien parce qu’il faut le dire les Guinéens ne vivent plus. Mais ils vivotent parce qu’ils vivent au quotidien. Ecrasés par la précarité. Donc le gouvernement veut faire payer au pauvre citoyen la facture de sa mal gouvernance. Cela est inacceptable, c’est pour cela que nous considérons cette attitude comme une expression de mépris pour le peuple.


Certains observateurs pensent que les syndicats ont été corrompus, pour céder face au pouvoir. Quel est votre avis là-dessus?

Vous savez quand on atteint un certain niveau de responsabilité, je pense qu’on doit être en dehors de l’émotion, de l’enthousiasme, de la passion, on doit être responsable. Ensuite je vous dis qu’en Guinée, il faut qu’on arrête de porter de façon légère, simple atteinte à la dignité et à l’honneur des gens. C’est trop facile d’accuser les leaders syndicaux de corruption. Quelles sont les preuves, ce n’est pas parce qu’ils ont échoué sur ce point précis qu’on peut dire qu’ils ont été corrompus, qu’ils ont pris de l’argent. Si tel est le raisonnement, on peut dire que l’opposition a échoué face au pouvoir. Est-ce que cela veut dire que les leaders de l’opposition ont été corrompus, non ! Donc tant que moi je n’ai pas des éléments de preuves forts, je ne peux pas dire que telle personne est corrompue. Donc je dis jusqu’à preuve du contraire, les leaders syndicaux ne sont pas corrompus, ils ont buté à l’entêtement du gouvernement, qui n’a pas le sens du dialogue, qui méprise son peuple, qui n’a pas le sens d’écoute, pour accéder aux demandes des syndicalistes, afin d’alléger la souffrance des Guinéens. Je pense que monsieur Alpha Condé, c’est mon avis, a joué au pourrissement. Il sait que c’est irréaliste de décréter une grève générale illimitée en Guinée au regard du quotidien dur des Guinéens, qui vivent au jour le jour. Il sait que les syndicalistes n’allaient pas pourvoir tenir, les travailleurs n’allaient pas tenir longtemps et d’ailleurs comme vous l’avez constaté au troisième jour de la grève les gens avaient commencé à reprendre le chemin du travail. Donc les syndicalistes avaient deux choix. Ou lever le mot d’ordre ou ils allaient être complètement désolidarisés par nécessité de survie. Donc comme je l’ai dit je pense que stratégiquement ça aurait été mieux de choisir quelques jours seulement dans la semaine par exemple, en considérant que lundi est un jour stratégique, si lundi est affecté ça peut paralyser toute la semaine. On pouvait dire simplement tant que nos revendications ne sont pas satisfaites, tant que le gouvernement ne réduit pas le prix du carburant à la pompe, nous irons en grève tous les lundis. Chaque semaine tous les lundis et mardis, cela allait permettre justement de mettre la pression sur le gouvernement, de permettre à tous les travailleurs et aux Guinéens tout simplement de tenir. Malheureusement tel n’a pas été le cas. Donc à mon avis c’était une erreur stratégique qui a été commise, mais ce n’est pas parce qu’ils ont été corrompus.


L’opposition menace de reprendre les manifestations de rue. Quelles en sont les raisons ?

Nous, nous allons reprendre cette revendication légitime des Guinéens concernant la baisse du prix du carburant à la pompe, parce que pour nous c’est inacceptable que le gouvernement s’entête en parlant du FMI. Pour nous, c’est un faux argument. D’abord parler de FMI ça montre que la Guinée est en crise parce que le FMI rappelons-le, a deux missions fondamentales. C’est la mission de gardien de la monnaie internationale et une mission de secouriste. Là, c’est quand tu es malade ou quand tu es dans le coma, on fait appel au FMI pour te guérir. La Guinée est dans cette situation sinon dans tous les pays où l’économie se porte bien, on entend parler de FMI en France on entend pas parler, en Grèce c’est tout récemment qu’on a entendu parler de FMI et donc si les gouvernants de notre pays de par la mal gouvernance, de par la gabegie, le détournement et par la dilapidation des ressources publiques ont fini par mettre notre pays à genoux, on fait appel au FMI c’est tant pis pour eux encore que ça ne veut pas dire comme ils le disent, attendons la 6e revue et la 7e revue après ça les programmes seront concluants. Donc on va baisser le prix du carburant. D’abord nous n’y croyons pas parce que vous le savez, Alpha Condé brille par son manque de respect des engagements, des accords, des lois. Même quand les deux missions seront concluantes, c’est-à-dire la 6e et 7e revue, même quand le FMI va venir et que ces missions seront concluantes, on aura au maximum 56 millions de dollars US, parce que chaque évaluation, si elle est concluante permet à la Guinée d’avoir 28 millions de dollars, donc 28 millions deux fois ça fait 56 millions. Donc ce n’est pas 56 millions de dollars US, qui vont résoudre le problème des Guinéens. Même s’ils disent que le FMI ne donne pas beaucoup d’argent. Mais ce que je veux dire on ne fait pas le développement avec le FMI, c’est la bonne gouvernance, c’est avoir une vision de développement, c’est un leadership éclairé au sommet de l’Etat qui permet à un pays de se développer, qu’on arrête de nous chanter. Le FMI ne peut pas empêcher qu’on réduise le prix du carburant. L’opposition exige que le prix du carburant soit revu à la baisse à l’image des autres pays. Ça c’est la première revendication de l’opposition. La deuxième, elle, est d’ordre électoral, nous exigeons que l’accord du 20 août soit respecté, soit appliqué qui prévoit entre autre l’assainissement du fichier électoral, la restructuration de la CENI et la tenue des élections locales et communales dans le premier semestre de 2016. Nous demandons au gouvernement d’accéder à ces revendications. Au cas contraire nous allons utiliser tous les moyens légaux à notre disposition dont les marches.


La CENI vient de déballer son chronogramme sur les élections locales mais l’opposition dit qu’elle n’est pas d’accord. Qu’est-ce que vous reprochez réellement à cette institution ?

 C’est parce que la CENI n’est pas dans la logique du respect de l’accord du 20 août. Je rappelle que la CENI est signataire de cet accord. Signé à la fois par la CENI, la mouvance, l’opposition, par le gouvernement, la communauté internationale, par la société civile qui prévoit la tenue de ces élections au plus tard le 30 juin. Donc si la CENI sort de ce cadre pour proposer un chronogramme qui prévoit l’organisation des élections au mois d’octobre ; nous disons non, nous ne sommes pas d’accord. En même temps on a dit que la CENI fait croire à l’opinion que les partis politiques sont partie prenante de ce chronogramme, nous disons non. Nous rappelons simplement que les partis politiques et la société civile ont été invités à cet atelier à Kindia. Mais les partis et la société civile n’ont participé qu’aux travaux du lundi, mardi je crois le 15 et 16 et après la CENI est restée pour faire sortir ce chronogramme le 17 et 18 pendant que l’opposition n’y était plus. Donc nous ne sommes pas partie prenante de ce chronogramme. Nous le rejetons totalement parce qu’il viole l’accord du 20 août, dont elle-même est signataire. C’est pour cela que nous avons porté ces deux revendications. Une revendication d’ordre social par rapport à la réduction du prix du carburant. Nous sommes dans notre rôle, le carburant concerne tous les Guinéens, donc l’opposition républicaine est patriotique et démocratique à ce que le prix du carburant à la pompe soit réduit pour l’amélioration des conditions de vie des populations. Deuxièmement, nous exigeons la tenue des élections locales et communales conformément aux accords pour la qualification de la démocratie guinéenne parce que pour parler de la démocratie dans un pays, il faut parler de la démocratie locale et ce sont ces élections qui permettent à la population de participer à la gestion de leurs propres affaires parce que le développement est d’abord local. Ça se fait justement à travers des structures décentralisées, dont les districts, les quartiers et les communes.


Deux grandes formations politiques, à savoir le RPG et l’UFDG traversent des crises en leur sein. Quelle analyse faites-vous de cette situation?

Pour ce qui est du RPG, cela était prévisible. Ça montre encore une fois le manque de leadership d’Alpha Condé dont le seul souci est de s’éterniser au pouvoir. Vous savez il excède dans la manipulation, dans la déstabilisation. Il a mis en place une machine pour déstabiliser tous les contrepouvoirs et institutions, pour rester le seul maître à bord. Vous savez quand vous mettez en place une machine pour broyer les autres, elle finira vous-même par vous broyer. Vous emporter c’est ce qui est en train d’arriver à M. Alpha Condé avec le RPG, dont il est d’ailleurs le président, en violation de la loi dans ce pays parce qu’il n’a jamais démissionné du RPG. M. Alpha Condé aujourd’hui méprise même les vaillants militants de RPG, quand il dit avec arrogance d’ailleurs que lui, il ne doit sa victoire à personne. Je rappelle que nous qui avons mené ensemble le combat avec RPG à l’époque quand nous étions dans l’opposition, nous savons que le RPG a eu beaucoup de victimes durant son parcours. Il y a eu des familles qui sont déstructurées, il y a eu des gens qui ont été tuées, il y a eu des gens qui ont perdu le travail à cause de leur militantisme dans le RPG pour que M. Alpha Condé accède au pouvoir. Aujourd’hui qu’il est au pouvoir, il les ignore, il les méprise, il a écarté même le RPG de la gestion des affaires de l’Etat. Aller aujourd’hui au AG du RPG vous ne verrez personne, même les NFD mobilisent plus que le RPG aujourd’hui. C’est pour cela que je suis de ceux qui pensent contrairement au PDG-RDA et au PUP qui sont morts avec leurs leaders, le RPG va mourir pendant que M. Alpha Condé est au pouvoir. Pour ce qui est de l’UFDG, nous pouvons penser que M. Alpha Condé n’est pas étranger de la crise que traverse ce parti aujourd’hui. Mais en tant que Nouvelle force démocratique (NFD), nous disons qu’on n’a pas intérêt aujourd’hui à ce que l’UFDG soit déstabilisée parce que c’est le plus grand parti de l’opposition. Je dirai même en Guinée parce que le RPG s’appuie sur l’Etat pour exister. Donc dans l’intérêt de la Guinée et la consolidation de la démocratie, nous n’avons pas d’intérêt à ce que le plus grand parti de l’opposition soit affaibli. C’est pour cela que NFD se sent prêt à contribuer au retour de la sérénité dans ce parti.


Entretien réalisé par Alpha Amadou et Sadjo Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

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