Non classé

Naufrages, mono-filaments, manque d’équipements, misère des pêcheurs : Idrissa Kallo dit tout…


A cette période de grandes pluies, la pêche artisanale éprouve d’énormes difficultés. Les risques de naufrage sont énormes avec un vent souvent très agité entrainant parfois des naufrages. Le manque de matériels et la non-assistance par l’Etat rendent le quotidien des pêcheurs artisanaux impossible. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineepremiere.com dans la journée d’hier, vendredi 21 août 2020, Idrissa Kallo, chargé de communication de la fédération guinéenne de la pêche artisanale, a évoqué les nombreuses difficultés rencontrées à cette période de soudure.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez à cette période des grandes pluies ?
Idrissa Kallo : les difficultés à cette période sont nombreuses. Comme vous le savez, il y a les intempéries de la mer avec ces vents et ces gros, ces vagues qui jouent sur les pirogues de pêche artisanale. Ce ne sont pas de gros navire, ils résistent moins face aux grosses vagues. Donc face à ces intempéries-là, il y a des risques de naufrage. Il y a des naufrages qui se font à la mer, ça empêche aussi les pêcheurs de sortir en mer.
Que peut-on dire du nombre de naufrages enregistrés ces derniers temps ?
Il y a eu des naufrages. Quand vous prenez le courant du mois de juillet, il y a eu 24 naufrages de Forécariah à Boké et à Conakry. Dans ces naufrages, il y a eu 5 morts et des dégâts matériels importants. Des gens ont perdu complètement leur entreprise. Imaginez une embarcation qui emploie une dizaine de personnes, quand perdez cette embarcation et les matériels, c’est toute une entreprise. Quand elle disparait, c’est une entreprise qui disparait. Courant mois d’août, il y a eu d’autres naufrages au niveau de la pêche industrielle. Vous avez dû entendre qu’un bateau a coulé avec toutes les cargaisons à Conakry ici. Il n’y a pas eu des morts, mais 400 tonnes de poissons sont restées dans l’eau. Le bateau était revenu à peine de la pêche. Comme il n’y a pas assez de places au port, on leur a dit de rester à la rade. C’est là qu’il a coulé. Vous voyez les dégâts ? 400 tonnes de poissons et tout le contenu du bateau, c’est énorme !
Parlez-nous de différents filets que vous utilisez. Il y a des filets dont l’Etat a interdit l’utilisation non ?
Oui! C’est vrai. Aujourd’hui, vous pouvez voir sur 10 embarcations qui sortent en mer, il n’y a que deux ou trois qui reviennent avec des poissons à cause de la rareté de poissons. Une rareté due à la surexploitation de nos ressources. Vous savez, le mono-filament est interdit, parce que quand vous les utilisez, vous pêchez tous les poissons, même les plus petits. Ce qui va empêcher la reproduction en haute mer. Et cela va provoquer la rareté des poissons. Mais, il se trouve que ces filets-là se vendent au marché. Qui envoie ces filets au marché ? C’est l’Etat qui doit prendre des dispositions par rapport à ça. Ces filets-là passent au port autonome, c’est des filets qui coûtent moins cher. S’il n’y en a pas au marché, est-ce que les pêcheurs vont acheter ? Donc, c’est l’Etat. A force d’exploiter ces filets-là, on risque de détruire tout. C’est pourquoi c’est interdit.
Parlez de vos conditions de vie actuellement
On ne peut pas tout dire. C’est comme tous les guinéens, nous vivons au jour le jour. Quand vous dépendez d’un secteur et que ce secteur ne fonctionne pas bien, ça va jouer dans votre condition de vie. Lorsque vous partez en mer, vous revenez bredouille parce que vous n’avez pas pu aller loin à cause du vent qui agite la mer. C’est difficile. Vous avez une famille qui vous attend à la maison. Qu’est-ce que tu vas donner comme dépense ? Il y a des pères de famille qui n’ont ni filet ni pirogue, ils louent et la pirogue et les filets. Si tu n’arrives pas à pêcher, comment vas-tu faire ?
Une pirogue peut coûter plus de 70 millions GNF. Et on n’en pas assez. Les moteurs sont chers. On n’a pas les moyens. C’est ce qui explique parfois la rareté de poissons au marché.
Qu’est-ce que vous demandez à l’Etat ?
Nous demandons à l’Etat de nous aider. Nous avons besoin de formations, nous avons besoin de subvention en cette période. La météorologie devrait nous assister en nous informant sur l’état de la mer pour prendre des précautions. Nous avons besoin d’être dotés en gilets de pêches. Nous avons besoin de gilets de sauvetages. Nous avons besoin de matériels. Donc, l’Etat doit nous aider en nous subventionnant, pour nous envoyer des matériels nécessaires pour nous faciliter la tâche. Quand il y a poisson dans les marchés, c’est à l’avantage de l’Etat et de la population guinéenne. L’Etat subventionne les agriculteurs, on les dote de matériels agricoles, pourquoi pas les pêcheurs ? Pourquoi ne pas nous doter de matériels de pêches ? L’Etat dote les agriculteurs en intrants, en engrais. Pourquoi pas nous ? Nous avons un manque criard de moteurs. Les bons moteurs viennent du Japon. On n’en a pas les moyens. Les moteurs chinois qui sont dans les différents marchés ne sont pas garantis.
Entretien réalisé par
Alpha Amadou Diallo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *