Guinee

Reprise des cours : « Si on veut rattraper tout en un temps record, on risque de bâcler », prévient Mory Dioubaté

Après plus de trois mois de trêve, l’école guinéenne reprend ses droits le lundi, 29 juin prochain. Dans certaines écoles publiques et privées de Conakry, les encadreurs sont à pied d’œuvre pour une reprise réussie. C’est le cas au complexe scolaire et universitaire Nelson Mandela, dans la commune de Matoto, où s’est rendu notre reporter le lundi, 22 janvier 2020. Dans un entretien qu’il nous accordé, Mory Dioubaté, Recteur, également DG dudit complexe scolaire et universitaire, propose des pistes de solution…Lisez !

Bonjour M. Mory : Est-ce que vous allez reprendre les classes le 29 juin 2020 ?

Effectif, nous allons reprendre le 29 juin conformément au communiqué du gouvernement.

Qu’est ce qui est mis en place qui rassure les étudiants que vous allez reprendre les classes le 29 juin ?

D’abord quand nous avons reçu les informations, nous avons réuni nos enseignants et nos administrateurs, on a fait d’abord une réunion d’urgence pour discuter des mesures à prendre pour la réouverture et par rapport à cela, la grande mesure c’est surtout sur le plan sanitaire, parce qu’il faudrait voir le contexte que nous sommes en train de traverser.

Les mesures barrières qu’il faut, pour ne pas que l’ouverture soit une occasion de propagation de cette pandémie, ce sont ces mesure-là.  Et l’Etat a promis qu’on nous accompagnerait. Mais bien avant que l’Etat n’envoie : les Kits, les masques et tout ce qu’il faut dans le cadre des mesures sanitaires, nous-mêmes, nous sommes en train de prendre des mesures à l’interne ; les kits que l’Etat va envoyer va certainement renforcer, mais nous avons pris des mesures par rapport à cela. Alors, on est en train de prendre des mesures par rapport à la situation des masques pour voir si l’Etat va être en retard dans la distribution de ces masques pour que le 29 Juin ne soit pas raté. Ça, c’est sur le plan sanitaire.

Sur le plan pédagogique, avec les enseignants nous avons échangé ; alors on sait à quel pourcentage on est, en fonction du temps qui reste, on a fait la répartition des taches pour définir aux enseignants le rythme d’exécution du programme, parce que nous sommes une école de formation des formateurs aussi, il y a une notion pédagogique qui, suit de très près, les enseignants dans les classes.

Est-ce que vous avez prévu des cours de rattrapage ?

Quand vous prenez un programme, vous allez voir, quand il y a deux mois où les cours ne sont pas dispensés, ça devient un problème. Nous allons prioriser les unités fondamentales, ça veut dire : vous savez dans un programme d’enseignement, il y a des parties fondamentales qui, sans lesquelles, on ne peut pas préparer un prérequis pour le point suivent, donc ces unités fondamentales-là, le plus souvent il faut centrer l’intervention sur ça, puisque c’est des classes d’examen d’ailleurs, on fera un effort de rattrapage, c’est pourquoi la cadence, le rythme des exécution des cours, ça va être un peu accéléré, avec ça, les candidats seront sérieusement occupés.

Est-ce qu’on peut dire que les cours télévisés ou les cours en ligne sont satisfaisants ?

Non ! Parce que beaucoup de nos étudiants n’ont pas eu accès, il y en a par faute de récepteur, je veux parler des smartphones, d’autres se plaignent du manque d’électricité, il y avait beaucoup d’aspects empêchant cette mesure, mais qu’à cela ne tienne, les unités fondamentales qui ont été véhiculées pendant ce moment-là, les professeurs sauront aussi que ces unité-là doivent être renforcées, mais quand même il y a eu un préalable.

Il faut qu’on comprenne que ce n’est plus une année normale, donc tout le monde doit faire des efforts sur les temps perdus, comment il faut les rattraper ? Il faut une finesse d’esprit pour voir réellement c’est quoi, sinon si on veut rattraper tout en un temps record, on risque de bâcler aussi. Donc il faut aller avec un rythme un peu rapide mais pas cascader les cours.

Quels conseils avez-vous à l’endroit des étudiants et les élèves ?

Les élèves et les étudiants doivent savoir que l’essentiel c’est eux ; c’est pourquoi dans le triangle pédagogie on dit : ‘’l’élève, c’est le sujet’’, c’est à dire, tout part de lui et tout revient à lui. Même si tu aimes beaucoup ton élève, tu ne peux pas fendre sa tête pour mettre là dans, il faut qu’il soit motivé. La première condition d’apprentissage : c’est la motivation. Après la motivation, il y a ce qu’on appelle la saisie des données et la rétention des données, tout ça demande du temps. La rétention est une étape très, très important. Quand tu viens à l’école on t’enseigne, tu vas recopier la leçon, mais il faut un temps à la maison pour faire la rétention, s’il n’y a pas de rétention, ce que vous avez vu se volatiliser et puis tu vas oublier. La phase terminale : c’est le transfert.

Mon conseil au niveau des élèves c’est au niveau de la rétention, parce que les élèves d’aujourd’hui-là vivent dans une période extrêmement distraite. Aujourd’hui, il y a trop de moyen de distraction, les élèves d’autres fois étaient beaucoup plus concentrés sur le travail que les élèves de maintenant-là ; c’est pourquoi, les gens sont surpris. On dit que : malgré le développement des moyens d’enseignement, les élèves d’hier étaient mieux que ceux d’aujourd’hui, c’est paradoxal ! C’est parce que c’est un contexte de distraction absolue. Ils sont dispersés entre plusieurs agents qui les attirent ou qui provoquent une distraction : les smartphones, les androïdes et autres, beaucoup n’utilisent pas ça, pour apprendre, mais pour se distraire, les cahiers sont à la maison, pourtant personne ne travaillera à leur place, quel qu’en soit l’amour des parents pour les enfants, quel qu’en soient les soucis des éducateurs, il faut que l’apprenant lui-même s’engage dans le travail.        

Votre mot de la fin

Les perturbations dépendent de deux évènements majeurs, la pandémie mais aussi l’effet de la grève, je voudrais dire au pouvoir, qu’il soit à mesure de discuter souvent avec les enseignements pour trouver la solution des problèmes. Moi, je ne suis pas pour la confrontation à tout moment, ça ne règle absolument en rien, nous sommes dans un jeu où les règles sont définis, tout le monde sait comment ça fonctionne. Il y a une inspection générale du travail, dès qu’il y a des différends, il faut que les gens soient capables de se réunir là, pour pouvoir échanger sur l’essentiel, être d’accord sur l’essentiel. Je voudrais rappeler à nos frères syndicalistes qui sont des collègues à nous, ils défendent nos intérêts ; à des situations exceptionnelles, il faut des mesures exceptionnelles, il ne faut pas être trop tangible des fois dans la négociation avec l’Etat pour éviter tout ce que nous sommes en train de vivre maintenant-là.

L’école guinéenne, il y a beaucoup de défi à relever parce que l’éducation a beaucoup souffert, nos élèves sont très intelligents, mais quand vous regardez les produits de notre système éducatif, ce n’est pas aussi que ça ; parce que quand vous comparez les produits Sénégalais aux produits Guinéens ou Ivoiriens aux produits Guinéens, vous trouverez qu’il y a des disparités ; tout ça, ce n’est pas lié à la nature, c’est une question d’organisation. Quand on s’organise là et qu’on travaille, on se comprend, on peut faire mieux parce que le Guinéen est très intelligent. Avec la nomination de Dr Bano, on peut espérer parce que ; je l’ai vu dans la tâche, je sais que si on le laisse travailler, il pourra faire quelque chose par ce qu’il y a un problème d’homme, un problème de leadership, le système là a besoin de beaucoup de choses pour être relevé.

Entretien réalisé par

Alpha Amadou Diallo      

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