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Santé en Afrique : comment bénéficier de la révolution du Big Data ?

Le monde connaît une révolution des données grâce aux progrès de la technologie de l’information et la nécessité de mener des recherches qui répondent à des problèmes de développement complexes. Les pays africains connaissent également une révolution en ce qui concerne le volume, les types, les sources, la fréquence et la vitesse de production des données. Ceci est particulièrement vrai dans le secteur de la démographie et de la santé, puisque les informations dans ces deux domaines sont plus nombreuses que jamais.

Les ministères de la santé de la plupart des pays africains procèdent à des examens périodiques des programmes de santé pour déterminer si les politiques produisent les résultats souhaités. Les pays entreprennent également des évaluations sur l’incidence, la distribution et le contrôle des maladies. Cela se fait par une analyse fréquente des données recueillies régulièrement dans le but d’améliorer les programmes. Ces examens périodiques constituent généralement une contribution importante aux plans stratégiques nationaux. Cependant, la collecte de données précises et à jour, leur utilité, leur utilisation et leur capacité d’analyse posent encore des problèmes. Cela signifie qu’il est encore difficile pour de nombreux pays d’élaborer des politiques fondées sur des données fiables.

Cartographie des problèmes

Les pays qui tentent d’améliorer la collecte et l’utilisation de données fiables rencontrent un certain nombre de problèmes. En voici quelques uns :

-Coordination: Il existe plusieurs sources de données sur la santé. Celles-ci comprennent les enquêtes auprès des ménages, les recensements, les établissements de santé, la surveillance des maladies, les données sur les politiques et les études. Les données sont de plus en plus référencées spatialement et seraient utiles pour informer les programmes de santé et surveiller les performances. Mais ils restent relativement sous-utilisés. Il est important de trouver un moyen de combler cette lacune et d’accroître la découverte et l’utilisation des données. Une plate-forme de support analytique et de triangulation des données disponibles est nécessaire. Cela réduirait la fragmentation et la duplication tout en améliorant l’efficacité.

-Fréquence d’analyse: la prise de décision fondée sur des évidences empiriques repose sur le principe que les données de santé n’ont aucune valeur si elles ne sont pas analysées et réellement utilisées pour éclairer les décisions. C’est pourquoi une analyse et une revue coordonnées et systématiques de toutes les données disponibles sont essentielles. L’analyse et les examens doivent être effectués à intervalles réguliers. Les évaluations régulières de programme qui sont essentielles font souvent défaut ou sont insuffisantes.

-Structures de données: les enquêtes périodiques sur la population et la santé consistent souvent en des données quantitatives, qualitatives et géospatiales volumineuses et/ou complètes. Cela nécessite du personnel bien formé et doté des compétences analytiques appropriées pour donner un sens à ces données.

Les données collectées de manière régulière sur les services de santé ou les registres sont courantes et sont traditionnellement utilisées pour élaborer des rapports. Ces données sont longitudinales et fournissent une couverture plus large. Cela permet d’estimer les tendances dans l’utilisation des services. Cependant, l’utilisation de données collectées régulièrement dans la plupart des pays africains est loin d’être optimale. Ceci est principalement dû à un manque de capacité d’analyse et à la faible demande des données par les responsables dans le gouvernement.

-Qualité des données: les données relatives à la santé, en particulier les données de service régulièrement collectées, présentent des défauts de qualité, notamment l’incomplétude des valeurs et les erreurs dans la saisie et le calcul des données. Ces erreurs peuvent entraîner des résultats erronés, des conclusions erronées et des recommandations erronées. Elles peuvent également signifier que les nouvelles priorités, politiques et programmes basés sur les données seront erronés. En outre, l’analyse, la diffusion et l’utilisation des données dans le secteur sont décalées, ce qui constitue un grand problème car l’utilisation de sources d’informations, au-delà des informations routinières de gestion de la santé, est déjà faible. Des données de qualité sont essentielles pour une planification, une budgétisation et une mise en œuvre correctes des activités de développement, en particulier celles qui sont essentielles telles que la santé publique. En l’absence de données de qualité, les investissements dans les ressources publiques sont souvent basés sur des estimations approximatives, ce qui entraîne un gaspillage.

  • Coût des données: La collecte, le traitement, l’archivage et l’analyse des données restent coûteux en termes de capacité et de logistique pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Les bureaux nationaux de statistique ne disposent pas des capacités technologiques, financières et humaines nécessaires pour collecter, traiter et diffuser les données requises.

Comment mieux utiliser les Data

Les pays africains poursuivent leurs efforts pour concrétiser les engagements pris aux niveaux national et régional visant à améliorer la collecte et l’utilisation des données. Mais il est essentiel que les gouvernements investissent dans la production de données pertinentes, opportunes et précises pour la prise de décision. Les acteurs des données, notamment les gestionnaires de données, les statisticiens et les analystes, doivent être impliqués à chaque étape. Ils doivent impliqués dans la cartographie des problèmes, ainsi que de la conception des méthodologies de recherche et de la manière de collecter, d’analyser et de diffuser les données.

Un large éventail de données, y compris l’observation de la terre et les données géospatiales, doit être exploité pour examiner les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de santé et de bien-être. Ceci est essentiel pour améliorer l’efficacité et la durabilité des systèmes de santé. Et il est urgent de passer des données aux informations et aux connaissances. Cela implique de travailler avec les utilisateurs finaux, tels que les services de santé, pour créer des outils permettant d’accéder au savoir.

Enfin, les gouvernements doivent dégager des ressources pour respecter leurs engagements de fournir à tous des soins de santé abordables et de qualité. Cela pourrait être fait en mobilisant les ressources nationales, en établissant des indicateurs de données standard (pour la collecte, l’analyse et la production de rapports) et en renforçant les capacités des organismes nationaux de statistiques. Le sens de l’engagement peut être le premier pas vers des soins de santé abordables. Mais il reste encore beaucoup à faire pour exploiter le pouvoir des données au service de la santé publique.

Michelle Mbuthia, agent de communication à l’APHRC, Caroline Kabaria, chercheuse postdoctorale à l’APHRC, et Damazo T. Kadengye, chercheur associé et statisticien au Centre de recherche sur la population et la santé en Afrique.

Article initialement publié en anglais par African Liberty – Version élaguée traduite par Libre Afrique – Le 25 octobre 2019

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